Mariage gay : le cœur et la raison
  • 18 janvier 2013

René Poujol, « journaliste, citoyen et « catho en liberté » », ainsi qu’il se définit lui-même sur son blog, s’exprime sur le “mariage pour tous”. Ci-dessous, avec son autorisation, la tribune libre écrite pour Témoignage chrétien à la demande de ce journal :

 

Mariage gay : le cœur et la raison

Il n’appartient pas au chrétien de se résigner à vivre «dans la foi» des situations qu’il juge contraires au bien commun.

Osons cette évidence : les catholiques sont partagés sur la question du mariage gay. Et les «chrétiens de gauche» n’échappent pas à la règle. J’ai lu la position de TC. Je la respecte sans la partager. Et je reçois aujourd’hui, comme marque d’ouverture et de confiance, la proposition qui m’est faite d’exprimer ici ma «différence».

Elle ne porte pas sur le constat. Oui, des couples homosexuels vivent parmi nous, qui ont droit à notre estime, à une forme de reconnaissance sociale et à la quête de leur propre bonheur. Oui, les familles homoparentales sont une réalité. Oui, des couples homosexuels sont capables d’aimer et d’éduquer les enfants dont ils ont la charge. Oui, il est légitime qu’ils souhaitent pour eux les droits qui reviennent indistinctement à tous les «petits d’homme». Oui, enfin, l’homophobie reste un mal à combattre. De ce constat, faut-il conclure, avec le gouvernement, à l’urgence du mariage pour tous ? C’est ce qu’avec d’autre, je conteste.

Le mariage civil n’est pas un contrat qui viendrait officialiser nos amours ou nos préférences sexuelles, dont la puissance publique n’a pas à connaître. Il est une institution, basée sur la différence des sexes, garantissant aux enfants qui pourraient naître de cette union l’inscription dans une filiation claire. La revendication au mariage pour tous porte donc en elle la revendication à la parentalité, bien au-delà de la seule adoption. Et c’est là que le bât blesse.

Contrairement au discours convenu et au risque de choquer, ce dont a besoin l’enfant pour se construire, ce n’est pas d’abord d’amour (la résilience montre que l’on peut, au besoin, en pallier le manque) mais la clarté sur ses origines, son inscription dans une généalogie qui, sauf accident, lui permette de savoir de quel homme, de quelle femme, il est le fils ou la fille. Je puis comprendre le «désir d’enfant», comment moyen de donner sens à sa vie et être source de bonheur. Mais peut-on construire son bonheur au détriment de celui de l’autre ? Nous vivons dans un État de droit. Aucune déclaration des Droits de l’homme ne mentionne un quelconque «droit à l’enfant». Alors que la Convention internationale des droits de l’enfant reconnaît à chacun d’eux le droit à une double filiation père et mère. Au nom de quel principe le législateur entend-il faire prévaloir le désir des adultes sur le droit des enfants ?

Les médias, avec une unanimité touchante, ont salué le 1er janvier la naissance de Sasha, premier bébé de l’année 2013 qui, comme par hasard, est né de deux mamans. Quel journaliste a osé formuler la question de savoir s’il n’aurait pas été préférable pour lui qu’il eût un papa ?

Mais il y a plus grave. Légaliser le droit à la filiation pour des couples, par nature infertiles,  équivaut, dans un contexte de pénurie d’adoptions, à ouvrir toutes grandes les portes de la marchandisation du vivant, via l’AMP, demain la GPA et un jour prochain l’utérus artificiel. Et si le désir d’enfant, reconnu comme droit à l’enfant, devient demain «opposable», pourra-t-on refuser à leur tour à des femmes ménopausées de concrétiser, à cinquante ans, aux frais de la société, un désir de maternité différé pour cause de projet professionnel ?

Comment la gauche, si prompte à dénoncer les dérives du libéralisme économique ne perçoit-elle pas que le libertarisme sociétal qu’elle prône en est tout simplement l’envers ? Dire non à une telle dérive n’est pas faire prévaloir une quelconque «morale naturelle» par opposition à un choix de «culture» qui serait l’honneur même de l’homme (créé par Dieu ?). C’est, bien au contraire, faire un choix de culture où la naissance de l’humain n’est  pas livrée aux intérêts marchands. Sous cet angle : c’est un combat de gauche, un combat écologique ! C’est si vrai, qu’il y a moins de dix ans c’était là le discours officiel des ministres socialistes. Relisez Élisabeth Guigou à la tribune de l’Assemblée ! Notre monde ne serait plus le même monde ?

J’entends dire, ici ou là, que les chrétiens se devraient de «rendre à César ce qui est à César» et se contenter de vivre chrétiennement les lois de la Cité. Mais nous ne vivons plus au temps de César ! Le chrétien est aussi le citoyen qui participe à la délibération démocratique au service du bien commun. C’est au nom de l’Évangile que nous nous voulons respectueux des personnes homosexuelles, que nous entendons lutter contre toute forme de mépris, d’homophobie et de discrimination. Ce qui n’exige nullement un «passage obligé» par le mariage pour tous qui, lui, procède d’un choix politique et non d’une exigence découlant de la foi. Prôner l’alternative d’une union civile assortie d’un droit à l’adoption simple, comme le préconise l’Unaf et le soutiennent, notamment, les Semaines sociales de France, serait une réponse juste et raisonnable à cet enjeu de société. Mais le gouvernement est-il prêt à entendre autre chose que son propre discours ?

Si les chrétiens de gauche sont aujourd’hui divisés «sur» le mariage pour tous, ils ne sont pas divisés «par» lui. C’est ma conviction et mon espérance. Je ne doute pas un instant qu’au lendemain du vote parlementaire, quelle qu’en soit l’issue, les chrétiens de gauche – et je l’espère, l’ensemble des chrétiens – ne se retrouvent autour d’une même attitude : témoigner aux personnes et aux couples homosexuels, comme éventuellement à leurs enfants, et jusqu’en notre Église, de notre fraternelle amitié et solidarité.

René Poujol
Journaliste, blogueur (renepoujol.fr), co-initiateur du manifeste :
« Pour un vrai dialogue sur l’essentiel,
un appel de croyants de gauche »

 

 

 

Cet article a 6 commentaires

  1. Très bel article en effet. Mon épouse et moi-même côtoyons un couple homosexuel de notre entourage, pacsé et qui vit en parfaite harmonie dans notre société et ne revendique nullement le mariage pour tous, bien au contraire ! Cette affaire est uniquement le fait d’une minorité du lobby homosexuel voulant imposer de manière dictatoriale leur propre revendication. Quant aux “chrétiens de gauche”, il faut arrêter d’en parler. Ils sont dans l’Église catholique comme des cellules cancéreuses dans le corps humain. Ils se promènent dans nos paroisses avec la bienveillance de
    notre clergé hélas. Rappelez-vous les paroles de Jésus à propos des faux prophètes…. Pour moi il n’y a pas de droite ni de gauche dans l’Église. Mais un seul peuple autour de notre Saint Père le Pape. Ce terme de chrétiens de gauche est aussi ridicule que l’écologie en tant que concept de gauche. Et ce sont les mêmes……!

  2. ce que dit mr rené poujol est vrai et sage, mais ne lui en déplaise : pour se construire un enfant a avant tout besoin d’amour, car tout comme notre Seigneur, c’est le bonheur que nous voulons pour nos enfants !!! et les enfants adoptés et aimés en sont le plus bel exemple….

  3. Merci d’élargir le débat en donnant la parole à René Poujol.
    Effectivement, si l’amour est important, le fait de ne rien connaître de ses parents biologiques, de ne pas savoir d’où il vient peut empêcher l’individu de trouver l’équilibre qui lui permettra de se construire normalement. J’ai eu l’occasion de le constater personnellement.
    Merci à René Poujol d’oser dénoncer, entre autres, les pratiques dont personne ne parle (marchandisation, AMP, GPA, et pourquoi pas dans quelques années utérus artificiel) que cette loi risquerait d’apporter dans notre société.
    Ainsi qu’il le dit lui-même dans son blog : continuons à nous battre “POUR la reconnaissance du droit des personnes homosexuelles mais CONTRE un projet de loi déraisonnable”… J’ajoute simplement : “et pour que soient mieux pris en compte les droits DE l’enfant.”
    Tout cela me semble lié !

  4. Témoignage d’une grande sagesse ! Merci Monsieur Poujol .

  5. TOUT A FAIT D’ACCORD AVEC M. RENE POUJOL. QUELLE STUPIDITE QUE CETTE VOLONTE DE MARIER DES PERSONNES DE MEME SEXE ! COMME AURAIT DIT MA GRAND MERE TRES CATHOLIQUE … ON AURA TOUT VU.

  6. Tout le monde n’étant pas catholique, il faut prendre une décision en tant que citoyens. Parmi tous les parents qui manifestent aujourdhui, demain certains de leurs enfants seront homosexuels. Une mère et un père qui rentrent et sortent de prison, ou ceux qui battent leurs enfants, en abusent ou les tuent, ne donnent pas un bon exemple de famille et pourtant ils sont là et personne ne dit rien. On ne peut pas ignorer les homosexuels, on doit vivre avec eux, ce sont des gens différents, mais qui travaillent, paient leurs impôts et n’embêtent personne, la vie a changé et on doit s’adapter.

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