Mercredi des Cendres : “À un moment où la classe politique va battre campagne…”
  • Post published:24 février 2012

Mercredi des Cendres, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidait la messe en la cathédrale de Gap. Photos de la célébration et homélie du Père Jean-Michel Bardet : “À un moment où la classe politique va battre campagne, […] nous avons, nous aussi, une campagne à battre, une terre à retourner […] : notre propre personne.”

 
L'assemblée
 
La proclamation de l’Évangile par le diacre Henri Pascal
 
Au cours de l'homélie du Père Jean-Michel Bardet
 
L'imposition des cendres, ici par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et Mgr Félix Caillet

 

Homélie du Père Jean-Michel Bardet
doyen pour le Gapençais

1ère lecture
Appel à la pénitence
Joël 2, 12-18

2e lecture
“Laissez-vous réconcilier avec Dieu”
2 Corinthiens 5, 20-21; 6, 1-2

Évangile
L’aumône, la prière et le jeûne comme Dieu les aime
Matthieu 6,1-6.16-18

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Ce texte du prophète Joël est une grande invitation, une forte exhortation à revenir vers le Seigneur : n’est-ce pas là l’incitation qui nous est faite en entrant dans le temps du Carême ? Quelques craintes d’un châtiment si nous ne faisions pas la démarche…
Surtout, cette affirmation récurrente : « Il est tendre et miséricordieux ».
Lui-même d’ailleurs pourrait revenir, lui-même va faire le chemin vers ses enfants dispersés, égarés, déboussolés.

C’est finalement à une rencontre que nous sommes conviés, une rencontre qui, cependant, se vit dans l’attente, dans une certaine demi-teinte, et qui peut susciter également, aux regards extérieurs, réactions de mépris, de moquerie : alors qu’au terme de ce retournement tout orienté vers la rencontre, c’est l’offrande d’un sacrifice qui est attendue (synonyme de louange, de réjouissance, de reconnaissance, véritable sacrifice d’action de grâce)… alors qu’au terme de ce chemin, c’est la joie qui est espérée, il s’avère que l’expérience ici-bas de ce retour à Dieu se vit dans une certaine incompréhension, sinon mépris : le Christ, au cœur de sa Passion, alors qu’il expérimente jusqu’où mène le pardon, l’amour de son Père et celui du Frère, n’est-il pas totalement méprisé ? « Sauve-toi toi-même ! », « Fais le prophète ! », s’entend-il dire, alors qu’il agonise.

L’exercice de cette rencontre avec Dieu, avec l’Homme en vérité, n’a vraiment pas bonne presse aux yeux du monde ! Et les attitudes de pardon, les tentatives de réconciliation, paraissent bien illusoires face aux apparentes victoires imposées par la loi du plus fort.

Rien ne nous invite à l’entrée de ce temps de Carême à un quelconque triomphalisme.

Saint Paul réitère à sa façon cet appel à retourner vers le Seigneur ; il sait aussi que l’enjeu de cette démarche c’est la rencontre porteuse de paix, de pardon, de communion. Cependant, il ne nous dit pas : « Réconciliez-vous avec Dieu », mais « laissez-vous réconcilier avec Dieu ».

Nouveau retournement : il va falloir lâcher prise, désarmer nos volontarismes et laisser derrière nous nos petites satisfactions à vouloir faire les choses par nous-mêmes. Nouvelle invitation à connaître, reconnaître et rechercher la posture fondamentale de la vie spirituelle, de la vie tout court : l’humilité.

Pas de triomphalisme dans l’œuvre de réconciliation : seulement l’humilité, nous souvenant que la réalité de l’amour nous dépasse, et celle de l’amour qui pardonne nous déborde encore davantage.

Et que nous répète l’Évangile, sinon cette même recommandation ?

C’est dans le secret du cœur que se joue le vrai combat, le juste positionnement vis à vis de soi-même, de Dieu, du Frère.

Faut-il le redire : quelle valeur a une action, un effort, une générosité, si nous retournons leurs mérites et bénéfices sur nous-mêmes et pour notre propre gloire ? La récompense est déjà donnée ! Elle est courte, pâle, et vite oubliée.

Dans l’humilité de nos entreprises, nous trouverons la fécondité du chemin de Vie, nous rejoindrons cette fécondité mystérieuse de la croix du Christ, celle qui déconcerte le monde et qui pourtant porte le véritable Salut : celui d’un amour qui s’épure chaque jour davantage, et relève l’être humain.

À un moment où la classe politique va battre campagne, je ne dirais pas que nous avons d’autres chats à fouetter (l’œuvre politique est essentielle même si elle est desservie par les travers d’une surmédiatisation ne flattant souvent qu’une versatile opinion de surface, surfant sur des communautarismes faciles, et somme toute plutôt limités).
Et donc, nous avons, nous aussi, une campagne à battre, une terre à retourner, un terrain à défricher, en commençant par le nôtre : notre propre personne.

N’ayons pas la prétention de le faire seul, même en groupe, même en communauté de gens bien-pensants, mais avec le Seigneur.

Être présent, pleinement présent, et humblement présent à ce qui s’apparente quelquefois à un combat, avec la seule et unique assurance du Seigneur : c’est là l’enjeu d’un vrai Carême, nous étant défaussés de nos illusoires certitudes, même les plus religieuses.

Ainsi, Lui, le Christ nous conduira jusqu’aux premières lueurs du matin de Pâques. Mais ce retour au Seigneur ne se situe pas au terme de notre Carême, au terme de ces quarante jours d’attention, de prière, de partage, de jeûne : c’est aujourd’hui qu’il nous faut le vivre.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Monique Mayné - Embrun

    Merci pour cette belle homélie !
    Oui, “nous avons, nous aussi, une campagne à battre, une terre à retourner, un terrain à défricher, en commençant par le nôtre : notre propre personne”.
    En ce temps de Carême, c’est le moment de cultiver le jardin de notre âme, de le biner, d’arracher les mauvaises herbes, puis de le ratisser, d’y semer et d’y planter de belles pensées positives. Il nous faut ensuite en prendre bien soin et l’abreuver à la source divine pour qu’il donne de jolies fleurs de joie et de beaux fruits d’amour que nous pourrons ensuite offrir aux autres.

  2. BLANDO Maryse

    Je reconnais que ce qui nous manque c’est l’humilité. L’envie de “paraître” est souvent plus fort, alors que le véritable amour c’est la joie éprouvée dans la générosité faite dans une totale discrétion.

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