L’homélie de Noël de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
La crèche de la cathédrale de Gap

MESSE DE NOËL
CATHÉDRALE DE GAP

Vidéo et texte de l’homélie ci-dessous :

Des enfants devant la crèche de la cathédrale de Gap

Alors que les lumières de Noël scintillent dans les yeux des enfants, alors que les plus anciens d’entre nous revivent la joie du Noël de leur enfance dans celle de leurs petits-enfants et arrière-petits-enfants, alors que toute l’humanité – que l’on soit croyant ou incroyant – devrait accueillir le message de Paix de cette fête, voilà que notre joie est assombrie par la violence et la barbarie d’une poignée d’hommes et de femmes qui prétendent agir au nom de Dieu.

Comment ne pas penser à ces familles endeuillées, à Paris, à Nice, au Caire, à Berlin ? Comment ne pas penser à ces hommes, ces femmes, ces enfants qui ont tout perdu, y compris l’espoir, et qui errent dans les décombres de ce qui fut leur maison, leur ville, leur école ? Comment ne pas penser à ces milliers de corps humains que la mer a englouti ? Comment ne pas penser au corps du petit Illan le visage enfoui dans le sable d’une plage ?

Dans le texte récent du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France intitulé Dans un monde qui change retrouver le sens du politique les évêques disent notamment ceci : « Les événements dramatiques qui frappent les populations du Moyen-Orient ou d’Afrique jettent sur les routes et sur la mer des centaines de milliers de réfugiés, véritables naufragés humains. Quand la Jordanie et le Liban reçoivent des millions de réfugiés, comment notre pays pourrait-il reculer devant la perspective d’accueillir et d’intégrer quelques dizaines de milliers de ces victimes ? »

Voici encore un extrait de l’homélie que le Pape François prononce en ce moment même à Rome : « Laissons-nous interpeller par l’Enfant dans la mangeoire, mais laissons-nous interpeller aussi par des enfants qui, aujourd’hui, ne sont pas couchés dans un berceau et caressés par la tendresse d’une mère et d’un père, mais qui gisent dans les sordides “mangeoires de la dignité” : dans le refuge souterrain pour échapper aux bombardements, sur les trottoirs d’une grande ville, au fond d’une embarcation surchargée de migrants. Laissons-nous interpeller par les enfants qu’on ne laisse pas naître, par ceux qui pleurent parce que personne ne rassasie leur faim, par ceux qui ne tiennent pas dans leurs mains des jouets, mais des armes. »

Certains d’entre vous vont dire que mes propos viennent ternir la joie de cette fête. Mais quels chrétiens serions-nous si nous ne portions pas dans notre prière tous ceux et celles qui partagent dans leurs blessures les blessures du Christ sur la croix ?

Ne croyez surtout pas que j’oublie celles et ceux qui dans notre département et dans notre pays vivent des situations plus que difficiles. Depuis la création du groupe « Les Prêtres », il n’y a pas un jour que nous ne recevions des demandes d’aide venant de toute la France et de l’étranger. Tous les jours et plusieurs fois par jour, des personnes téléphonent régulièrement à mon secrétariat pour échanger quelques mots et combler leur grande solitude, y compris les appels de ceux qui passeront ce Noël derrière les barreaux d’une prison. Je pense aussi à ces garçons et ses filles, de l’Association Le Refuge, rejetés par leur famille à cause de leur orientation sexuelle. Mais ces souffrances proches de nous ne justifient pas pour autant que nous négligions l’étranger qui frappe à la porte ainsi que le Christ nous le demande.

Savez-vous qui est celui qui a été déposé dans la crèche ? Savez-vous qui sont ses parents ? Ben, allez-vous me répondre, c’est Jésus, Marie, Joseph. En fait vous ne savez pas, ce sont, ce sont, ce sont des migrants. Ils ont quitté Nazareth pour Bethléem. C’est bien pour cela qu’au lieu de naître dans un berceau douillet, ce bébé de migrant est né dans une étable avec pour berceau un peu de paille, et pour qu’il n’ait pas froid la chaleur d’un âne et d’un bœuf.

Il n’y avait pas de place pour eux à l’auberge, pas de place dans le cœur de l’aubergiste, pas de place dans le cœur de ceux qui avaient trouvé un abri. Et puis ils étaient pauvres. Avec un petit bakchich peut-être leur aurait-on trouvé un peu d’espace… mais ils étaient trop pauvres.

C’est dans ces conditions qu’est né le Fils du Père notre Dieu. Et après sa naissance, il sera migrant encore, pour fuir Hérode qui veut le tuer, et ce sera la fuite en Égypte. Et aujourd’hui ce sont les chrétiens d’Égypte qui doivent fuir leur pays.

C’est lui, Jésus, qui aujourd’hui encore vient inlassablement frapper à la porte de notre cœur pour qu’elle reste ouverte aux détresses qui nous entourent.

Avez-vous réalisé la quantité d’amour que Dieu a déposé dans notre cœur ? C’est sans limite. Il y a toujours de la place pour aimer davantage. Il n’y a pas de frontière. Imaginez des grands-parents ou des arrière-grands-parents qui, à la naissance de leur 15e petit-enfant, diraient : « Celui-là ou celle-là je ne peux pas l’aimer, ils sont déjà trop nombreux, il n’y a plus de place dans mon cœur. » Que penserions-nous d’eux ?

C’est pourquoi nous, chrétiens, nous avons le devoir de faire tout ce qui est possible pour l’accueil des migrants présents dans notre département.

Au début du mois de novembre, le pape François a adressé aux évêques réunis à Lourdes un message dans lequel il « encourage les évêques de France à aider les habitants de France à affermir leur espérance ».

L’Espérance. C’est d’autant plus nécessaire que l’on constate de nombreuses réactions de peur dans la société et dans l’Église. Cette peur est paralysante. La tentation se manifeste de se protéger, de revenir à des habitudes. Le pape invite au contraire à sortir, à prendre des risques, à aller à la rencontre de toutes les personnes marquées par la pauvreté, la marginalité.

Je ne résiste pas au désir de citer l’exemple du pape lui-même. Durant cette année de la miséricorde, un vendredi par mois, le pape nous a ouvert les yeux en visitant ou accueillant des personnes sur le bord de la route et que souvent nous ne voulons pas voir. Il a voulu donner un signe de l’amour du Seigneur et ouvrir un chemin d’espérance.

Je reprends ici, à mon compte, la liste des interventions du pape établie par mon ami Jacques David, ancien évêque d’Évreux, aujourd’hui à la retraite et âgé de 86 ans.

« En janvier, le pape a visité une maison pour personnes âgées et patients dans un état végétatif ; en février, une communauté pour les toxicomanes. Pour le Jeudi Saint, en mars, il s’est rendu au centre d’accueil pour les réfugiés de Castelnuovo di Porto ; puis en avril dans le camp de réfugiés de Lesbos. En mai, le pape a visité la communauté « Chicco », pour les personnes souffrant de troubles mentaux graves, et en juin deux communautés de prêtres malades. En juillet, son « vendredi de la miséricorde » avait eu lieu au cœur des Journées mondiales de la jeunesse de Cracovie : le pape a visité les camps nazis d’Auschwitz et Birkenau, un hôpital pédiatrique et a récité le Chemin de croix avec les jeunes. En août, il a rendu visite à une vingtaine de jeunes femmes sorties de la prostitution et accueillies par la communauté Pape-Jean-XXIII. Sous le signe de la canonisation de Mère Teresa, en septembre, il a visité deux structures romaines de « service en faveur de la vie », dédiées aux nouveau-nés et aux personnes en phase terminale. En octobre, il s’est rendu dans un Village d’enfants de Rome et auprès d’un cardinal hospitalisé. Enfin, en novembre, il a visité sept anciens prêtres ayant quitté le ministère et fondé des familles.

Il a voulu manifester que si tous ne sont pas respectés et accueillis, il manque quelque chose à la société et à l’Église, parce que nous n’allons pas vraiment, réalistement, sur le chemin des béatitudes et ne prenons pas le regard de Jésus.

Sans doute il n’est pas impossible de penser que quelque catholique en soit choqué, jugeant que le pape n’est pas à sa place et dévalorise les pratiquants fidèles. Le pape pense lui, que c’est la place du Christ et justement celle des catholiques pratiquants, la nôtre, là où nous vivons. »

Alors quand je vois tout ce que le pape François dit et fait dans toutes les directions, je me dis qu’il est possible que, durant ce long temps passé dans les Hautes-Alpes, certains aient eu l’impression que je ne me suis pas soucié d’eux. Qu’ils sachent qu’à ma manière, mon souci n’a jamais été de choquer, mais bien d’ouvrir un chemin de mission pour les catholiques, et d’espérance pour tous les habitants.

2017 est là. Une fois encore le Seigneur veut se servir de nos yeux, de nos mains, de nos cœurs, de nos intelligences, de notre créativité. Qu’allons-nous en faire ?

Bonne année 2017 à tous !

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

Cet article a 5 commentaires

  1. Renée Chambon

    J’apprécie vos articles MAIS je regrette
    de ne pas pouvoir les imprimer totalement et correctement: il y aurait peut-être une
    rectification à apporter au fonctionnement du site web ?
    Merci d’avance .
    Bien respectueusement.
    RC

    1. Webmaster

      Si vous avez un problème pour imprimer, un moyen simple consiste alors à mettre votre curseur dans l’article, au début de l’endroit que vous souhaitez sélectionner pour l’impression, puis à sélectionner la partie à imprimer en maintenant un clic-gauche et en déroulant la roulette jusqu’à la fin de la partie à imprimer, puis à taper sur le clavier simultanément Ctrl+C (pour copier), puis à ouvrir un fichier Word vierge, et enfin à y insérer ce qui a été sélectionné en tapant simultanément sur le clavier Ctrl+V (pour coller). Et voilà.

  2. .coursier

    merci Monseigneur pour cette belle homélie tous mes vœux pour 2017 et bonne continuité ,dans votre sute

  3. croassant arlette

    Monseigneur, merci.
    Une homélie empreinte d’encouragements et d’espérance pour aider son prochain et s’aimer les uns les autres, comme Dieu nous aime.
    Monseigneur, difficile de trouver un successeur digne de vous. Un évêque unique!
    Votre atout principal, réussir à faire grandir notre foi, plus intense et toutes vos idées de génie.
    Vous êtes irremplaçable!
    Avec la venue du Messie, la paix dans le monde.
    Bonne Année 2017.

  4. grimaldi marie josé

    Mission accomplie , Monseigneur, et plus encore ! Merci .

Les commentaires sont fermés.