Messe chrismale en la cathédrale de Gap

Mardi 26 mars, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé la messe chrismale en la cathédrale de Gap. Dans son mot d’accueil, le père Jean-Michel Bardet a rappelé le sens et l’importance de cette célébration :

“Nous sommes réunis ce soir, autour de notre évêque, pour une célébration diocésaine où s’exprime l’unité de l’Église. Cette unité se dit par la présence des prêtres et des diacres qui, ce soir, vont renouveler leur engagement de ministre ordonné en entourant notre évêque. Elle se dit également dans cette unique bénédiction des huiles et consécration du Saint-Chrême qui seront utilisés toute l’année dans nos différentes paroisses pour les sacrements manifestant l’Unité de l’Église en Christ. Et nous vivons tous cela en communion de prière et de Corps avec toute l’Église universelle, avec notre nouveau pape. Goûtons ainsi la joie d’être ensemble, unis au Père par le Christ, dans l’Esprit Saint.”

À l’issue de la messe, le père Luc Pecha, chancelier du diocèse, a lu les nominations qui seront effectives au 1er septembre. Un moment d’écoute attentive, vu leur nombre. Comme l’a expliqué Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, les curés sont habituellement nommés par l’évêque pour six ans, or beaucoup arrivent au terme de leur mission et plusieurs vont bénéficier de leur retraite.

Lecture par le père Luc Pecha, chancelier, des nominations devant l’ensemble des prêtres et des diacres du diocèse, et l’assemblée venue participer à la messe chrismale.

Ci-dessous un diaporama de la célébration et l’homélie du diacre Éric Juretig. Pour les nominations, voir ici : Nominations.

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 Homélie
par Éric Juretig

Chers frères et sœurs,

Nous voici au cœur de la sainte semaine. Essayons ensemble de comprendre le chemin que Jésus a tracé pour notre humanité, un chemin de vie sur lequel nous devons nous engager pour qu’il marche à nos côtés. Aujourd’hui encore, nous sommes appelés à entendre et comprendre quelle Bonne Nouvelle nous est annoncée.   

Je me suis intéressé, puisque nous sommes rassemblés pour la messe chrismale, à la première onction d’huile rapportée par la Bible et qui est mentionnée dans le livre de la Genèse avec le patriarche Jacob. Au cours d’une nuit de voyage, Jacob s’endort une pierre sous sa tête, il a un songe : une échelle dressée entre ciel et terre avec des anges de Dieu qui montent et descendent. À son réveil, il s’exclame : « Dieu est en ce lieu et je ne le savais pas. » Il reconnaît qu’en ce lieu se trouve la maison de Dieu et la porte du ciel, c’est pourquoi  il appelle ce lieu Béthel qui signifie « Maison de Dieu ». Que fait alors Jacob ? Il prend la pierre sur laquelle il s’était couché, il la dresse verticalement et répand sur son sommet de l’huile.

Nous pouvons tirer différents sens sur cet épisode de la vie de Jacob.

Tout d’abord, c’est Dieu qui a l’initiative d’intervenir dans la vie et la nuit du patriarche. Dieu le rejoint par un songe alors que le patriarche est passif. C’est très important pour notre expérience humaine et notre expérience de foi au regard de la révélation. C’est toujours Dieu qui, le premier, a l’initiative de nous interpeller, de nous parler. Il est à la source de notre vie sur cette terre, il est le Créateur : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre » ; il parle le premier : « Et Dieu dit : « Que la lumière soit » ». C’est lui qui conduit notre naissance, notre croissance. Nous avons entendu le Seigneur se présenter ainsi dans l’extrait de l’Apocalypse de saint Jean : « Je suis l’alpha et l’oméga », l’intelligibilité par la parole en sa source, l’alpha, comme en son achèvement, l’oméga. « Je suis celui qui est, qui était et qui vient ». Pour que son règne vienne, nous sommes invités en pleine liberté à l’écouter, à répondre à son appel par notre parole, à comprendre les signes qu’il nous donne.

Regardons ensuite ce qui évoque la verticalité dans ce récit. L’échelle, sur laquelle circulent les anges de Dieu, se trouve dressée entre ciel et terre. Jacob, à son réveil, va prendre une pierre et la dressée verticalement. Que symbolise cette pierre levée sinon l’être humain, debout, dressé lui-même entre ciel et terre, appelé à déployer la vocation sainte qui est la sienne en reconnaissant son Créateur et en communiquant avec lui.  

Jacob répand de l’huile sur le sommet de la pierre. Si nous poursuivons l’analogie précédente, le sommet d’un être humain, c’est sa tête, composée d’un visage, d’une face et d’un cerveau capable d’intelligence. La face, mot toujours au pluriel dans la Bible, exprime que nous sommes faits pour la rencontre, le face à face, et une vraie rencontre n’est possible entre deux personnes que si elles se reconnaissent comme telles, c’est-à-dire en se regardant, en se parlant et en s’écoutant mutuellement. L’intelligence va nous permettre de penser, de comprendre, de parler, nous pourrons ainsi prendre conscience du monde, de ceux qui nous entoure et de Celui qui en est la source. Les Ecritures n’ont-elles pas pour fonction d’éveiller notre intelligence et par là même de faire grandir notre humanité et notre foi ? Notre intelligence, bien sûr, n’est pas autonome, elle doit toujours être éclairée, inspirée par Dieu. Saint Anselme de Cantorbéry, archevêque et docteur de l’Église, écrira au XIe siècle que l’intelligence, c’est la foi éclairée par la raison. La foi et la raison, double dimension de l’être humain qui lui permet de vivre sa verticalité, d’être ce lien entre ciel et terre.

Le monde qui nous entoure, les montagnes qui façonnent notre environnement haut-alpin, peuvent nous évoquer la marche de l’homme et sa croissance, son ascension de la terre vers le ciel, mais il faut se mettre en route. Les montagnes sont très présentes dans la révélation biblique, comme le lieu où Dieu se révèle : le Seigneur révèle son nom à Moïse sur le mont Horeb, montagne où le prophète Élie reconnaîtra le passage de Dieu au murmure d’une brise légère. Le Seigneur descend au sommet du mont Sinaï pour donner les  commandements de la loi à Moïse. C’est souvent dans les hauteurs que Jésus se retire et prie, il y prêche le sermon sur la montagne, les Béatitudes, il est transfiguré sur une haute montagne et le mont Golgotha est le lieu de sa crucifixion.

L’être humain que nous sommes sur cette terre, doit prendre des décisions, des orientations qui engageront sa vie. Il doit faire preuve d’une intelligence éclairée par le don de Dieu, pour écouter, pour discerner, pour gouverner. C’est toute la beauté de notre humanité qui s’exprime, à l’image de son Créateur, lorsque nous devenons participants de l’action divine en ce monde, en accueillant la grâce que Dieu nous communique et en la dispensant en son nom à travers nos pensées et nos actions pour que son règne vienne.

Les huiles saintes vont être consacrées et bénies en ce jour. Elles vont être au service du déploiement de la grâce en tous ceux qui en seront bénéficiaires. L’onction d’huile revêtira chacun de l’habit du serviteur, elle assignera à chacun sa mission au nom de Dieu, au service de l’église et de l’humanité, comme c’était le cas dans la première alliance où rois, prophètes et prêtres étaient consacrés pour une mission spécifique. L’huile sainte éclairera l’intelligence de ceux qui en seront oints, pour servir, c‘est-à-dire gouverner en ce monde au nom de Dieu.

L’huile des malades apportera réconfort et paix face à la maladie, avec pour mission de faire participer ceux qui la recevront à l’œuvre salvifique du Christ, en union à sa Passion. Ils participeront ainsi aux biens du peuple de Dieu. L’huile des catéchumènes, donnera force pour le combat spirituel aux catéchumènes qui en seront marqués. Comme le précise la prière de bénédiction de cette huile : « Recevant de toi intelligence et énergie, ils comprendront plus profondément la Bonne Nouvelle, ils s’engageront dans les luttes de la vie chrétienne. » Le saint chrême enfin, fortifiera les nouveaux baptisés et les nouveaux ordonnés au presbytérat, afin que, rendus par cette onction semblable au Christ, ils participent à sa fonction prophétique, sacerdotale et royale.

L’onction avec l’huile sainte, signe visible en ce monde, signifie une réalité invisible et spirituelle : l’onction du Saint Esprit. Par l’onction d’huile, c’est l’Esprit Saint qui va dispenser ses dons. J’en cite quelques uns : le don de force face à la maladie, aux tentations, force pour témoigner de l’Évangile et du Christ ; le don de sagesse pour discerner la volonté de Dieu en nous et en chacun ; les dons de connaissance et d’intelligence pour mieux comprendre la parole de Dieu et le sens de l’existence humaine.

L’extrait du livre d’Isaïe que nous avons entendu, repris par Jésus dans la synagogue de Nazareth, nous éclaire sur ce qui s’opère quand l’Esprit Saint investit celui qui est marqué par l’huile sainte. Comme pour la pierre dressée et ointe par Jacob, le lieu où elle se trouve devient maison de Dieu, Béthel. L’Esprit Saint envoyé par le Père repose toujours au dessus du Fils de Dieu, au dessus Christ, il est l’Oint du Seigneur : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction » reprend Jésus à la synagogue. Jeudi saint, nous nous rappellerons le geste de Jésus lavant les pieds de ses disciples, et son invitation à faire de même pour nos frères et sœurs. Il est le Serviteur, gouverner, c’est servir. 

Lorsque nous recevons l’onction d’huile sainte et que l’Esprit Saint vient reposer sur nous, nous sommes alors configurés au Christ, nous devenons serviteurs en son nom, nous agissons, nous gouvernons en son nom : pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, nous sommes tous ces pauvres en attente de vivre et de comprendre la bonté de Dieu et de la transmettre à notre tour ; pour libérer les captifs des égoïsmes qui nous aliènent ; pour annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, car Dieu répand sa grâce avec générosité et abondance comme aux premiers jours de la création, tout ce qu’il crée est bon.

Bien sûr, notre vocation à devenir Temple de l’Esprit dans le Christ, dressé entre ciel et terre,  ne peut se réaliser sans notre engagement fidèle à répondre aux sollicitations de l’Esprit Saint. Saül, premier roi d’Israël à recevoir l’onction, s’est montré infidèle à la grâce reçue, à sa mission. Il faut gouverner. Dieu nous aide, mais il ne peut faire à notre place, notre liberté doit s’engager.

Demandons à Dieu, en cette semaine sainte, d’éclairer nos intelligences pour gouverner en ce monde en étant de vrais serviteurs de l’Evangile et de nos frères, de nos sœurs. Nous savons le Christ à nos cotés, si nous acceptons de marcher avec intelligence pour le rencontrer et le reconnaître dans les Ecritures, dans notre quotidien, dans notre cœur.

Sur nous, en Lui, repose l’Esprit du Seigneur, faisons lui confiance. Il nous redit encore : « Cette parole de l’Écriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »