Messe chrismale en la cathédrale de Gap
  • 2 avril 2015

Mardi 31 mars 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé la messe chrismale en la cathédrale de Gap. Dans son homélie il a évoqué l’avenir du diocèse.

Ci-dessous la vidéo et le texte de l’homélie.

Et après le texte de l’homélie, un diaporama de la célébration, avec la rénovation par l’évêque, les prêtres et les diacres, des promesses prises le jour de leur ordination, et avec la bénédiction de l’huile des malades, de l’huile des catéchumènes, et la consécration du saint chrême.

 Homélie
de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Chers frères et sœurs,

Le père Dubois nous l’a dit au début de cette célébration, la messe chrismale témoigne de l’unité de l’Église du Christ dans la diversité de ses membres. Habituellement géographiquement disséminés, nous sommes ce soir rassemblés en Église, tous ensemble : évêque, prêtres, diacres, religieux, religieux, laïcs consacrés, fidèles jeunes et moins jeunes. Comme nous l’avons chanté au chant d’entrée : “Nous sommes le corps du Christ, chacun de nous est un membre de ce corps, chacun reçoit la grâce de l’Esprit pour le bien du corps entier.”

Oui, nous sommes un seul corps avec comme chef, comme tête, le Christ. Nous sommes un seul corps bien vivant car l’Esprit de Dieu circule entre nous.

Tous et toutes nous avons été marqués cette semaine par le crash de l’airbus A320. Nous avons été choqués qu’un homme puisse, en se suicidant, entraîner dans la mort d’autres personnes qui n’avaient pas demandé à mourir.

Nous, chrétiens, nous croyons qu’un seul homme, le Fils de Dieu, a entraîné dans la vie de Dieu toute l’humanité.

Réalité qui nous rappelle qu’aucun organe de notre corps ne peut se suffire à lui-même et vivre indépendamment des autres.

Pour le corps qui est l’Église il en est de même. Aucun de nous ne peut se suffire à lui-même. Séparés les uns des autres nous sommes en danger de mort. Unis par un même Esprit Saint, nous sommes vivants !

Mais le vivons-nous ainsi ?

Nous sommes unis dans la même foi, mais nous sommes divers dans la manière de l’exprimer. Est-ce que nous l’acceptons ? Nous sommes unis autour d’un même Christ, mais nous avons différentes fonctions. Est-ce que nous l’acceptons ? Nous sommes dispersés à droite à gauche sur le diocèse, dans tous les sens du terme si vous me permettez un peu d’humour. La mission de l’évêque est d’être le garant de l’unité. Et il fait ce qu’il peut dans ce sens avec ses propres limites.

Certains s’inquiètent du nombre que nous serons demain. Mais j’ai envie de dire : peu importe le nombre que nous serons ! Toute Église particulière, tout diocèse, est et restera pleinement le corps du Christ, quelle que soit sa taille, et quel que soit le nombre de ses membres. Quelle que soit la taille du corps du Christ en un lieu donné, c’est le même Esprit Saint qui agit, le même Évangile qui est annoncé, les mêmes sacrements qui sont célébrés, sous la sollicitude d’un pasteur, l’évêque. Et pour citer le Concile Vatican II, je cite : « le diocèse, lié à son pasteur et par lui rassemblé dans le Saint-Esprit grâce à l’Évangile et à l’Eucharistie, constitue une église particulière en laquelle est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique. »

Donc peu importe le nombre que nous serons, du moment que nous serons Corps du Christ livré pour nos frères et sœurs.

Mais comme le Christ nous l’a montré par sa passion, se livrer, ce n’est pas se suicider, ce n’est pas subir sa mort, c’est se donner pour vivre et donner la vie.

Aussi, depuis déjà trois ans, notre diocèse s’est-il lancé dans une réflexion sur son avenir pastoral. Oui, je dis bien son avenir ! Car un avenir est possible ! Un avenir pas forcément comme nous l’entendons, mais un avenir quand même.

Quand je pense par exemple aux sœurs du Saint-Cœur de Marie, on peut déplorer que cette congrégation n’existe plus. Mais on peut se réjouir qu’elle ait été l’occasion pour beaucoup de découvrir et de suivre le Christ.

Aucune congrégation religieuse n’a les promesses de durer jusqu’au retour du Seigneur. Aucun diocèse non plus. Nous en savons quelque chose dans les Hautes-Alpes. L’archidiocèse d’Embrun a bien disparu à la Révolution. Le diocèse de Gap a bien disparu pendant le premier quart du XIXe siècle. Les limites des diocèses ont évolué au cours des siècles, et pourtant cela n’a pas empêché les communautés d’exister, de poursuivre leurs missions, toujours sous la conduite d’un successeur des apôtres. Car comme le dit le Concile, le diocèse n’est pas en premier lieu un territoire, il est en premier lieu un peuple ! Le peuple de Dieu. Et ce peuple est vivant ! Et l’Esprit de Dieu nous fait vivre.

Alors, même si nous pensons ne pas durer, nous avons le devoir de travailler à l’avènement du règne de Dieu dans les cœurs : règne de justice, de paix et d’amour.

Ne soyons pas paralysés par nos peurs. Ayons de l’audace, comme nous y invite le pape François ! Préparons l’avenir au lieu de le subir. Et en ce sens, depuis trois ans déjà, notre diocèse s’est donc engagé dans une réflexion sur son avenir pastoral sous le pilotage de certains que vous connaissez, Michèle Baudouin, François Estrangin, Vincent Manent, du père Guy Corpataux, sous la responsabilité du père Bertrand Gournay d’abord, puis du père Ludovic [Frère] depuis le départ du père Gournay en Algérie. Ils ont pris le temps d’écouter les doyens, les prêtres, les diacres, les laïcs et bien d’autres encore.

Le constat, on le connaît. La paroisse n’est plus l’église au milieu du village. La paroisse n’est plus la seule référence culturelle et cultuelle. Il est vain pour les prêtres d’essayer de continuer à tout faire et à tout couvrir. Mais quoi faire, quoi inventer alors ? C’est ce à quoi cette équipe s’est attelée et elle a besoin de vous !

Cette équipe propose cinq piliers de la vie chrétienne pour voir où nous en sommes aujourd’hui, individuellement, mais aussi communautairement, et pour voir où et comment nous investir concrètement pour demain. Je présente rapidement ces cinq piliers, fondés sur la parole de Dieu.

Premier pilier : la prière. « Aime le Seigneur de tout ton cœur ». Qu’en est-il au niveau de ma vie personnelle, de ma paroisse ? Est-ce que je prie ? Et ma communauté est-elle priante ? Ma prière n’est-elle que de demande ? Ou est-elle aussi de louange et d’adoration ?

Deuxième pilier : la charité concrète. « Aime ton prochain comme toi-même ». Ai-je le souci du plus pauvre, des plus déshérités, des migrants, de tous ceux que l’on passe, que l’on croise sans jeter un regard ?

Troisième pilier : l’annonce, l’évangélisation : « Faites des disciples ». Ai-je honte de ma foi ? Du qu’en dira-t-on ? Ou au contraire, si je la proclame, est-ce que je la proclame bien en la proposant, et non pas en l’assénant ?

Quatrième pilier : la communauté. « Baptisez-les ». Impossible de vivre sa foi en dehors d’une communauté bien concrète. Est-ce que j’y vis, et est-ce qu’il s’y vit, la fraternité, la convivialité, le soutien, le pardon, la communion fraternelle ?

Cinquième pilier : la formation. « Enseignez-leur à mettre en pratique. » Est-ce que j’écoute et partage la Parole de Dieu ? Est-ce que je me forme spirituellement ?  Est-ce que je m’ouvre aux réalités de notre temps ?

Donc voici cinq piliers valables aussi bien pour chacun, individuellement, que pour nous tous, communautairement, en paroisse, en doyenné, en mouvement. Cinq piliers qui sont fondés sur la parole de Dieu : la prière, la charité concrète, l’annonce de la foi, la communauté, et la formation.

Dans chacun de ces cinq piliers, nous avons le choix entre être répétitifs ou créatifs. Et je vous invite, bien sûr, à être créatifs ! En cette Semaine sainte, nous le voyons, l’amour de Dieu s’est montré créatif ! Le Père a manifesté sa puissance à travers la souffrance et la mort du Christ. Que notre amour aussi soit créatif.

Après le premier choc pétrolier de 1973, le slogan national était « la France n’a pas de pétrole mais elle a des idées ». Eh bien pour nous chrétiens, que notre slogan aujourd’hui soit « les chrétiens ont peu de moyens mais ils ont l’Amour ! »

Ce témoignage d’amour qui doit sortir des murs de nos églises sera d’autant plus crédible si nous nous aimons à l’intérieur de nos églises et de nos communautés.

Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Nous sommes tous des pécheurs en chemin vers la sainteté. Chemin plein d’embûches et souvent laborieux. On attend des chrétiens, des prêtres, de l’évêque, un sorte de perfection que seul Dieu possède. Et mon cœur d’évêque souffre lorsque me parviennent des propos injustes et calomnieux à l’égard des prêtres. Certes c’est un devoir de vous exprimer auprès de vos prêtres, mais que cela soit fait avec respect et affection, sans agressivité, ce qui ne peut que compromettre le dialogue.

Alors ce soir, je tiens à exprimer toute mon affection aux prêtres, aux diacres, aux religieux et religieuses du diocèse. Je tiens à leur exprimer ma reconnaissance, car je sais combien la tâche est parfois lourde. Oui merci pour votre dévouement, votre disponibilité, votre patience, tant à l’égard des fidèles qu’à l’égard de votre évêque qui ne répond pas toujours à vos attentes comme vous pourriez le souhaiter.

Le chanteur Grégory Turpin revient d’un voyage au Kurdistan irakien où il a donné une série de concerts dans des camps de réfugiés chrétiens. Et à son retour il a déclaré : « Les chrétiens réfugiés d’Irak n’ont rien, mais ils le donnent. » Nous qui avons, que donnons-nous ? Nous qui disons être au Christ, qu’en faisons-nous ?

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

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Cet article a 4 commentaires

  1. L’homélie de M. l’évêque de Gap est-elle ” grandiose” ?
    Franchement non. Elle est seulement caractéristique.

  2. Très belle homélie, lucide et claire qui interpelle chacun.
    Pour le 5° pilier (qui aurait pu venir logiquement en premier) tout centrer sur la découverte de Jésus à travers les évangiles, pain vivant descendu du ciel:
    “Ceci est mon corps, ceci est mon sang”..
    Verbe de vie…source seule capable de rendre vraiment désaltérants tous nos éphémères flots de paroles….

    et ne pas craindre d’appeler nommément les bonnes volontés qui dorment tranquillement sous leurs figuiers…..

  3. Belles homélies que celle de la messe des Rameaux et celle de la messe Chrismale.
    Il n’y à plus qu’ à s’investir nous Chrétiens pour que ces cinq piliers deviennent un Édifice inébranlable.
    Nous devons avoir beaucoup de respect pour nos Prêtres, leur charge très lourde n’est pas forcément facile. L’agressivité et la violence verbale ne font qu’engendrer plus d’agressivité et de violence. Cela ne résout en aucune manière les différents qui peuvent exister entre personnes.

  4. MONSEIGNEUR je viens de visionner votre Messe Chrismale du 31 mars.La vidéo,votre homélie,grandiose!.Je bois vos paroles qui nous donnent de l’espoir pour tout.J’ai noté les 5 piliers.En effet il faut etre créatif mais pas répétitif.Je reconnais MONSEIGNEUR avec les Prêtres,tous ceux qui oeuvrent pour l’Eglise vous avez beaucoup de travail pour continuer a rassembler les Chrétiens et surtout innover.Vous,avec vos idées de génie,votre intelligence hors pair je vous fais confiance pour réussir et tous vos paroissiens très heureux.Je demande par courrier un peu trop de réconfort de votre part mais c’est mon bonheur.MONSEIGNEUR en cette fin de Semaine Sainte priez pour moi et mes pensées,mes prières sont pour vous.AMITIES ARLETTE

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