Des évêques européens et africains, réunis à Abidjan pour le
séminaire CCEE-SECAM, ont adressé une lettre au Président Nicolas Sarkozy le 12 novembre 2010 à l’occasion de la présidence française du G20.
Ci-dessous, le texte de la lettre adressée au Président français.

 

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Monsieur le Président,

Sachant que la France assume aujourd’hui la Présidence du G20, nous nous permettons de vous exprimer les réflexions de notre assemblée internationale réunie à Abidjan du 10 au 14 novembre.

Au moment même où les vingt puissances économiques et politiques les plus importantes du monde se concertaient à Séoul, nous, une délégation d’évêques africains du Symposium des Conférences
Episcopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) et une délégation d’évêques d’Europe du Conseil des Conférences Episcopales d’Europe (CCEE) rassemblés à Abidjan, Côte d’Ivoire, nous avons été
préoccupés du déroulement de vos travaux et nous avons conscience de l’importance de vos décisions communes pour l’avenir de la paix du monde. A la suite du Pape Benoit XVI nous souhaitons que
nous ayons tous le courage de prendre la mesure de nos responsabilités pour un authentique développement de l’homme sur toute la terre.

Sensibles à l’importance humaine des choix économiques, qui nous préoccupent tous à la suite de la crise mondiale, nous tenons à souligner que l’enjeu de ces débats ne se limite pas à sauver des
monnaies et les ressources financières de nos pays, mais doit conduire à des engagements fermes et sincères pour soutenir les hommes et les peuples qui n’ont pas accès à la croissance des
économies fortes.

Maints pays d’Asie et d’Amérique ont connu récemment des développements exceptionnels, ceux de nouveaux pays émergents dans les échanges commerciaux. Cette chance peut être donnée à d’autres pays
qui sans cela seront abandonnés à une concurrence anarchique source de chômage, de corruption et de trafics des plus dégradants spécialement en Afrique. Par ailleurs, des pratiques de prédation
et d’une exploitation sauvage des ressources naturelles dépossèdent les économies traditionnelles de leurs possibilités de développement. Maintenir une part de l’humanité en état
d’appauvrissement, de dépendance et de désespoir, c’est accumuler à moyen terme des sentiments de frustration mettant en danger la solidarité, la justice et la paix. La liberté religieuse et les
libertés de conscience ne doivent pas être étouffées par des pratiques de croissance uniquement déterminées par la recherche du profit et de la rentabilité matérielle. Le respect des Droits de
l’Homme n’est pas négociable pour des intérêts politiques ou idéologiques.

Comme l’ont souvent souligné les Papes depuis cinquante ans, le développement social et international est aujourd’hui le terrain de la paix. Devant ces choix et vos responsabilités, nous évêques
en contact avec des populations menacées en Europe comme en Afrique, nous prions l’Esprit de justice et de vérité pour qu’Il inspire de nouvelles voies de solidarité dans l’exercice de vos
responsabilités.

Comptant sur votre aimable attention, déjà manifestée lors de votre visite au Saint Père, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre profond respect et de notre haute
considération.

 

Abidjan, le 12 novembre 2010
[signatures des Evêques présents]

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