“Votre mission n’est pas de juger mais d’aimer !”

Dimanche 1er juillet, au sanctuaire Notre-Dame du Laus, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a ordonné prêtre Jean-Marie Dezon, et diacres Damien de Beaumont, Éric Juretig, André Girier et Jean-Baptiste Tran.

Ci-dessous son mot d’accueil et son homélie, ainsi que des albums photos et les lieux d’affectation des nouveaux ordonnés.

 

Mot d’accueil

Au début de cette célébration, je voudrais partager avec vous ma joie de célébrer l’ordination presbytérale de Jean-Marie et l’ordination diaconale d’André, Éric, Damien et Jean-Baptiste. Avec vous je rends grâce au Seigneur de nous en faire le don.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, durant son mot d’accueil

Ce soir,  ce n’est pas Jean-Marie, André, Éric, Damien et Jean-Baptiste qui nous rassemblent, c’est le Christ Jésus. C’est lui qui est la raison d’être de notre présence ici au moment où la force de son Esprit vient habiter les faiblesses de ces hommes qui ont fait le choix de se mettre à son service et qu’aujourd’hui l’Église appelle.

Je tiens à remercier celles et ceux qui vous entourent de leur présence, de leur prière et de leur affection. Vos parents et amis, vos frères diacres et prêtres du diocèse et ceux venus d’autres diocèses, les religieux et religieuses et en particulier les bénédictines de Notre-Dame de Miséricorde à Rosans qui ont accepté de franchir exceptionnellement leur clôture pour répondre à l’invitation de leur évêque. Je vous remercie vous laïcs ici présents mais aussi ceux qui participent à cette célébration par l’intermédiaire de la radio diocésaine.

Jean-Marie, André, Éric, Damien et Jean-Baptiste, tous sont présents pour être à vos côtés comme on accompagne un ami qui part pour un long voyage, une grande aventure, celle qui commence pour vous aujourd’hui dans les pas du Christ.

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Homélie

Pour écouter, cliquez ici : Homélie

Des santiags, un blue-jean, un blouson perfecto couvert de pin’s, des bagues à tous les doigts de la main, des cheveux jusqu’aux épaules, un visage buriné par le soleil. C’est le Père Guy.

Des souliers à boucle, une soutane, une ceinture à dentelles, une douillette pour l’hiver, un chapeau ou une barrette sans oublier le camail, un visage bien lisse est bien rasé. C’est le Père Thibaud.

Des baskets, un pantalon de velours, un pull jacquard. C’est le Père Jean-Bernard.

Un complet veston, une cravate aux couleurs agressives, une croix microscopique sur le revers de la veste. C’est le Père Gaëtan.

Un pantalon noir, une veste noire, une chemise de clergyman noire, les cheveux bien gominés. C’est le Père Louis.

J’arrête là cette description que, je l’espère vous recevez avec humour. Vous aurez reconnu, je pense, quelques-unes des différentes tenues que portent aujourd’hui les prêtres.

Damien de Beaumont, André Girier, Eric Juretig et Jean-Baptiste Tran, appelés au diaconat en vue du presbytérat

Loin de moi de justifier n’importe quelle manière de s’habiller pour un prêtre. Je constate c’est tout. Un laïc m’écrivait récemment à ce propos : « Quelle que soit la manière dont un prêtre s’habille, il porte normalement un signe distinctif qui dit qu’il est prêtre. Que donne à voir un prêtre qui ne porte pas de signe distinctif, que ce soit une croix au revers de la veste, ou pendue autour du cou, un col romain ou une soutane ? Eh bien qu’il le veuille ou non, il donne à voir à qui ne le connaît pas qu’il n’est pas prêtre.
Le prêtre est pris par Dieu du milieu des hommes. Certes il reste pécheur, faillible, mais il est avant tout et pour tous prêtre de Jésus Christ, et on entend l’approcher comme tel. »

Ceci étant, y aurait-il parmi eux, quel que soit son habit, l’un ou l’autre qui serait plus prêtre ou mieux prêtre que les autres ? Bien sûr que non ! C’est le même désir qui habite chacun de ces prêtres, celui de servir le Christ à travers leurs frères et sœurs en humanité. La diversité des costumes ne doit pas nous faire perdre de vue un seul instant qu’ensemble ils veulent ouvrir les chemins qui conduisent au Christ Jésus et vous accompagner sur ces chemins.

Jean-Marie Dezon, appelé au presbytérat

C’est bien ce choix qu’on fait Jean-Marie, André, Éric, Damien et Jean-Baptiste qui se trouvent en ce moment devant vous. Aujourd’hui, le presbyterium et le collège des diacres, c’est-à-dire l’ensemble des prêtres et diacres du diocèse, les accueillent en leur sein, et vous aussi frères et sœurs vous les accueillez. Plus que cela, ils vous sont confiés, ils vous sont donnés pour les aimer comme ils auront à vous aimer suivant en cela l’invitation du Christ : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Je ne voudrais pas altérer par mes propos la joie qui nous rassemble aujourd’hui au pied de l’autel et autour de ces hommes, mais je tiens à parler vrai : je dois constater que nous sommes encore loin de vivre ce que le Christ nous demande. Encore loin du moment où l’on pourra dire en nous voyant vivre ce que les païens disaient des premiers chrétiens : «  Voyez comme ils s’aiment ! »

Une assemblée nombreuse et variée

Une communauté de chrétiens qui ne s’aiment pas, des prêtres qui ne s’aiment pas, qui ne se respectent pas, ne peuvent pas être authentiquement des témoins de l’amour du Christ. Je dis cela avec force ce soir, je vous le dis solennellement, moi, pécheur comme vous, en vertu de l’autorité que me confère ma mission de successeur des apôtres. Et si je le dis ainsi, c’est parce que je recueille souvent les confidences de ceux qui me font part de leurs blessures à cause des propos venimeux tenus par l’un ou l’autre de ses confrères, par l’un ou l’autre bon chrétien. Alors, je vous le demande, bannissez les rumeurs, les ragots de tous ordres, les jugements à l’emporte-pièce et pire encore la calomnie.

Le corps du Christ s’accommodera mal à être déposé sur une langue qui distille du venin !

Comment en ce lieu privilégié de la réconciliation ne pas vous inviter à la vivre cette réconciliation entre frères prêtres, entre prêtres et laïcs ?

La prostration, durant la litanie des saints

Dans Presbyterorum ordinis, le décret sur le ministère et la vie des prêtres du Concile Vatican II, on peut lire : «  Ce qui ordonne la vie des prêtres à la perfection, ce sont leurs actes liturgiques de chaque jour, c’est leur ministère tout entier, exercé en communion avec l’évêque et les prêtres. » C’est aussi une vie spirituelle de prière solide et régulière.

Souvenez-vous aussi de ce que dit saint Jean : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu, et tout homme qui aime est né de Dieu et connaît Dieu ; celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour. »

L’apôtre Jean montre que l’amour fraternel non seulement vient de Dieu, mais que cet amour fraternel, qui fait que nous nous aimons les uns les autres, c’est Dieu lui-même. Par conséquent, en aimant notre frère nous aimons notre frère selon Dieu, par Dieu. Ces deux préceptes ne peuvent pas exister l’un sans l’autre.

Voilà pourquoi l’apôtre Jean dit ensuite : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? »

La raison qui l’empêche de voir Dieu, c’est qu’il n’aime pas son frère. Celui qui n’aime pas son frère n’est pas dans l’amour ; et celui qui n’est pas dans l’amour n’est pas en Dieu, car « Dieu est amour ».

L’imposition des mains par l’évêque sur chacun des ordinands, geste reçu des apôtres et qui, avec la prière d’ordination, les fait entrer dans l’ordre des diacres

Vous, André, Éric, Damien et Jean-Baptiste, vous allez vous engager à vivre le célibat. Pour nous, évêques, prêtres, diacres, la chasteté intérieure et extérieure, quand elle est le soutien et le fruit d’un amour vrai, est un chant merveilleux à l’amour de Dieu. Mais quand cette chasteté est un refus d’aimer, quand elle est préoccupée surtout d’une défense froide et implacable, elle peut blesser profondément cette réalité sans laquelle elle n’a pas de sens, c’est-à-dire l’amour. Qui sait si telle froideur hautaine d’une religieuse ou d’un prêtre, tel manque de compassion, tel acte d’orgueil blessant, de mépris dédaigneux, d’égoïsme dur, n’a pas blessé l’un de vous, n’a pas blessé Dieu, n’a pas blessé l’amour, davantage que le péché de chair, que le moment d’égarement d’un autre ?

Les bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, présentes toute l’année au Laus, et les bénédictines de l’abbaye Notre-Dame de Miséricorde de Rosans (Hautes-Alpes), venues spécialement pour l’occasion à l’invitation de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Jean-Marie, toi qui seras prêtre dans quelques instants, André, Éric, Damien et Jean-Baptiste qui allez devenir diacres et demain prêtres si Dieu le veut, au nom de l’Amour du Christ, je vous demande d’être tout particulièrement aimant et attentifs à celles et ceux qui à cause des aléas de la vie vivent comme une blessure le sentiment de ne pas être bien accueillis dans l’Église. Je pense aux divorcés remariés qui souffrent de ne pas pouvoir approcher de la table eucharistique.

Dans un tout autre domaine, car ce n’est pas du même ordre, je pense aux drogués qui ne se droguent pas par plaisir mais à cause d’un mal-être, aux prostituées qui à cause de l’égoïsme et de l’individualisme ambiants n’ont pas trouvé d’autres moyens de vivre. Je pense à ceux qui succombent à la tentation de l’alcool. Je pense aux homosexuels, hommes ou femmes, qui souffrent du regard impitoyable porté sur eux par ceux qui sont souvent eux-mêmes concernés et qui pensent se dédouaner en les accablant.

Les nouveaux diacres sont revêtus de l’étole diaconale et de la dalmatique, signes de leur fonction dans la liturgie

Un prêtre qui n’aurait jamais l’occasion d’assister un malade ou un mourant, de rencontrer quelqu’un qui n’est pas en situation régulière vis-à-vis de l’Église et qui a besoin d’être accompagné et réconforté, d’une femme, d’un couple qui se voit confronté à l’accueil d’un enfant non désiré, ce prêtre-là risquerait un dessèchement de son être sacerdotal, même s’il est très actif et même si les fidèles sont nombreux dans son église.

Votre mission n’est pas de juger mais d’aimer ! C’est le Pape Benoît XVI qui a dit : «  Le prêtre doit être l’homme de la compassion ». Le prêtre sera d’autant plus témoin de l’amour du Christ qu’il connaîtra les réalités du monde dans lequel il vit et qu’il aura un cœur débordant d’amour.

L’évêque remet au diacre l’évangéliaire. Par ce geste il confirme le diacre dans sa mission de proclamer et d’annoncer l’Évangile

Je lisais récemment le témoignage d’un prêtre que je trouve très éclairant, je vous le livre : « Alors que j’arrivais comme nouveau curé dans une paroisse, dit-il, quelqu’un m’a demandé : “Alors mon père, allez-vous vous occuper des gens qui sont dedans ou des gens qui sont dehors ?” C’est une vraie question : comment choisir ? En réalité ce n’est pas une vraie alternative. Ce que j’ai alors proposé, c’est toujours ce prêtre qui parle, ce que j’ai proposé c’est d’aller dehors avec ceux qui sont dedans ; de s’occuper si bien de ceux qui sont dedans qu’ils iront avec joie dehors, à la rencontre de ceux qui sont encore dehors mais qu’ils pourront accompagner dedans. »

Imposition des mains de tous les prêtres présents sur le diacre qui devient prêtre, après que l’évêque a lui-même imposé les mains en silence

On peut voir ainsi ce dessiner comment peut s’établir la collaboration entre prêtres et laïcs. La diminution du nombre de prêtres nous pousse à changer nos habitudes. C’est la raison pour laquelle le Père Bertrand Gournay a accepté à ma demande d’animer une réflexion entre prêtres et laïcs qui nous permette de nous projeter dans l’avenir tout en ayant conscience de la pauvreté de nos moyens.

À vous, ordinands de ce jour, je demande de sortir des sentiers battus, pire encore des ornières dans lesquelles vous risqueriez de vous enliser. Ne cherchez pas à reproduire des modèles du passé que vous l’ayez vécu ou que vous l’idéalisiez. Inventez, étonnez, surprenez, soyez là où l’on ne vous attend pas. Cela au nom même de l’évangile.

Les ordinations s’achèvent par une accolade fraternelle et l’acclamation joyeuse de l’assemblée

Vous, les jeunes qui êtes ici présents ce soir, écoutez, écoutez la voix du Seigneur qui peut-être s’adresse à vous comme il s’est adressé à Jean-Marie, André, Éric, Damien et Jean-Baptiste. Ne répondez pas trop vite et laissez grandir en vous cet appel.

La célébration se poursuit ensuite comme à l’ordinaire. Ici la procession des offrandes

Chers frères et sœurs, merci d’être venus si nombreux pour rendre grâce au Seigneur du don qu’il nous fait, un prêtre, des diacres pour servir son peuple.

Chers prêtres, chers diacres, ces ordinations sont une invitation à retrouver au fond de notre cœur la joie qui nous habitait au jour de notre ordination. Souvenez-vous ! En priant avec vous et pour vous je rends grâce au Seigneur qui m’a appelé à être pour vous l’évêque, le père et le frère.

Bénédiction par l’évêque du nouveau prêtre, des nouveaux diacres et de l’assemblée à la fin de la célébration

En ce lieu riche des grâces mariales depuis des siècles, comment ne pas placer les nouveaux ordinands par l’intercession de la vénérable Benoîte Rencurel sous la protection de Notre-Dame du Laus.

L’évangile de ce jour nous relate ce dialogue entre le Christ et ses disciples. « Que dit-on du fils de l’homme ? » et dans un second temps, « et vous, dit-il à ses disciples, que dites-vous ?  Pour vous, qui suis-je ? »

Je vous laisse répondre dans le secret de votre cœur à cette question qui s’adresse à nous aujourd’hui : « Pour vous qui suis-je ? »

La célébration s’achève par la lecture des nominations, ici celle du Père Jean-Marie Dezon

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Où vont-ils exercer leur ministère ?

Le père Jean-Marie DEZON est nommé à l’équipe presbytérale de la paroisse Saint-Arnoux pour le Gapençais.

André GIRIER est nommé à l’équipe pastorale du Briançonnais. Il est également chargé dans le cadre de la pastorale diocésaine de la Santé, des relations avec le personnel soignant.

Éric JURETIG est nommé à l’équipe pastorale du Guillestrois.

Damien de BEAUMONT est nommé au doyenné du Buëch-Dévoluy, plus spécialement au service du Laragnais.

Jean-Baptiste TRAN est nommé membre de l’équipe pastorale du Veynois.

Cet article a 1 commentaire

  1. Nous arrivions de Normandie et nous sommes repartis nos yeux, nos coeurs , nos oreilles bien remplis. Nous leur souhaitons beaucoup de courage, l’Eglise appelle, mais elle n’est pas toujours tendre avec les courageux qu’elle appelle. Avec toute notre tendresse à eux tous. C.Madec.

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