“Les Innocentes” à Gap et à Briançon

“Les Innocentes” à Gap et à Briançon

Le film Les Innocentes, réalisé par Anne Fontaine, est projeté actuellement en salle à Gap et à Briançon. Ce film évoque la tragédie vécue en 1945 par des moniales bénédictines d’un couvent polonais.

Dans leur abbaye à l’écart du monde, ces moniales sont la proie de la soldatesque soviétique. Une partie de la communauté se retrouve enceinte. Qu’adviendra-t-il des ces femmes  meurtries ? Qu’adviendra-t-il de la foi des unes et des autres dans cette épreuve ? Qu’adviendra-t-il de leurs enfants ? Un film sur l’usage du viol comme arme de guerre. Un film riche, fort, pudique, qui interroge sur la féminité, la maternité, le rapport au corps, à l’autre…

Ci-dessous les lieux et les horaires de projection, la bande-annonce, un regard féminin avec la critique de Magali Van Reeth, de l’agence SIGNIS, et un regard masculin avec la critique de Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers.

  • Au Club à Gap
  • Lundi 22 février
    20h30
  • Mardi 23 février
    14h
  • Mercredi 24 février
    14h
  • jeudi 25 février
    20h30
  • Vendredi 26 février
    18h
  • Dimanche 28 février
    14h
  • Lundi 29 février
    16h
  • Mardi 1er mars
    18h
  • À l’Eden à Briançon
  • Mercredi 24 février
    21h
  • jeudi 25 février
    18h30
  • Samedi 27 février
    21h
  • Dimanche 28 février
    16h30
  • Jeudi 3 mars
    21h
  • Dimanche 6 mars
    16h
  • Lundi 7 mars
    21h
 

  • Les Innocentes
  • d’Anne Fontaine
    Pologne/France, 2015, 1h50
  • avec Agata Buzek,
    Agata Kulesza,
    Lou de Laâge,
    Vincent Macaigne.

 

 

De tous temps et en tous lieux, le viol a été utilisé comme arme de guerre. Avec un sujet aussi barbare, Anne Fontaine réalise un film célébrant la victoire de la Vie sur l’horreur et la mort.

En décembre 1945, dans une Europe à peine sortie des violents combats de la guerre mondiale, la Pologne ne vit pas encore en paix. Après les Nazis, les Soviétiques et toujours le froid, la famine et la peur. Mathilde, une jeune femme travaillant pour la Croix Rouge française, est suppliée de venir s’occuper de religieuses dans un couvent, pour “une question de vie ou de mort”. Dans l’ambiance glaciale du couvent, et sous le regard de la mère supérieure qui craint le scandale, la jeune femme découvre les ravages du viol comme crime de guerre, et l’impasse tragique dans laquelle se trouvent les religieuses.

Avec une grande justesse, le film montre le difficile rapport au corps de ces femmes. Avant d’être religieuses, elles sont nées à une époque où les filles étaient élevées dans la crainte de la débauche (pas d’éducation sexuelle, pas de contact intime). En choisissant la vie religieuse, elles faisaient don à Dieu de leur corps et leur âme avec le vœu de chasteté. Et enfin le viol, saccage de l’intimité et de l’intégrité de toute femme, débouchant sur une grossesse non désirée est une source d’inquiétude, de honte et de souffrance. L’horreur ressentie est à son comble, avec les bouleversements physiques et psychologiques collatéraux qui sont parfois étouffés.

Touchée par cette détresse dans laquelle elle pénètre peu à peu (encore une forme de violence…), Mathilde, jeune femme indépendante et athée, apprend à connaître et à respecter les usages du couvent et les frayeurs des religieuses. Une fois la confiance établie et la parole des sœurs revenue, elle découvre la force et la fragilité de la foi. Convaincue que la vie est supérieure à la souffrance mortifère, c’est elle qui redonnera de l’espérance à cette communauté meurtrie.

Pour ce film tourné en plein hiver, dans des paysages de neige et les intérieurs glacés et dépouillés du couvent, Anne Fontaine a travaillé avec la directrice de la photographie Caroline Champetier. Ensemble, elles ont construit un film à la photographie remarquable, un écrin délicat au service du récit. Partant des ténèbres pour aller vers la lumière, il y a dans toutes les scènes du film une douceur évoquée par la photo. Ainsi, dans les parties les plus obscures du couvent, ou les recoins les plus sombres de la souffrance de ces femmes, l’horreur est tenue à distance par un germe de lumière. Dans ce travail technique et artistique se lit l’incarnation de l’espérance.

La direction d’acteurs est aussi remarquable et l’une des premières scènes l’illustre avec grâce. Une moniale est sortie du couvent pour demander en vain de l’aide à des médecins non-polonais. Quelques heures plus tard, sur le visage de Mathilde (Lou de Laâge) découvrant la moniale toujours en prière à genoux dans la neige, se lit en même temps la stupéfaction et l’émotion devant tant de détermination et de foi. Aucun mot, juste la transformation éphémère du visage de l’actrice. Deux actrices polonaises lui donnent la réplique au couvent, avec un même talent, les expressions du visage rehaussées par l’encerclement du voile, Agata Buzek et Agata Kulesza.

La beauté des chants religieux qui scandent les journées au couvent et la narration du film, tout comme cette lueur d’espérance toujours présente, évitent au spectateur la sensation d’étouffement. Les Innocentes est le récit d’une situation dramatique exposé avec ce qu’il faut de distance pour ne pas prendre le spectateur en otage. Si le viol est évoqué, ce n’est pas par un retour en arrière mais par un incident tendu qui montre bien ce qui peut arriver tout en évitant un inutile voyeurisme. L’humour est çà et là présent, notamment avec le personnage du médecin-chirurgien, juif athée cachant la perte des siens sous une constante ironie. Avec émotion, on s’attache à ces femmes innocentes, écrasées par le cours de l’Histoire et la bestialité des hommes.

Anne Fontaine réussit un très beau film, respectueux de son sujet et de ses personnages. La foi des religieuses, dans leurs convictions et leurs doutes, est exposée avec une grande justesse. Tout comme le décalage avec le mode de vie de Mathilde est montré avec discrétion. De cette rencontre improbable en temps ordinaire, chaque protagoniste en sortira grandit et apaisé : au cœur même de l’horreur, il y a des actes de conviction, un germe d’espérance…

Magali Van Reeth
SIGNIS

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Corps et âmes : Les innocentes, d’Anne Fontaine (2016)

C’est une histoire dramatique que raconte Anne Fontaine, une histoire qui se déroula en Pologne au sortir de la Deuxième guerre mondiale, mais une histoire dont de semblables surviennent encore de nos jours ici et là dans le monde : le viol, par des miliciens ou des militaires, de femmes, ici, de religieuses.

C’est par les notes laissées par un médecin de la Croix Rouge française que les producteurs et la réalisatrice ont connu ces faits et voulu les mettre en scène.

Même si cela est exacerbé par qui sont ces femmes, des religieuses catholiques dans la Pologne de 1945, ce qu’elles vivent et éprouvent est universel : la souffrance, la honte, la douleur morale infinie, et pour elles aussi une douleur religieuse à mettre au regard de leur voeu de chasteté et de continence.

C’est avec pudeur qu’Anne Fontaine montre cette histoire – plus le sujet est fort plus son traitement doit être sobre : jamais ne sera désigné par son nom ce qu’elles subissent, pas plus que nous ne verrons les actes endurés par les religieuses. Il y a en effet de l’indicible dans de telles choses, les femmes victimes de viol ont souvent tant de mal à dire ce qui leur a été infligé. J’aime aussi à voir en cela la raison pour laquelle est absent du film un personnage qui, normalement, devrait y être présent : le prêtre, l’aumônier. D’abord c’est toute figure masculine qui devient pour elles un danger, et, avec le prêtre, c’est la parole qui trouve place, or, celle-ci est si difficile.

La quasi absence de toute figure masculine du film fait de celui-ci une série de magnifiques portraits de femmes. Bien entendu, il y a la jeune médecin française justement interprétée par Lou de Laâge. Cependant, ce personnage et son traitement nous la rendent plus facilement accessible, l’empathie est plus naturelle, ne serait-ce que parce qu’elle est Française ; elle manifeste aussi une énergie vitale qui emporte l’adhésion.

Les personnages les plus remarquables sont assurément les religieuses, en particulier grâce aux actrices exceptionnelles qui les incarnent. Avant tout, c’est Soeur Maria qui retient l’attention et la lumière. Elle est interprétée par une actrice polonaise que je ne connaissais pas mais qui est en tous points remarquable, Agata Buzek ; la réalisatrice et la chef opérateur la servent au mieux. On mentionnera également Agata Kulesza, la mère supérieure, elle jouait la tante dans le magnifique Ida. À l’instar de ses précédents films, mais ici de manière encore plus manifeste, Anne Fontaine est un auteur qui sert les femmes dans leur beauté et leur complexité. Aucune facilité, aucune caricature, chacune est dessinée avec ses doutes et ses erreurs, sans s’y dérober.

Dans ce film, Anne Fontaine poursuit une thématique qu’elle déploie dans la grande majorité de ses oeuvres : la transgression, et ce, depuis son premier film Nettoyage à sec jusqu’à Perfect mothers, deux films qui sont aussi de beaux portraits de femmes et qui confirment le talent de la réalisatrice à diriger les actrices.

Répondant à une question lors d’une avant-première au sujet de ce thème de la transgression, la réalisatrice reconnaît que ceci marque sa réflexion : la transgression comme cette capacité pour des personnages à dépasser les codes établis par une institution, les conformismes sociaux, les rôles attribués en fonction de l’âge ou du sexe.

Dans Les innocentes, les religieuses subissent une transgression qui leur est imposée de la manière la plus violente qui soit, tout en elles, est blessé, leur corps, leur conscience, leur âme ; tout se trouve dès lors bouleversé des repères qui structurent leur vie. Cependant, les réactions des unes et des autres ne seront pas identiques : le déni, la suppression de ce qui est insupportable, de sa propre vie à l’enfant né du viol, jusqu’à la transgression des règles les plus sacrées du respect de la vie d’autrui.

Pour tous ces motifs je m’interroge sur le titre choisi pour le film, il a d’ailleurs changé plusieurs fois. Au titre retenu, qui appelle son contraire, « Les coupables » – mais ceci est peut-être délibéré – je proposerais : « Corps et âmes ». Mais c’est aussi à chaque spectateur d’exprimer sa vision du film en lui adjoignant tel ou tel sous-titre.

Dépassant sans doute ici le propos du film, j’aime aussi à y percevoir un appel adressé à chacun à assumer des situations de vie qui viennent bousculer les projets principiels qu’il s’était donnés, qu’il avait reçus. L’enfant non désiré, l’enfant engendré par la violence, l’enfant qui remet tout en cause, est là, il est vie, cette vie-là à qui un nom est donné, la vérité appelle dès lors à accepter, jusqu’à choisir, un nouveau chemin d’existence, quelle qu’en soit la forme, Dieu peut y être présent tout autant, à la mesure où l’on sait que ce qui importe est de le rechercher sans cesse.

Il faut enfin préciser que le Père Jean-Pierre Longeat, actuel président de la CORREF (Conférence des religieux et religieuses en France) fut le conseiller religieux du film. S’il a veillé à l’exactitude des éléments religieux et liturgiques, il a surtout permis que le film soit ancré dans l’année liturgique : se déroulant des mois qui vont de décembre à mai, il fait traverser l’Avent, la Nativité et le mystère pascal de mort et de résurrection du Christ. On soulignera aussi la justesse de maints dialogues qui veillent à exprimer la complexité d’un chemin de foi, certes dans des événements dramatiques, mais rejoignant aussi ce qui est l’ordinaire de la vie du croyant.

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
Le 22 janvier 2016

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Cet article a été rédigé par le service communication du diocèse de Gap.

Cet article a 2 commentaires

  1. Il est rare de voir un film aussi remarquable. Le spectateur ne peut être indifférent à ces faits réels et relatant une période bien sombre de notre histoire. Un film qui est plein de pudeur, de délicatesse, de souffrance et Dieu toujours présent.

  2. Merci pour le rappel de ce film,et pour les dates de son passage dans notre ville.

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