Homélie 1er mai 2020 – Notre-Dame du Laus, confinés

« En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. » En relisant ces phrases écrites par saint Luc, je vois une jeune femme décidée, bonne marcheuse, qui affronte la montagne. Comme certains pèlerins venaient au Laus à pied depuis Gap ! Comme frères et sœurs, vous en avez sans doute une grande envie ! J’ai eu pour ma part l’autorisation des autorités ce jour pour monter au Laus et vous y représenter, comme quand le dimanche du confinement j’y étais venu allumer un gros cierge pour représenter toutes vos prières.

Toutes vos prières nombreuses, par la technologie moderne de la vidéo, et surtout par le dévouement des équipes du Laus, avec son recteur, que je remercie en votre nom à tous. Vous êtes innombrables à suivre les offices des sœurs, les retraites, et les messes au Laus depuis chez vous, votre lieu de confinement. Alors oui, je comprends votre désir de vous dégourdir les jambes et de monter dans ce refuge des pécheurs.

Mais nous patientons pour que le risque sanitaire diminue. Mais, j’ouvre une parenthèse d’actualité, nous ne patienterons pas indéfiniment, car nous n’accepterons pas non plus d’injustice envers les chrétiens et surtout une mesure contreproductive. Injustice car non proportionnelle à ce qui se passe sur le terrain. Pourquoi ne pas faire confiance au travail des évêques et des curés en lien avec les préfets et les maires ? Et contreproductive ; le grand rabbin de Rome l’a exprimé ainsi aux autorités italiennes : « Nous avons tous le devoir de respecter la santé publique mais fait partie de la santé, de l’individu et de la société, l’harmonie de l’esprit avec le corps. » Je regrette que le gouvernement n’ait pas pris en compte le plan de déconfinement qui a été travaillé sérieusement par les évêques de France et adopté lors d’une assemblée plénière vendredi 24 avril, 100 évêques par vidéo conférence.

L’harmonie de l’esprit avec le corps, c’est aussi la raison pour laquelle il faudra laisser nos équipes d’aumônerie visiter les malades et les personnes âgées, bien sûr en les équipant. Ils font partie entièrement de la chaine du soin.

Nous continuons à travailler avec les autorités et à essayer d’adapter notre dispositif diocésain et du sanctuaire.

Notons tout de même la bonne nouvelle pour le Laus : à partir du 11 mai, si vous habitez dans un rayon de 100 km, vous pourrez monter au sanctuaire. Ce n’est pas rien ! Je vous en dirai un peu plus la semaine prochaine. – fin de parenthèse d’actualité.

Donc cette jeune femme volontaire, Marie, se met en route et et se rendit avec empressement vers la région montagneuse du Laus, heu pardon, de Ain Karem.

C’est une jeune femme enceinte, une jeune femme qui n’a pas peur, parce que Dieu est avec elle, Dieu est en elle.

Dans la rencontre entre Marie et sa cousine Élisabeth, le protagoniste caché est Jésus. Marie le porte dans son sein comme dans un tabernacle sacré, et l’offre comme le don le plus grand à Zacharie, à son épouse Élisabeth et également à l’enfant qui se développe dans le sein de celle-ci. (…) Là où arrive Marie, Jésus est présent. Celui qui ouvre son cœur à la Mère rencontre et accueille le Fils, et il est envahi par sa joie. (Benoît XVI, 31 mai 2006)

Comme lui dit Élisabeth, « lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi ».

Frères et sœurs, quand Marie arrive, c’est la joie qui revient.

Le père Ludovic a trouvé cette phrase dans les manuscrits du Laus : « Quand Benoîte voit la très digne Mère de Dieu, elle se réjouit. Mais surtout, cette grande Reine l’égaye et l’encourage ». CA A. p. 451 [497]

Alors frères et sœurs, vous comprenez comment à pu naître cette intuition d’une année mariale diocésaine de septembre 2020 à septembre 2021, à l’issue de laquelle notre diocèse sera consacré à la Vierge Marie et chacun de nous pourra également faire une consécration personnelle. « Quand Benoîte voit la très digne Mère de Dieu, elle se réjouit. Mais surtout, cette grande Reine l’égaye et l’encourage. » Frères et sœurs, après l’épreuve de la mort de tant des nôtres par cette pandémie, après l’épreuve propre du diocèse de la disparition du curé de la cathédrale, le père Sébastien, qui servait si bien la Sainte Vierge, après cette épreuve collective du confinement, après cette épreuve pour les chrétiens d’être privé de la messe ; oui après toutes ces épreuves, il nous sera bon d’accueillir Marie chez nous. Mais plus encore, j’en ai la conviction, en ces jours-ci, Marie se met en route et se rend avec empressement vers la région montagneuse des Hautes-Alpes, et vient descendre chez nous, dans nos maisons.

Et la joie reviendra sur nos visages, et la paix profonde refera surface.

Mais ce n’est pas tout, car quand Marie arrive, c’est aussi la charité qui revient. Mon homélie est curieuse, je ne commente que le début et la fin de l’Évangile ! Le début : « En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. » Et la dernière phrase : « Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle. »

Marie est engagée dans un acte de charité magnifique, pendant une durée longue, 3 mois, comme notre confinement, pour aider sa cousine dans la phase finale de sa grossesse. En cette année mariale, Marie vous propose de rester chez vous, avec vous, pendant une année.

« Restez chez vous », cette phrase nous sonne alors aux oreilles différemment. Il nous est difficile actuellement de rester chez nous, mais il nous est joyeux la perspective que Marie reste chez nous une année !

Oui, quand Marie arrive, c’est aussi la charité qui revient. Frères et sœurs, la fin de cette crise sanitaire sera une crise sociale sans précédent. Aussi dans nos montagnes, car le tourisme qui nous fait vivre en grande partie est durement atteint. Il nous faudra prendre soin les uns des autres. Il nous faudra faire comme Marie, aller rendre visite à nos vieilles cousines, ou à nos jeunes cousins dans les difficultés économiques, pour les aider. La solidarité familiale doit jouer ; la solidarité nationale doit jouer et joue ; la solidarité de la communauté chrétienne doit jouer.

À ce propos je fais une autre parenthèse : le sanctuaire Notre-Dame du Laus est en difficulté financière à cause du confinement ; le diocèse de Gap voit ses difficultés financières déjà connues aggravées. La quête en ligne rapporte 10 % de ce que rapporteraient les quêtes dans nos églises à la même époque. Alors après cette homélie, n’oubliez pas la quête, soit sur l’appli la Quête sur un smartphone, pour le sanctuaire Notre-Dame du Laus, soit sur le site internet du diocèse, l’onglet “donner à la quête en ligne”, soit par chèque à l’ordre de sanctuaire Notre-Dame du Laus.

Tous ensemble, pendant cette année mariale, nous pourrons chanter : Magnificat, anima mea Dominum. Mon âme exalte le Seigneur !

« Marie exprime tout le programme de sa vie. Ne pas se mettre en avant. Ne pas se mettre elle-même au centre, mais faire place à Dieu, rencontré tant dans la prière que dans le service du prochain, alors seulement le monde devient bon. Marie ne veut être rien d’autre que la servante du Seigneur. Elle sait qu’elle contribue au salut du monde, non pas en accomplissant son œuvre, mais seulement en se mettant pleinement à la disposition des initiatives de Dieu. » (Benoît XVI, Deus Caritas est, 41)

Une autre parole des manuscrits du Laus est significative : « L’ange dit à Benoîte de se préparer par des prières, à recevoir la Mère de Dieu. » CA G. p. 128 VII [174] – année 1684

D’ici le 6 septembre, ouverture de notre année mariale diocésaine, nous allons nous y préparer, par la prière et par la charité. Alors nous pourrons expérimenter ce que Benoîte a vécu : « Quand Benoîte voit la très digne Mère de Dieu, elle se réjouit. Mais surtout, cette grande Reine l’égaye et l’encourage. »

Chers frères et sœurs, en ce temps d’épreuve, soyez forts, car vous portez Jésus comme Marie. Amen.