A vrai dire, avoir péché n’est pas péché si on en a regret. Oui, celui qui aurait pleinement accordé sa volonté à celle de Dieu ne devrait pas vouloir que le péché dans lequel il
est tombé n’ait pas eu lieu, non pas certes parce qu’il était contre Dieu, mais dans la mesure où tu es par là obligé à plus d’amour, où tu t’es abaissé et humilié, et donc non pas certes parce
que le pécheur a agi contre Dieu.


Quand l’homme se relève complètement de ses péchés et s’en détourne absolument, le Dieu fidèle fait comme si l’homme n’était jamais tombé dans le
péché et il ne veut pas un seul instant lui tenir rigueur de tous ses péchés. En eût-il commis autant que tous les hommes en ont jamais commis, Dieu ne lui en tiendrait pas rigueur.

Dieu est le Dieu du présent. Tel il te trouve, tel il te prend et t’accueille, non pas ce que tu as été, mais ce que tu es maintenant. Toute l’offense, tout l’outrage
commis envers Dieu par tous les péchés, il veut les supporter et les a supportés bien des années pour que l’homme acquière ensuite une grande connaissance de son amour, pour que l’amour et la
reconnaissance de l’homme soient d’autant plus grands, et son zèle d’autant plus ardent.

Maître Eckhart (1260-1328), Instruction spirituelle, 12

L’auteur

Né Thuringe dans une famille de petite noblesse, Eckhart entre chez les dominicains d’Erfurt. Il étudie à Cologne, où règne l’influence d’Albert le Grand († 1280),
puis Paris, où règne celle de Thomas d’Aquin († 1274). Il revient enseigner à Erfurt, puis à Paris, avant d’en être expulsé par Philippe le Bel comme tous les religieux qui refusaient son appel
au Concile contre le Pape. Ses années de maturité se partagent entre ses charges universitaires à Strasbourg, Cologne et Paris, ses importantes responsabilités dans l’ordre des prêcheurs, et un
ministère de prédicateur et de directeur spirituel, notamment pour en organiser les études. Ses œuvres latines recouvrent son enseignement académique, tandis que ses sermons et traités en
allemand révèlent davantage le maître spirituel. Les dernières années à Cologne furent assombries par les suspicions attachées à ses écrits, et qui aboutiront peu après sa mort à une condamnation
modérée de la part des papes d’Avignon. Plus que la dénonciation de véritables hérésies, il faut y voir l’hostilité aux dominicains des évêques de Strasbourg et de Cologne. C’est probablement en
Avignon que mourut Eckhart, au cours d’un voyage entrepris pour se justifier.

(Extrait du livret Carême pour les Cancres 2008 – A l’école des saints – Un texte par jour pour marcher vers
Pâques
, disponible sur www.paroisseetfamille.com)

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