Les funérailles du père Joseph Peyre

Ce mercredi 3 juin 2015, en l’église Saint-André-des-Cordeliers, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé la messe pour les funérailles du père Joseph Peyre, décédé samedi à Gap à l’âge de 98 ans. Ci-dessous l’homélie du père Pierre Fournier, responsable diocésain de la formation permanente, et des extraits du livre de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri citant le père Joseph Peyre.

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Homélie

Apocalypse de saint Jean (21, 1-5a. 6b-7)
“Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle.”

Évangile selon saint Jean (3,16-17)
“Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.”

Père Joseph Peyre (1916-2015)

[dropcap]D[/dropcap]epuis le décès du père Louis Guillaumier en juillet 2013, le père Joseph Peyre était devenu notre doyen des prêtres du diocèse. Originaire du Champsaur, du Forest-Saint-Julien, le père Joseph Peyre est toujours resté très attaché à sa famille, aux membres de sa parenté. Et, dans sa parenté, il y avait aussi le père Marius Borel.

Le père Joseph Peyre a accompli son parcours de vie et de ministère de prêtre dans une très grande discrétion, notamment du fait de son handicap au bras et à la main, ce qui lui occasionnait des tremblements de la main.

Le père Peyre, c’est le prêtre, l’enseignant, l’aumônier de lycée (à Gap, au lycée Aristide Briand), l’aumônier des Sœurs du Saint-Cœur et de la Doctrine Chrétienne, l’archiviste diocésain (1985-2004), le penseur, l’érudit, et l’auteur d’articles de solide réflexion et de livres. Sur son image d’ordination, il a fait mentionner cette parole du Christ  : « Je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22, 27). La citation est significative de la discrétion de son style de vie, et de son désir profond de servir généreusement le Christ, l’Église, et ceux dont il a eu la charge. Il s’est centré sur le Christ, celui qui va à l’ultime de l’amour du Père du ciel et des frères. Comme le rapporte l’Évangile choisi par la famille pour cette célébration, l’Évangile de la rencontre de Jésus avec Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde, qu’il lui a donné son Fils unique, non pas pour que le monde soit jugé, mais pour qu’il soit sauvé » (Jean 3,16-17).

Une période marquante de sa vie a été son service militaire, à Grenoble, durant ses années de séminariste. Il était au service d’un officier, et, à ses temps libres, il se plongeait dans la lecture. Il a ainsi approfondi l’œuvre philosophique d’Henri Bergson. Il a été marqué, et séduit, par les analyses de Bergson sur le temps et l’Histoire, sur les données de la conscience psychologique et morale, sur les phénomènes de la mémoire jusqu’à l’inconscient. En même temps, de Bergson, il retenait sa grande œuvre Les deux sources de la morale et de la religion. Il y est question d’une morale et d’une religion « closes », et, par ailleurs, d’une morale et d’une religion « ouvertes ». Il s’enchantait alors de pouvoir servir des dynamiques « ouvertes ». Plus tard, à Paris, à la Sorbonne, Joseph Peyre a été marqué par l’enseignement, en psychologie pathologique et en psychiatrie, du professeur Daniel Lagache. Tout cet apport de formation va rester présent dans sa pensée et dans son enseignement à Gap, au grand séminaire, en philosophie et en histoire de l’Église (sur les conciles, les Pères de l’Église), ainsi qu’au lycée Saint-Joseph avec les élèves de terminales. Le père René Combal, quand il était aumônier de lycée à Gap, aimait faire intervenir le père Peyre sur les questions de l’expression de la foi chrétienne au cœur des grands courants de la pensée contemporaine, comme sur les philosophies de l’athéisme, de l’existentialisme et du personnalisme.

Dans son enseignement de philosophie au lycée Saint-Joseph, le père Peyre a été remarqué pour les initiatives qu’il a prises avec ses élèves, particulièrement pour la création collective de romans philosophiques. Certains se rappellent bien les sujets qu’il proposait. Par exemple : « Un homme, vous lui donnerez un nom, sort de prison, il se trouve à un carrefour. Imaginez la suite… » L’année d’après, sous le titre La cordée : « Deux alpinistes, encordés, se trouvent en difficulté; l’accident survient, l’un d’eux trouve la mort ; désarroi du survivant… Imaginez la suite… » D’année en année, par le roman, les élèves s’interrogent ainsi sur les questions de la liberté humaine, de la responsabilité, et des enjeux des choix dans l’existence quotidienne, dans la destinée personnelle. Le père Peyre a été appelé à faire part de cette expérience novatrice à Paris, au Ministère de l’Éducation Nationale, et sa méthode a été présentée dans le bulletin national des Cahiers pédagogiques.

Dans le bulletin diocésain Église de Gap, le père Peyre a rédigé une série d’articles sur l’Histoire de l’Église et sur des questions de théologie, comme dans le domaine œcuménique, sur le don de l’Esprit Saint du Père par le Fils, le Christ, sur le fameux Filioque.

Dans les années 2006-2007, à la demande de notre évêque, le père Peyre a participé à l’équipe réunie pour préparer la reconnaissance officielle du caractère surnaturel des événements de Notre-Dame du Laus. Il a apporté une contribution approfondie sur l’authenticité de l’expérience spirituelle de la bergère Benoîte Rencurel concernant les apparitions de la Vierge Marie.

Par ailleurs, le père Peyre a aussi soutenu sa thèse en théologie à l’université de Strasbourg, sous le titre Liberté, différence, domination. Là aussi, son travail a été reconnu pour son originalité. Sa thèse a donné lieu à la publication du livre Les mortels et les dieux (1990, éd Cariscript), puis d’un deuxième livre, Le Maître d’injustice (1995; éd. Cariscript). Le manuscrit d’un troisième livre se trouve chez l’éditeur, sur les problèmes de la violence dans l’individu et la société, sous le titre Le sang et la gloire. Violence dans la civilisation. Cette œuvre philosophique du père Peyre est consacrée à l’observation des comportements humains trop humains, souvent imprégnés de rivalités, de diverses formes de violence dans la recherche de supériorité sur les proches, de tentatives de pouvoir sur les autres. Ce regard critique porte sur les relations immédiates ainsi que sur les réalités politiques ou les idéologies du pouvoir. Devant les conduites humaines individuelles ou collectives entachées de volonté de pourvoir dominateur, le père Peyre montre alors combien la foi chrétienne inscrit au cœur de l’humanité la nouveauté radicale du Christ serviteur. Le Christ est celui qui se réjouit de ce que le Père du ciel « se révèle aux humbles et aux tout-petits » (Mt 11,25). C’est la nouveauté prophétique du Christ du lavement des pieds le Jeudi-Saint, du Christ offrant sa vie par amour pour nous dans le dépouillement total de la Croix. C’est la nouveauté, sans cesse renouvelée, du Christ qui peut donner cette orientation : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13,34).

Dans son livre Le Maître d’injustice, le père Peyre souligne : « La Parole de Jésus est éclatante de vérité » (p. 56) ; et, plus loin, il va jusqu’à insister : « L’Évangile reste à lire ! » (p. 109). Avec le Christ germe l’espérance d’un monde futur enfin libéré de toute dominance. C’est le monde à venir évoqué dans le livre de l’Apocalypse choisi par la famille pour cette célébration.

Le père Peyre, dans son enseignement et dans son œuvre, à la lumière de la Parole de Dieu, a vécu avec cette exigence de la pensée et de l’analyse des comportements humains. Il a, en permanence, montré le chemin du Christ attesté comme Sauveur. Il a souligné la pertinence et la force de l’Évangile pour rendre l’humanité toujours plus humaine et plus fraternelle pour que nous vivions dans le monde comme de vrais fils et filles d’un même Dieu Père, ouverts au même amour de l’Esprit Saint.

Père Pierre Fournier


Ci-dessous, extraits du livre Benoîte Rencurel, la visionnaire du Laus par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, où l’auteur cite les travaux du père Joseph Peyre comme membre des commissions appelées à se prononcer sur la véracité des faits vécus et relatés par Benoîte Rencurel.

Extraits du chapitre 21
Des recherches toujours d’actualité

[…]
Lors des dernières recherches menées en 2005-2006 par les commissions historiques, scientifiques et théologiques que j’ai nommées en vue de la reconnaissance du caractère surnaturel des apparitions, des experts se sont penchés sur les phénomènes miraculeux relatés par Benoîte. Leurs conclusions éclairent avec pertinence et bonheur son histoire. Les sources sont fiables. Les « Manuscrits du Laus » ont « dormi » dans des greniers pendant une bonne partie du XVIIIe siècle et durant la Révolution, et ce n’est qu’en 1850 que l’abbé Galvin acheva de les répertorier et de les recopier.
[…]
Plus encore que le sérieux des témoins directs, c’est la voyante elle-même qui, selon les experts, donne tous les gages de crédibilité.
[…]
Le père Joseph Peyre, membre des trois commissions, souligne le caractère unique de la durée des apparitions et « la cohérence de l’ensemble qui se dégage […]. C’est tout le contraire d’un éparpillement de visions décousues pour la seule satisfaction intérieure d’une âme. L’apparition du Laus se trouve toujours branchée sur les besoins pratiques de la vie quotidienne qu’elle appelle à changer. » C’est là, et pas ailleurs, que se joue notre conversion: dans le quotidien de nos vies.
[…]
La visionnaire a reçu les grâces de ces apparitions dans un grand souci d’autrui : « On lui voit un évident mouvement de vie intérieure, tourné au dehors, vers une action attentive à la détresse spirituelle du monde », estime encore le père Joseph Peyre.
[…]

Extrait du chapitre 22
Une foule de témoins

« [dropcap]L[/dropcap]e merveilleux ne se trouve-t-il pas bien plus encore au niveau des spectaculaires fruits spirituels ayant immédiatement accompagné ces apparitions? » écrit le père Joseph Peyre. « Des foules de fidèles n’ont cessé d’accourir et des gens n’ont cessé de se convertir et d’entrer dans le confessionnal. […] Il serait renversant de découvrir qu’il n’y aurait jamais eu là derrière que du vent. Il en va de même dans l’histoire de l’Église. Le bien que n’a jamais arrêté de faire le Laus a tous les dehors de l’une des merveilles de Dieu dans l’Histoire. »
[…]

Livre en français disponible
au sanctuaire Notre-Dame du Laus
et dans toute librairie

Traduction en italien disponible ici :

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Témoignage sur le père Joseph Peyre par le père Pierre Fournier
interviewé par D!CI TV

Cet article a 1 commentaire

  1. A Mgr et au prebyterium en deuil ma compassion et ma communion de prière!
    Les personnes âgées sont nos aînées en tout: elles nous ont devancés ici-bas et nous précèdent auprès du Très-Haut!
    Qu’il repose dans la Joie du Maître!
    Amen!

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