Les soeurs de la Providence ont 250 ans !

Samedi 14 janvier, les sœurs de la Providence fêtaient jour pour jour leur 250e anniversaire. Car c’est de fait le 14 janvier 1762 que le Bienheureux Jean-Martin Moyë a appelé quatre jeunes filles de la campagne pour aller enseigner à Béfey, un village au fin fond de la forêt de Saint-Hubert en Moselle.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé pour l’occasion la messe du samedi soir en l’église Saint-Roch de Gap. Ci-dessous quelques photos de la célébration, l’article du Dauphiné libéré rendant compte de l’événement, le mot d’accueil de Sœur Suzanne Pic, responsable provinciale, et l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Soeur Louis de Gonzague et Soeur Christiane
La procession des offrandes
Les enfants de l'école Sainte-Agnès de Tallard entourent l'autel au moment du Notre Père
Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidant l'eucharistie, entouré de prêtres et de diacres

Photos Michel Péan


MESSE POUR LE 250e ANNIVERSAIRE
DE LA FONDATION DES SŒURS DE LA PROVIDENCE

 

Mot d’accueil de sœur Suzanne Pic,
responsable provinciale

Monseigneur et Prêtres, chères Sœurs, chers amis,

Ce soir, nous sommes en fête, joie pour récolter tout ce qui a été semé pendant ces 250 ans de fondation de notre Famille Providence.

14 janvier 1762 : Vigy, petit village de Lorraine, voit la réalisation d’un projet rêvé, prié et porté pendant huit ans par un prêtre, Jean-Martin Moyë, le rêveur qui expérimente au jour le jour que la Providence conduit tout. Le Seigneur lui fait un très beau cadeau en lui présentant une jeune ouvrière, Marguerite Lecomte qui accepte, avec trois autres compagnes d’aller enseigner les petites filles de ce milieu rural. Premières Sœurs de la Providence, elles sont suivies par des générations d’autres sœurs qui envahissent peu à peu le monde entier. Aujourd’hui nous sommes émerveillées pour le courage, l’audace, l’amour des pauvres et des petits, la confiance et l’abandon vécus par nos premières sœurs et nous sommes là pour rendre grâce au Seigneur.

14 janvier 2012 : Qu’il me soit permis ce soir, de noter dans cette église, la présence des enfants de l’école Sainte-Agnès de Tallard, celle-ci étant l’unique école de la Providence existante dans les Hautes-Alpes [sous tutelle diocésaine depuis un an. NDLR]. Ils sont accompagnés par Mme Marie Bernier, leur directrice, les enseignants et enseignantes, leurs parents, signe toujours actuel de la vitalité du charisme de Providence. Solidaires les uns des autres, cette ouverture de l’Année Jubilaire est un appel à collaborer davantage au projet de salut de Jésus en vivant l’Evangile de façon toujours plus authentique… Alors prions pour tous les jeunes de notre temps, pour les membres de cette grande famille Providence et pour nous tous qui sommes ici…

 

Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Nous voici rassemblés ce soir pour célébrer avec les sœurs de la Providence le 250e anniversaire de leur fondation.

Comme elles l’ont exprimé dans un article paru dans le journal du diocèse et dans leur invitation, « Tout a commencé dans le cœur du fondateur des sœurs de la Providence, le bienheureux Jean-Martin Moyë. »

Jean-Martin raconte l’origine de son projet alors qu’il était déjà prêtre : « Étant à Metz, vicaire dans la paroisse Saint Victor, je commençai à former le projet d’envoyer des filles à la campagne et surtout dans les hameaux les plus abandonnés, pour instruire les enfants et les autres personnes qui avaient besoin d’instruction. Comme cette pensée continuait toujours, j’avais lieu de croire qu’elle venait de Dieu… Ce ne fut qu’après huit ans, que je proposai mon dessein à Monsieur Bertin, alors grand vicaire du diocèse de Metz. Monsieur Bertin rejeta le projet comme impraticable ; puis, faisant réflexion, il me dit en ces propres termes : « les grandes choses ont de petits commencements, commencez par peu. » [Directoire des Sœurs de la Providence]

« Commencez par peu. » Et de fait Jean-Martin a commencé par peu. Le 14 janvier 1762, voilà 250 ans jour pour jour, ce sont quatre jeunes filles de la campagne qu’il a appelées pour aller enseigner à Béfey, un village au fin fond de la forêt de Saint-Hubert en Moselle.

Vous voyez les enfants, Jean-Martin Moyë a voulu fonder une école. Et pourquoi ? Parce qu’ils pensaient que c’était utile pour les enfants. Que c’était même indispensable. Qu’ils en avaient besoin.

Mais dites-moi les enfants, sentez-vous que vous avez besoin de l’école ? Vous pourriez me dire à quoi ça sert ? Vers quoi elle mène ?

Eh bien les lectures de ce jour vont nous y aider. Elles vont nous aider à voir que l’école ne sert pas qu’à apprendre à lire, à écrire et à compter. C’est vrai que l’école sert à ça. Mais pas seulement.

D’abord l’histoire de Samuel. On est 1100 avant Jésus Christ. Samuel est un enfant au service du temple à Silo. Il a été confié par sa maman au temple dès son plus jeune âge. Il y est donc comme dans un pensionnat, avec Éli pour maître.

Là, il apprend à lire, à écrire, à compter, très certainement, mais pas seulement. Il apprend aussi à écouter le Seigneur, à écouter les appels du Seigneur, et à les suivre. C’est ce que nous dit l’histoire qu’on a lue aujourd’hui.

Chers parents, chers sœurs. Ce que j’aime dans l’histoire de Samuel, c’est qu’Éli, en grand pédagogue et éducateur qu’il est, n’empiète pas sur le jardin secret de son disciple. Il ne va pas s’immiscer dans le dialogue intérieur qui s’instaure entre le Seigneur et Samuel. Rappelez-vous le texte : « Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Retourne te coucher, et si l’on t’appelle, tu diras : ‘Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.’ »

Oui, Éli ne s’immisce pas dans le dialogue intérieur entre Dieu et Samuel. Mais Éli permet la rencontre. Il prend au sérieux ce que lui dit l’enfant. Il ne l’écarte pas d’un revers de la main. Il explique à Samuel comment établir le dialogue avec le Seigneur, et Dieu peut alors commencer à guider Samuel.

On trouve quelque chose d’identique dans la vie de Jean-Martin Moyë. Rappelez-vous. Comme pour Samuel réveillé par un appel persistant, une pensée récurrente habite Jean-Martin : « Envoyer des filles à la campagne et surtout dans les hameaux les plus abandonnés ». Comme pour Samuel allant trouver Éli, Jean-Martin présente son projet à son vicaire général. Comme pour Éli ne comprenant pas tout d’abord que c’est de Dieu, le vicaire général considère tout d’abord que c’est déraisonnable. Et comme pour Éli sûr désormais que c’est la voix de Dieu, le vicaire général acquiesce finalement au projet de Jean-Martin Moyë en lui disant : « les grandes choses ont de petits commencements, commencez par peu. »

À l’école d’Éli donc, de Samuel, de Jean-Martin Moyë, des sœurs de la Providence, que nous soyons éducateurs ou parents, restons à l’écoute du Seigneur, restons à l’écoute des enfants, et apprenons leur à écouter, à s’écouter, à écouter les autres.

Ne pas s’arrêter, ne vouloir que la réussite, ne compter que sur les savoir-faire, choisir le bruit contre l’intériorité, tout cela favorise l’égoïsme, la violence, et rend sourd aux appels au grand large.

Cet appel vers un plus, vers un ailleurs, vers une vraie vie, vers l’inconnu, cet appel à se mettre en route pour vivre ses rêves, on le voit dans l’évangile de ce jour. « Venez et voyez » dit Jésus. Et les disciples le suivent.

Cet appel vers un ailleurs, Jean-Martin Moyë l’a entendu aussi, lui qui a quitté sa famille, est parti en Chine pour y rester dix ans. Cet appel, vous les sœurs de la Providence, vous l’avez entendu. Et vous vous êtes lancées dans l’aventure à la suite de Jésus, sûres que « la Providence conduit tout ».

Tout est histoire de rencontres dans nos vies. Tout est histoire de qualité de regards, de dialogue, d’écoute, d’amour. On le voit dans cet évangile. Jean-Baptiste pose son regard sur Jésus. Les deux disciples entendent la parole de Jean-Baptiste. Ils l’accueillent et suivent Jésus. Jésus se retourne. Jésus leur parle. Une quête habite les disciples, un désir de savoir, d’aller plus loin dans la rencontre : « Où demeures-tu ? » Juste quelques mots sibyllins en réponse de la part de Jésus, comme un appel : « Venez et voyez ». Ils vinrent et ils virent. Et André va trouver son frère, et il le conduit à Jésus. Et lui aussi abandonne tout pour le suivre.

Tout a été histoire de rencontres dans la vie de Jean-Martin Moyë, d’écoute attentive, de docilité aux paroles justes et vraies de telle ou telle personne rencontrée. Je pense en particulier à cet épisode où, sur le bateau qui le conduisait en Chine, il « fut soudain assailli d’épreuves spirituelles […] profondes. Il se sentait aux prises avec des doutes sur sa vocation, des tentations de désespoir, […]. Mais il eut la simplicité de se confier à son compagnon de voyage, le Père Cordovino, qui fut à même de lui donner les conseils nécessaires, de le rassurer, et de le raffermir dans ses résolutions. » (Vie de Jean-Martin Moyë par Georges Tavard)

Tout est histoire d’attention à ce qui nous entoure, à ce qui peut être signes de Dieu dans nos vies. Je pense à Amélie de Vitrolles, qui a su remarquer et s’émerveiller devant des enfants passant dans la rue à Paris, accompagnés par des Sœurs de la Providence de Portieux, et qui en fit alors venir deux à Vitrolles en 1823. Ainsi étaient créées les sœurs de la Providence de Gap.

Oui, lorsque nous sommes à l’écoute du Seigneur, de nous-mêmes et des autres, les rencontres que nous faisons ne nous renferment pas sur nous-mêmes. On y discerne les appels du Seigneur, et nous sommes comme poussés de l’intérieur à les suivre.

Depuis 250 ans les sœurs écoutent et répondent à l’appel du Seigneur qui les envoie sur tous les continents. Demain, j’ordonnerai prêtre Éric qui s’est mis à l’écoute du Seigneur et qui répond aussi à cet appel.

Tous, là où nous sommes, nous pouvons entendre le Seigneur nous parler si nous voulons bien lui laisser un peu de place. Qui sait où cela nous mènera ? Pas forcément vers la vie religieuse ou vers le sacerdoce mais vers plus d’humanité, plus de bonheur et de paix, même dans les tribulations et même dans les crises économiques.

Mes sœurs, ensemble rendons grâce au Seigneur pour ce que votre congrégation a apporté à l’Église à travers le monde et plus particulièrement ce qu’elle a apporté à l’Église qui est dans les Hautes-Alpes.

Qu’il vous bénisse et vous garde.

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Site internet du Foyer Sainte-Anne à Gap
tenu par les Sœurs de la Providence

http://www.foyersainteanne.com

Cet article a 1 commentaire

  1. Cette cérémonie de famille a tout pour être sympathique. Combien seront-elles, ces soeurs, dans quinze ans d’ici ? Hélas!
    Ajoutons un mot. Ces soeurs ne portent plus l’habit religieux. Fort bien. mais, un jour de fête justement, elles auraient pu s’essayer à une certaine élégance laïque et modeste. Au lieu de cela la photographie les montre triflées comme pas possible.
    J’étais un jour à Londres dans une rue où passait un religieuse dans son habit de visitandine je crois. Elle était d’une élégance que je dirais céleste, simple, modeste et belle entre noir et blanc. Cela frappa une passante: ” Madam, you are superb”. Je l’entends encore et je dédie l’anecdote aux soeurs qui, un jour de fête, ont exhibé leurs oripeaux.

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