Le contexte et l’événement

Née en septembre 1647, à Saint-Étienne d’Avançon, près de Gap, d’une famille de paysans d’origine modeste, Benoîte Rencurel est une femme illettrée qui, tout en étant assez peu
connue, n’en demeure pas moins une grande figure spirituelle du Dauphiné et de la Provence, durant la deuxième moitié du XVIIe siècle et le début du XVIIIe. Elle l’est encore, si l’on se réfère à une note de Jean
Guitton, grand ami de Notre-Dame du Laus : « Elle a peut-être été un des ressorts les plus cachés et les plus puissants du siècle de Louis XIV. »

Elle vit son expérience spirituelle et sa mission dans un milieu marqué par les guerres de religion, au cœur des conflits qui divisent l’Église et le royaume de France : Guerres incessantes,
gallicanisme, jansénisme, anti-quiétisme, réactions contre la réforme protestante qui vont jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes en 1685.

Profondément enracinée dans un terroir blessé par la peste, l’immoralité, les rapines et la misère, elle est une expression discrète mais originale de l’invasion mystique de la période
précédente.

Contemporaine du roi soleil (1638-1715), de Marguerite-Marie (1647-1690), de Marie de l’Incarnation (1659-1672), de Jean-Baptiste de la Salle (1651-1714), de Louis-Marie Grignion de Monfort
(1673-1716), elle se situe en tant que tertiaire dominicaine dans la mouvance dominicaine, à la suite de Catherine de Sienne, de Rose de Lima (béatifiée et canonisée du vivant de Benoîte),
d’Agnès de Langeac, morte en 1634, et dans le courant de l’école française de spiritualité, après Bérulle, mort en 1629, Condren, mort en 1641, Olier, mort en 1657, Vincent de Paul, mort en 1660
et Jean Eudes, mort en 1680.

Durant les dernières années de sa vie, sous l’influence des missionnaires de Notre-Dame de Sainte-Garde, qui sont nés au contact des minimes de Notre-Dame de Vie, elle entre dans le Tiers Ordre
de Saint-François de Paule, s’ouvrant à ce courant spirituel qui a profondément marqué l’histoire de l’Église.

En 1665, la bergère de Saint-Étienne d’Avançon donne naissance au pèlerinage de Notre-Dame du Laus qui provoque un ébranlement considérable dans toute la région en révélant l’état spirituel et
moral du peuple chrétien. Ce mouvement populaire retentit discrètement mais profondément sur tout le territoire du royaume et même par-delà les frontières jusqu’à nos jours où il connaît un
nouvel essor.

Les jeunes années

Benoîte a 7 ans en 1654, à la mort de son père Guillaume. Sa mère Catherine Matheron, destituée de tous ses biens, se retrouve rapidement dans une grande pauvreté avec ses trois filles en bas
âge : Madeleine, Benoîte et Marie. Au cœur de cette misère et de cette affliction, se manifestent déjà la vie théologale de l’enfant et les germes de sa sainteté : Dieu et sa mère nous assisteront, ne cesse de répéter la petite fille à sa mère accablée
par la mort de son époux.

À l’âge de 12 ans, la jeune adolescente est mise en service à la garde des troupeaux. En méditant son chapelet au milieu de la nature, et en passant déjà de longues heures de prières nocturnes,
elle devient rapidement une authentique contemplative, capable de donner toute sa nourriture, une semaine sur deux, aux enfants de sa patronne, la veuve Astier, et de calmer, la semaine suivante,
les violentes colères de son patron, Monsieur Roland.

La qualité et la profondeur de sa foi, sa totale confiance en Dieu, son courage et ses autres vertus attirent l’attention de son entourage.

Les premières apparitions

En mai 1664, alors qu’elle garde son troupeau au Vallon des Fours, elle aperçoit une belle dame qui donne la main à un petit enfant d’une beauté singulière.

Commence alors une première période d’éducation et de purification qui dure quatre mois. Le 29 août de la même année, au terme d’une procession paroissiale sur les lieux de l’apparition, la dame
révèle son nom : Je suis Dame Marie, la Mère de mon Très Cher Fils, vous ne me verrez plus de quelques temps.

Après un mois d’attente, Benoîte est conduite au hameau du Laus par sa protectrice qui lui donne rendez-vous dans une petite chapelle d’où s’exhalent de bonnes odeurs. C’est là que la
Mère de Dieu révèle son projet : J’ai destiné ce lieu pour la conversion des pécheurs … beaucoup de pécheurs et pécheresses y
viendront se convertir. Pour cela, il faudra bâtir une église et une maison pour les prêtres dont quelques-uns seront résidants.
Durant tout l’automne et tout l’hiver elle prépare la bergère à sa mission d’accueil et d’intercession continuelle pour les pécheurs. Benoîte découvre
auprès de la Mère de Dieu la miséricorde divine, elle acquiert un amour nouveau pour les pécheurs qui grandira jusqu’à sa mort.

La naissance du pèlerinage

Dès la fête de Saint-Joseph et celle de l’Annonciation (19 et 25 mars 1665) arrivent les premiers pèlerins : 130 000 en 18 mois. Le juge François Grimaud, témoin de la naissance
du pèlerinage, atteste dans son rapport à l’archevêque d’Embrun, d’innombrables conversions, de nombreuses guérisons et des confessions d’une rare qualité. Le vicaire général, Antoine Lambert,
qui se déplace d’Embrun pour une première enquête canonique est témoin à son tour d’une guérison miraculeuse. Le doigt de Dieu est
là, le doigt de Dieu est là,
ne cesse-t-il de répéter.

Il autorise la construction de l’église et nomme comme premier directeur du pèlerinage son collègue Pierre Gaillard, vicaire général du diocèse de Gap. C’est probablement à ce moment là, durant
l’année 1666, que Benoîte se consacre à Dieu en entrant dans le Tiers Ordre de Saint-Dominique. On l’appellera désormais la sœur
Benoîte.
Le pèlerinage s’organise et se développe. La construction de l’église s’achève en 1669. Benoîte attirée au pied de la croix
dite « d’Avançon » par une odeur suave, bénéficie à cinq reprises de la vision de Jésus crucifié. Elle souffre tous les
vendredis des douleurs de la passion.

Elle est encore interrogée à deux reprises : d’abord par le nouvel administrateur apostolique, Jean Javelly, durant la vacance du siège à Embrun où elle séjourne une douzaine de jours en
1670, puis au Laus l’année suivante par le nouvel archevêque, Charles Brulart de Genlis, qui avoue que de sa vie il n’avait vu
pareilles vertus.

La mission de Benoîte

Le pèlerinage prend alors un essor considérable avec les prêtres Peythieu et Hermitte qui sont arrivés au Laus dès le mois de mai 1669.

En 1684, Benoîte, qui va avoir quarante ans, est en pleine possession de ses moyens. Elle exerce son charisme avec vigueur et assurance, priant une partie de la nuit et se consacrant aux pèlerins
durant la journée pour les conduire à la conversion au moyen de la confession de leurs péchés.

Elle met en œuvre et avec beaucoup de sagesse et de perspicacité le don qu’elle a reçu de lire dans les consciences. Son ministère est reconnu par les prêtres. Le Laus devient une mission perpétuelle.

Au même moment, notre bergère, qui commence à perdre ses appuis humains, avec la mort de Peythieu son confesseur, va subir de terribles attaques des forces du mal qui se ligueront
jusqu’à sa mort pour chercher à l’anéantir.

Le renouveau du pèlerinage et la mort de Benoîte

En 1712, les pères missionnaires de Notre-Dame de la Sainte-Garde, qui arrivent de Carpentras, assurent la relève et le renouveau du pèlerinage. La servante de Dieu s’éteint dans la
joie, le 28 décembre 1718, faisant jaillir en ce lieu un fleuve de paix.

De la mort de Benoîte à nos jours

En 1819, après la tourmente révolutionnaire, arrivent les Oblats de Marie Immaculée qui restent jusqu’en 1842. C’est à cette date que les prêtres du diocèse de Gap prennent la
direction du sanctuaire. Ils seront remplacés en 1933 par les Chanoines Réguliers de l’Immaculée Conception. En 1948, les missionnaires diocésains reviennent.

Aujourd’hui, grâce à une communauté de prêtres diocésains, de religieux, de religieuses et de laïcs, la grâce du Laus continue à se manifester auprès des pèlerins. Elle rayonne désormais sur
toute la France et au-delà des frontières alors que ce haut lieu marial entre dans une nouvelle étape de son histoire.

Dans le cœur du sanctuaire, le tombeau de Benoîte n’a cessé d’être vénéré par les pèlerins, signe permanent de sa présence et de sa fécondité spirituelle. L’inscription, gravée à même la pierre,
est significative de la renommée de sainteté de la servante de Dieu, depuis le moment de sa mort jusqu’à nos jours : Tombeau de
la Sœur Benoîte morte en odeur de sainteté, 1718.

Le procès de béatification et de canonisation de la bergère, commencé à la fin du XIXe siècle, stoppé en 1913, repris
en 1981, est désormais en bonne voie d’aboutissement.