RETOUR DU CONGRES MISSION

Paris, 28-30 Septembre 2018

par le Père Jean-Dominique Dubois, Responsable diocésain de la Formation permanente et du catéchuménat

Pour la quatrième année des laïcs, nouvelle génération, réunissent à Paris des acteurs divers de l’Église au sujet de la nouvelle évangélisation. Génération décomplexée pour annoncer l’Évangile, non résolue à rester dans le privé ni dans l’enfouissement pour ne servir que la maintenance et l’entretien dans notre Église. Par ces jeunes, le Christ nous appelle. C’est Lui et son Esprit Saint qui ont suscité dans cette génération le goût de l’Évangile. Passionnés de Jésus Christ, ardents à l’annoncer sans prosélytisme ni fausse retenue pudique. « L’Esprit souffle où il veut,… mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. » Jn 3, 8

L’an passé, à Notre-Dame du Laus, j’ai la joie de rencontrer le Père Antoine d’Eudeville, curé de la paroisse Notre-Dame des Champs à Paris. Des échanges fructueux et sa fraternelle invitation à venir participer à ce Congrès me décide à monter sur Paris pour l’occasion.

Au cœur de la capitale, de l’église Notre Dame des Champs à l’église saint Sulpice en passant par le collège Stanislas et l’Institut catholique, 3800 personnes dont 150 prêtres, sinon plus, vont vivre un triduum passionnant d’échanges et de prière dans la louange. Si l’on en juge par le nombre croissant de participants, en rapport à l’année 2017 où ils étaient un millier, on apprécie l’intérêt grandissant pour la nouvelle évangélisation. Nouvelle non parce que ce qui a été fait avant n’était pas bon, mais nouvelle par les modes ou les méthodes parce que le monde à évangéliser a terriblement changé.

Impossible de rendre compte de la richesse partagée durant ce congrès. Impossible même de tout faire et de tout voir durant le Congrès. A chacun de choisir selon ses charismes et ses appels pour participer à telle ou telle table ronde, à tel ou tel atelier (152 au total répartis par thèmes), ou encore à visiter l’un des très nombreux stands réunis en village au Collège Stanislas, offrant à connaître autant d’initiatives nouvelles d’évangélisation. Pour ma part je participe au temps du vendredi réservé aux prêtres. Dans la continuité je vais écouter le samedi matin des intervenants complétant cette réflexion liée au ministère sacerdotal. Je participe aussi à quelques ateliers ouvrant des perspectives pour le renouveau en paroisse comme en diocèse.

En deux temps successifs j’entends dialoguer le pasteur anglican Andy Buckler de la paroisse Saint Barnabas de Londres, le père Benoît Moradei curé de Saint Nizier à Lyon et le père Hugues Jeanson curé de la paroisse d’Hyères dans le Var. Le lendemain avec le même pasteur anglican j’entends la voix du père Bernard de Terves des Missions étrangères de Paris, missionnaire à Taïwan, et le père Simon Chouanar du diocèse de Paris, curé d’une paroisse de périphérie. Le thème des échanges : renouvellement et implantation d’Église ! Comment sortir de la maintenance et s’occuper des brebis qui ne sont pas au bercail ? Peigner la brebis ou sentir l’odeur du vaste troupeau qui n’est pas du sérail, pour reprendre des expressions chères au pape François ?

Les propos de tous sont très riches. Il en ressort beaucoup d’humilité de la part de ces pasteurs anglicans ou catholiques. Beaucoup s’inspirent d’expériences essentiellement anglo-saxonnes (USA et Angleterre) et pour l’essentiel d’Églises issues de la Réforme. Sans doute parce que les anglo-saxons sont davantage pragmatiques et moins accrochés à l’idéologie, fusse-t-elle pastorale et d’Église. Et sans doute aussi que nos frères protestants sont moins fixés sur le pouvoir lié à la charge ecclésiastique. Quoiqu’il en soit l’humilité est de mise. Leur propos ne prétend pas à l’exemplarité et ne veut pas prêter le flanc au copier-coller. Face au constat de l’effondrement tant du nombre que de la vitalité des communautés chrétiennes en Europe il y a urgence à « changer de logiciel » pour redevenir des communautés évangélisatrices autant ad intra qu’ad extra. N’en sommes-nous pas restés à l’Église du 19° siècle s’interroge le Père Hugues ? Redevenir des disciples missionnaires, selon l’expression du Pape François dans « La joie de l’Évangile ». Personne n’a la solution pour tout le monde. Chaque situation humaine à évangéliser et chaque paroisse sont uniques. Toutefois des constantes peuvent se dégager de leur propos. Je ne prétends pas les avoir toutes capter. Je puis en rapporter quelques unes, sans aucun ordre précis mais se tenant l’une l’autre.

· Partir de l’existant et de ce que le Seigneur lui même suscite déjà au cœur de nos communautés. Ce qui suppose beaucoup d’esprit de foi et d’écoute.

· L’importance du leadership, mot d’entreprise très anglo-saxon, mais qui signifie ici clairement la paternité. Leader sachant travailler en véritable synergie entre prêtres, laïcs et institution, sans séparation ni opposition. Leader pour faire passer un seuil. Ce que la paroisse Saint Barnabas de Londres a initié dans un premier temps s’est fait sans la hiérarchie mais jamais contre. Pourtant quelques années plus tard les évêques ont nommés un évêque non territorial pour accompagner toutes les « transformations missionnaires de nos communautés. » dit le pasteur Buckler.

· L’importance capitale du facteur temps pour mûrir ensemble un projet pastoral autant que pour l’accompagner.

· La paroisse pensée moins en terme d’activités que de personnes.

· Savoir valoriser la personne qui fait grandir les autres.

· Le Père Benoît témoignait du choc que lui a causé le propos d’une personne hors du sérail lui disant à la lecture de son bulletin paroissial : « Il y a toutes ses activités dans la paroisse. Ce n’est donc pas pour moi ! … » Dès lors le père n’a mis dans son bulletin que ce qui pouvait susciter l’interrogation curieuse pour la Bonne Nouvelle et les grandes étapes pour y plonger. Le groupe de Madame « Michu » qui ne se trouvait plus cité dans le bulletin s’est vu répliqué par le curé : « Je vous accompagne régulièrement ne me dites pas que vous êtes oubliés. » Notre communication nous rassure peut-être, mais n’assure pas forcément le renouvellement et l’adhésion à l’essentiel.

· L’idée du pipeline est revenue plusieurs fois. Il ne suffit pas d’extraire le pétrole il faut le conduire à terme. Les parcours Alpha et après ? Quand on a redonné le goût la vie chrétienne ou tout simplement donné, selon quel parcours clair, pensé et posé les personnes vont être accompagnées pour s’enraciner dans la vie chrétienne et ecclésiale.

· En période de pénurie l’individualisme paroissial est mortel. Il a été souligné l’importance de mutualiser les forces d’une paroisse à l’autre, dans l’entraide, et sans se jalouser, ni défendre son pouvoir personnel. Partager le meilleur de ce que l’on a. Apprendre à penser davantage mission plus que paroisse.

· Viser toujours celui, ceux, qui sont le plus loin de l’Église.

· N’avoir pas peur de laisser tomber ce qui ne porte plus de fruits, pour lancer des choses nouvelles. N’avoir pas peur non plus de se tromper. Se donner le droit à l’erreur. Je préfère une Église blessée qui a pris des coups qu’une Église en pantoufle nous répète le Pape François.

· Les prêtres sont ordonnés pour un ministère spécifique. Cela est-il honoré ou doivent-ils courir sur tous les fronts dans des activités que des laïcs bien formés peuvent accomplir ? De plus « un chef doit savoir former des futurs chefs au sens du Christ, nous dit le Père Hugues. Le Christ donne son Esprit Saint et non pas le vicaire qui bouche les trous. Le problème en paroisse n’est pas le nombre de prêtres mais celui du leadership. S’il n’y a pas de leader, inutile d’entreprendre quelque chose. Notre rôle en tant que prêtre est de savoir transmettre ce que nous faisons. » Monseigneur Aupetit, dans un interview récente, déclare exiger une condition incontournable à qui lui demande des prêtres: « Si vous me demandez autre chose que de boucher des trous, je trouverai des prêtres enthousiastes pour la mission. »

· Toujours centrer son action à partir du Christ en son mystère principal de mort et de résurrection ce que nous rappel avec force le pape François dans La Joie de l’Évangile.

Les nombreux ateliers permettent de prendre de la distance et d’approfondir ces problématiques d’ensemble en abordant tel ou tel point de l’évangélisation. Les propositions ne manquent pas, des addictions en passant par le monde du travail en entreprise au célibat imposé à assumer. Rendez vous sur le site du Congrès pour s’en faire une idée. (cf. congresmission.com)

Après avoir participé à l’atelier Alpha-Talenthéo, je fais l’atelier sur la vision pastorale de Néhémie pour terminer en allant écouter les paroles pleines de réalisme et de punch de Maud et Alex Lauriot-Prevost sur la conversion pastorale de la préparation au mariage.

En dernier lieu je participe à une des tables rondes du dimanche. Son questionnement : « La société attend-t-elle encore quelque chose des chrétiens ? » Elle est animée par Isabelle de Gaulmyn du journal La Croix. La question, marquée par une époque, est complétement retournée par les intervenants. Tant l’historien, le philosophe, la responsable d’Annuncio que le diacre orthodoxe tous ne craignent pas de partager leur regard et leur expérience pour dire avec fougue et conviction que nous avons un trésor à partager. Comme l’exprimait Mélanie Duflot, médecin, responsable d’Annuncio, il ne s’agit pas pour l’Église, au pays, la France, où l’on prescrit le plus d’anxiolytique, « d’être caritative et de se taire, mais d’être caritative et d’évangéliser ». Nous avons toutefois à collaborer avec Dieu qui suscite des attentes comme le rappelait en finale le recteur de la Catho de Paris, Monseigneur Bordeyne.

Ce festival de l’Evangélisation a fait vivre de très riches échanges et des temps de prière non moins riches. La prière de toute l’assemblée sur les prêtres et les évêques présents au terme de l’Eucharistie du samedi était très touchante. Bien des initiatives de mission présentées rejoignent les grands textes du magistère de l’Église d’ « Ecclesia in Europa » à « La joie de l’Évangile » en passant par « le Directoire général de la catéchèse » ou « Verbum Dei » de Benoît XVI. Textes souvent aux oubliettes, sans compter tout ce que le Seigneur a déjà dit depuis des dizaines d’années par tous les charismes de communautés ou de personnes qu’il a suscité ou renouvelé, et que nous n’honorons pas forcément. Le Congrès Mission est un puissant rappel et appel à puiser à la source, non pour reconstruire le temple de n’importe quelle époque mais pour se laisser habiter par la Parole du Christ et se laisser façonner par l’Esprit Saint, les « deux mains du Père », afin de vivre la Bonne Nouvelle et de l’annoncer. Le judaïsme post-exilique n’a pas réussi grâce à la reconstruction du Temple mais grâce à la passion pour la Torah et au sang des martyrs. Le peuple ainsi conduit a vu naître en son sein une attente messianique pétrie d’Esprit Saint. Amour de la Torah et attente qui, à travers les siècles, continuent d’habiter la foi de nos frères juifs. Bénis soient-ils.

Puisque Jésus nous tient en éveil et nous réveille aujourd’hui à travers les richesses de son Église en la personne des papes et des saints, des jeunes et des moins jeunes qui vivent dans la fidélité, laissons nous conduire par l’Esprit pour nous unir au Christ. Aucun renouvellement n’adviendra sans une profonde union de chacun de nous au Christ. Tel est bien l’objectif premier du Congrès Mission. « Ne soyons pas inquiets de la corruption des forces du mal, mais soyons inquiets de la corruption des forces du bien. » disait Bernanos. Il n’y a qu’un malheur c’est celui de n’être pas un saint et de ne pas former des communautés saintes. Ce que saint Jean-Paul II nous a rappelé dans sa très belle lettre d’entrée dans le 3° millénaire. « Si vous êtes ce que vous devez être vous mettrez le feu au monde. » lançait-il la même année aux jeunes à Tor Vergata pour les JMJ de l’an

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