Ayant préféré laisser passer le temps des passions suite à l’affaire des caricatures de Mahomet, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap, revient aujourd’hui sur ce dossier brûlant de l’actualité, dénonçant la haine qu’il engendre. Il déplore que cette violence, des manifestants comme des dessinateurs, fasse oublier que Mahomet, Moïse ou Jésus-Christ sont chaque jour caricaturés, défigurés et insultés à chaque fois que l’homme est bafoué dans sa dignité.

Les plus agressives des caricatures ne sont que quelques gribouillages de dessinateurs en mal de créativité et d’imagination ! 

Les plus violentes des caricatures sont diffusées, elles, par ceux qui au nom de Mahomet, de Moïse et de Jésus-Christ, méprisent, ignorent la moitié du monde qui crève de faim dans l’indifférence. 

Mahomet, Moïse, Jésus-Christ, sont caricaturés, défigurés, insultés, dans le regard prématurément vieilli d’un enfant les yeux et les lèvres couverts de mouches. 

Mahomet, Moïse, Jésus-Christ, sont caricaturés, défigurés, insultés dans le regard apeuré des malades du sida auxquels les pays nantis refusent des médicaments. 

Mahomet, Moïse, Jésus-Christ, sont caricaturés, défigurés, insultés quand la société ne parvient pas à donner à sa jeunesse des raisons d’espérer et de croire en l’avenir. 

Mahomet, Moïse, Jésus-Christ, sont caricaturés, défigurés, insultés quand l’homme n’est plus qu’une machine à produire du profit. 

Mahomet, Moïse, Jésus-Christ, sont caricaturés, défigurés, insultés quand ceux qui disent que Dieu guide leur vie se déchirent entre eux habités par la haine. 

Mahomet, Moïse, Jésus-Christ, sont caricaturés, défigurés, insultés… 

Manifestants de tous bords, pour trois coups de crayons maladroits, ça suffit ! 

Taisez-vous ! Faites silence. Rangez vos bannières et calicots pour les ressortir le jour où vous ne voudrez plus voir Mahomet, Moïse et Jésus-Christ caricaturés, défigurés, insultés dans le chef d’œuvre de la création : l’Homme.

                            + Jean-Michel di Falco Léandri
                               Evêque de Gap

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Cet article a 8 commentaires

  1. Bonjopur,

    Merci pour les paroles très justes et très percutantes de J.M DI FALCO. Ras le bol de l’exploitation de quelques dessins qui ne visent qu’à ne faire parler de leurs auteurs. Parlons plutôt des vrais problèmes actuels de l’humanité et des moyens de les régler dans sa battre pour des bétises. Quelque soit le Dieu je pense que c’est ce qu’il souhaite. Tentons plutôt de soulager les misères que nous connaissons (malades, misèreux …) Mais voyons juste dans l’exploitation qui est faite au nom de leur religion par certains intégristes.

    Merci pour vos messages.

  2. Merci pour ton texte qui nous permet de prendre de la distance, nous ramène à l’essentiel, nous parle de bon sens, la valeur inestimable de toute vie.
    Je propose là en prolongement la méditation du Pasteur Jean Dietz (Lyon) :

    "De quoi parlons-nous lorsque nous parlons de Dieu ?
    Ça va devenir très difficile de répondre… parce que nous savons bien que, tôt ou tard, il nous arrivera de parler de Dieu pour exprimer que tel ou tel propos fait offense à notre foi. Tôt ou tard, nous aurons une vérité théologique bien sentie qui nous permettra d’éviter de faire nôtre la souffrance d’un autre. Tôt ou tard nous ferons un détour pour éviter le malheureux étendu sur la route de Jéricho. Tôt ou tard, nous considérerons comme blasphème ce qui ne sera, peut-être, qu’une plaisanterie de potache…
    Et je ne vous parle pas ici en protestant qui se gausserait des catholiques qui portent plainte lorsqu’on représente ceci ou cela. Nul n’a à faire le beau devant l’autre. Nul ne peuet faire le beau devant les musulmans ou les sikhs… Il arrivera à chacun d’être heurté… Les êtres mes propres fils qui me sont les plus proches trouvent très bien ce que je reçois comme blasphème…
    Notre foi en un Dieu si libre qu’il renonce à la toute puissance de la divinité ne sait pas être pure au point de renoncer à la puissance… Notre foi en un Dieu amour ne sait pas totalement aimer… Notre foi au Christ serviteur ne sait pas être totalement servante…
    MAIS… nous n’allons pas nous faire mal avec ça… cela nous disqualifie, mais c’est à ces êtres disqualifiés que Paul se lie… tout comme c’est bien avec des pécheurs que le Christ se commet… L’un et l’autre pour quel salaire ? Dans quel but ?
    Pour l’un et l’autre, pour celui qui croit : POUR RIEN… gratuitement ! Et à ce moment, non seulement plus rien ne saurait les atteindre, mais aussi, ils sont convaincants… et mieux : ils ont part à l’Evangile en annonçant l’Evangile : au-delà des parce que et des pourquoi…"

  3. Ce texte est très juste, très beau, percutant. Il va droit à l’essentiel. Puisse-t-il éveiller les consciences et les intelligences ! Merci à Monseigneur di Falco pour son courage et pour sa clairvoyance.

     

  4. Je trouve le texte plein de justesse. Il déplace le terrain de la polémique en la situant là où, tous, quelques soient les convictions, devraient s’interroger. Félicitations.
  5. Merci pour ton texte. Court et concis. Et le courage de prendre position sur ces événements qui risquent de provoquer encore plus de haine. Ce que l’on voit dans les médias, fait peur pour l’avenir. Peut-on tout laisser salir, même au risque d’informer ?

    Beaucoup ont découvert sur le site du diocèse de Gap : "Mahomet, Moïse, Jésus" et me disent  : "voilà une réaction évangélique, car en le découvrant, en le lisant, on va plus loin et l’on se pose la question à soi-même : que ferais-je ?

    Haine, incompréhension puis vérification de ce qu’est le respet dû à tout croyant. Nous avons été longtemps les seuls chrétiens à être "épinglés" sans réagir. Puis est venue la commission "Croyances et Libertés" prenant une part actice quand au respect dû aux chrétiens et aux catholiques en particulier. Pourtant certains pensent encore que les évêques ne disent jamais rien et laisse faire, ce qui n’est plus vrai. Et ainsi ce texte nous permet de tout replacer dans le respect et en fait, dans l’amour, que nous devrions mettre dans nos vies. On est si peu de temps sur cette terre qu’il serait profitable de nous regarder sans nous haïr. Et de s’accepter différents. Est-ce un voeu pieux ?

    L’autre ? Oui, un autre nous-même.

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  6. Merci à Mgr di Falco d’avoir le courage d’écrire et de prendre position en ramenant les choses à la réalité  en ouvrant les yeux des "aveugles"  sur les pauvres et les petits qui sont toujours les victimes de ce genre d’escalades….

  7. Monseigneur,
    Votre édito me réjouis à la fois par son ton et son contenu !
    Je me réjouis car avec des paroles de cette vérité et de cette force venant de votre part, nous sommes dans l’assurance de ne pas nous laisser "anesthésier" en tant que chrétiens des Hautes-Alpes…
    Je me réjouis de votre clairvoyance sur la réalité du monde : certains pourraient dire que vos propos sont "faciles" voire inutilement culpabilisateurs… mais ils ne sont que le triste reflet de la réalité  ! Cela nous culpabilise, nous dérange, nous bouscule… mais qu’est-ce que notre "inconfort" psychologique face à la souffrance réelle de tant d’hommes et de femmes de part le monde…
    Vos paroles sont comme un écho de celles que nous avons eu l’occasion d’entendre il n’y a pas si longtemps :
    "Les chrétiens collaboreront de bon gré et de grand coeur à la construction de l’ordre international qui doit se faire dans un respect sincère des libertés légitimes et dans l’amicale fraternité de tous. Ils le feront d’autant plus volontiers que la plus grande partie du globe souffre encore d’une telle misère que le Christ Lui-même, dans la personne des pauvres, réclame comme à haute voix la charité de ses disciples. Qu’on évite donc ce scandale: alors que certaines nations, dont assez souvent la majeure partie des habitants se parent du nom de chrétiens, jouissent d’une grande abondance de biens, d’autres sont privées du nécessaire et sont tourmentées par la faim, la maladie et toutes sortes de misères. L’esprit de pauvreté et de charité est, en effet, la gloire et le signe de l’Eglise du Christ." GS 88
    Merci Mgr pour ces paroles fortes… et continuez à nous bousculer ainsi !

  8. Si seulement les Hommes pensaient comme lui !
    Je me suis toujours demandé pourquoi, alors que nous en avions largement les moyens, nous laissions l’Afrique mourir de faim. Par contre, nous leur vendons des armes.
    Vous savez, je viens de lire le livre de Doc Gynéco. Cet artiste que beaucoup croient complètement shooté du matin au soir, a les mêmes réflexions que Jean-Michel.
    Je n’ai pas été élevée dans la religion catholique mais dans le respect de tous les hommes. Dans ma famille, nous sommes issus de partout (remarquez, comme le disait ma prof d’histoire, en temps de guerre, ils ne passaient pas tout leur temps à se battre, donc la race pure n’existe pas). Un de mes oncles était Juif, une de mes tantes protestante, d’autres catholiques, d’autres musulmans. Et alors ? Alors nous sommes une famille.
    Quand l’homme apprendra-t-il à poser un regard sans haine ou sans jalousie sur un autre homme ?
    L’inconnu fera toujours peur. Parler, parler, apprendre et comprendre.
    A mon échelle, je ne fais pas grand chose. Mais quand je vois le sourire des jeunes turques qui viennent faire de la gym avec nous alors que dans d’autres endroits, elles sont cantonnées entre elles et quand j’entends le rire de toutes les filles qui suent en rythme, alors je suis heureuse. Surtout quand celles qui les regardent d’un oeil craintif et vindicatif, passe la barrière, et viennent leur parler.
    Le fric. Je suis agacée quand j’entends mes enfants me dirent qu’ils veulent un métier qui leur rapportera beaucoup d’argent. (Cela dit, j’avais les mêmes rêves à leur âge) Avoir assez d’argent pour pouvoir manger, coucher sous un toit et pouvoir s’offrir de temps à autres des petits extras, voilà notre éducation.
    Seulement, la société fait que…

    Merci beaucoup.

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