Les homélies de Noël de Mgr Xavier Malle à Gap, la nuit et le jour

Homélie lundi 24 décembre 2018 – Nuit de Noël – Cathédrale de Gap – 23h30 

«Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi.»

Samedi dernier, je suis allé célébrer la messe de Noël avec ceux qui ont été mis à l’ombre, selon la terminologie populaire, c’est à dire ceux qui sont en prison.

Ils sont effectivement à l’ombre, car les fenêtres sont petites, les murs hauts. La lumière rentre difficilement. Nous avions choisi avec le p Felix Caillet, l’aumônier de la prison de Gap, ces textes de la nuit de Noël. Dimanche après-midi j’ai été visité soeur Colette, petite soeur de Jésus de 99 ans et d’autres chrétiens hospitalisés, dans la pénombre de leurs chambres.

«Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi.»

En réécoutant ce texte, je pense aussi à tous les montagnards qui habitent sur le versant Ubac de nos montagnes, qui ont la plus courte exposition au soleil ; à la différence de ceux qui habitent l’adret. Ou encore à certaines vallées très étroites, comme le Valgaudemar, qui ne voient le soleil que quelques heures par jour. Ni les uns, ni les autres n’ont le choix. Ni les prisonniers, ni les malades, ni les habitants de l’Ubac ; aucun ne peut déplacer son habitation. Comment alors survivre, car le soleil est tellement important pour la vie. On dit des gens du nord qu’ils ont le soleil dans le coeur. Je pense aussi à certains tableaux de peintre, de peintures de la crèche, d’où la lumière vient du centre du tableau, de l’enfant Jésus.

Frères et soeurs, en réalité, nous sommes tous des gens du nord, nous habitons tous sur le versant Ubac, nous sommes tous à l’ombre. C’est la dureté de la vie, la maladie, nos péchés et nos défauts, c’est la guerre, c’est la misère… qui nous fait marcher à l’ombre. Non pas une ombre bénéfique comme on peut la désirer en plein été, mais une ombre triste, comme un ciel sombre.

Mais cette nuit, Dieu allume la lumière ! Cette nuit, l’enfant Jésus projette sur l’humanité entière la lumière de l’amour de Dieu.

Or ce qui se passe semble pourtant une chose si banale : «le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et la elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire». Une pensée pour celles qui vivent cela cette nuit-même à la maternité de Gap. Ce n’est pas banal, et pour nous en rendre compte, ayons une pensée et une prière pour tous les couples en espérance d’enfant. Le miracle de la vie reste un miracle, un don  de Dieu. A l’inverse, la vie naissante n’est jamais une menace, mais un bonheur. Ayons aussi ce soir une pensée et une prière pour les mères en difficulté devant la grossesse annoncée.
Soyons ce soir comme les bergers de Bethléem : «L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière.» Laissons-nous envelopper de lumière. Certes, parfois, quand nous sommes trop longtemps dans l’ombre, la lumière peut brûler les yeux et nous faire peur. Alors l’ange nous dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.»

Car ce nouveau né nous apporte le salut. Le Fils de Dieu a pris notre nature humaine, pour la sauver, pour renouer la relation coupée avec Dieu. Depuis cette nuit sainte d’il y a plus de 2000 ans, Dieu et l’être humain sont de nouveaux liés, de nouveau amis. Comme dit St Paul à son jeune disciple Tite : «il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.»

L’ombre semble gagner. Mais nous savons qu’il suffit de craquer une allumette dans une pièce sombre, pour que la lumière gagne. Si vous soulevez cette chape d’ombre, vous voyez la lumière qui vient du dedans de l’homme. Du dedans de notre âme, là où Dieu habite. Retrouvons la lumière intérieure, alors nous serons véritablement ce «peuple ardent à faire le bien» – belle définition de l’Eglise -, qui pourront avec la troupe céleste innombrable, louer Dieu : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime.» Voilà la source de la lumière intérieure : «paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime.» Dieu illumine cette nuit très sainte, Dieu illuminé les ubacs de nos vies, nos ombres, de la splendeur du Christ, vraie lumière du monde, don de son amour. Dieu nous aime. Voilà la lumière de Noël. Amen.

Homélie mardi 25 décembre 2018 – Jour de Noël – Cathédrale de Gap – 10h30 

Savez vous que ce jour, vous pouvez communier 3 fois, sans gourmandise spirituelle : la messe de cette nuit, la messe de l’aurore et cette messe du jour de la nuit. Quel est le sens d’avoir trois messes ?

Souvent on trouve de bonne explications dans l’ouvrage monumental de Don Guéranger, le restaurateur de l’abbaye de Solesme, intitulé «l’année liturgique». Il nous explique que le mystère que l’Eglise honore, en cette troisième Messe de Noël, est la naissance éternelle du Fils de Dieu au sein de son Père. Nous avons célébré cette nuit le Dieu-Homme naissant du sein de la Vierge dans l’étable ; à l’aurore, le divin Enfant prenant naissance dans le cœur des bergers ; en ce jour, l’Eglise contemple une naissance encore plus merveilleuse que les deux autres, une naissance dont la lumière éblouit les regards des Anges, et qui est elle-même l’éternel témoignage de la sublime fécondité de notre Dieu. Le Fils de Marie est aussi le Fils de Dieu ; notre devoir est de proclamer aujourd’hui la gloire de cette ineffable génération qui le produit consubstantiel à son Père, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière. Elevons donc nos regards, poursuit Don Guéranger, jusqu’à ce Verbe éternel qui était au commencement avec Dieu,  et sans lequel Dieu n’a jamais été; car il est la forme de sa substance et la splendeur de son éternelle vérité.»

Vous comprenez alors que si vous vouliez le récit de la naissance dans la crèche de Jésus, il fallait venir à la messe de la nuit ! Néanmoins, on goute un peu de cette joie, le prophète Isaïe chantant la venue du Sauveur : «Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem !» A Noël, Dieu console son peuple en se faisant proche. En ce faisant un enfant plein de tendresse, il suscite notre tendresse et ainsi rétablit le lien entre Dieu et nous. «Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu.»

Les deux autres textes de ce jour nous parlent effectivement de la naissance éternelle du Fils de Dieu au sein de son Père. L’auteur de la lettre aux hébreux nous la résume ainsi : «À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils.» Jésus est Parole de Dieu. Jésus est LA parole définitive de Dieu. Jésus est comme dit st Jean dans le prologue magnifique de son évangile, le Verbe de Dieu : «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.» Il n’y a pas d’autres paroles à attendre, d’autres prophètes. La Révélation est close. Dieu a parlé, Dieu a tout dit par Jésus. Pour les Chrétiens, la Parole de Dieu n’est pas un livre, mais une personne, Jésus, parole transmise par un livre. Un curé plein d’humour disait : quand nous proclamons le credo, notre profession de foi, n’insistons pas trop sur la liaison en disant Dieu s’est fait tome. Tome 1, tome 2, etc, car Dieu ne se réduit pas aux tomes d’un livre, Mais Dieu parle et se donne en se faisant homme. Mais ensuite tout se joue ensuite sur l’accueil.   «Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu». L’enfant Jésus dans la crèche nous tends ses bras ; le Fils de Dieu de toute éternité souhaite habiter chez nous. L’accueillerons nous ? Si oui, alors nous vivrons de la vie divine, de la vie même de Dieu : alors nous vivrons à ce niveau là : «ceux qui croient en son nom, ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.» A Noël, c’est notre vie divine qui se joue. Accueillons Jésus dans notre vie, par la prière et par les sacrements.

Don Guéranger termine sa méditation par une prière : «Fils éternel de Dieu ! en présence de la crèche où vous daignez vous manifester aujourd’hui pour notre amour, nous confessons, dans les plus humbles adorations, votre éternité, votre toute-puissance, votre divinité. Dans le principe, vous étiez ; et vous étiez en Dieu, et vous étiez Dieu. Tout a été fait par vous, et nous sommes l’ouvrage de vos mains. O Lumière infinie ! ô Soleil de justice ! nous ne sommes que ténèbres; éclairez-nous. Trop longtemps nous avons aimé ces ténèbres, et nous ne vous avons point compris ; pardonnez-nous notre erreur. Trop longtemps vous avez frappé à la porte de notre cœur, et nous ne vous avons pas ouvert. Aujourd’hui du moins, grâce aux admirables inventions de votre amour, nous vous avons reçu ; car, qui ne vous recevrait, Enfant divin, si doux, si plein de tendresse ? Mais, demeurez avec nous; consommez cette nouvelle naissance que vous avez prise en nous. Nous ne voulons plus être ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu, par vous et en vous. Vous vous êtes fait chair, ô Verbe éternel ! afin que nous fussions nous-mêmes divinisés. Soutenez notre faible nature qui défaille en présence d’une si haute destinée. Vous naissez du Père, vous naissez de Marie, vous naissez dans nos cœurs : trois fois gloire à vous pour cette triple naissance, ô Fils de Dieu si miséricordieux dans votre divinité, si divin dans vos abaissements ! Amen !

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