Il ne peut en être autrement : quoi qu’on fasse, l’homme doit porter une croix,
s’il désire devenir un homme bon et parvenir à Dieu. Il faut alors toujours qu’il souffre, il faut qu’il soit chargé d’une croix ; s’il se dérobe à l’une, il lui en échoira une autre. Il
n’est pas encore né, l’homme dont la belle parole parviendrait à te convaincre que tu ne dois pas toujours souffrir, que tu fuies ou tu veux, que tu fasses ce que tu
veux.

Il pourra se faire que Dieu pendant un temps place sous ta croix ses adorables
épaules, et t’aide à porter ton fardeau par son bout le plus lourd : alors l’homme se sent si libre et si léger, qu’il ne lui semble pas qu’il ait quelque souffrance à supporter, ni qu’il
ait jamais souffert ; il n’a plus conscience alors d’aucune souffrance. Mais dès que Dieu se dégage du fardeau, ce fardeau reste à l’homme avec tout son poids et toute son amertume, qui
paraissent intolérables.

Ce fardeau, le Christ l’a porté le premier, sous sa forme la plus pénible et de la
façon la plus douloureuse ; et après lui, tous ceux qui ont été ses amis les plus chers l’ont porté.

Jean Tauler (1300-1361), Sermon
60

 

L’auteur

 

Né à Strasbourg dans une famille bourgeoise, Jean Tauler restera toute sa vie dans cette ville. Entré à quinze ans chez les dominicains, il y
reçoit sans doute l’enseignement de son aîné, Maître Eckhart. Tauler laissera environ 90 sermons en allemand, qui ont nourri le prodigieux essor spirituel de Strasbourg à son époque. Plus
soucieux d’intimité avec le Seigneur que de pratiques extérieures, il s’inscrit dans le mouvement d’intériorisation qui caractérise le XIV
e siècle germanique, et qui aboutira à la Dévotion Moderne des Frères de la Vie
commune.

 

(Extrait du livret Carême pour les Cancres 2008 – A l’école des saints – Un texte par jour pour marcher vers Pâques, disponible sur www.paroisseetfamille.com)

 

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