Messe pour les 50 ans de l’église Saint-Roch à Gap
L’église bondée © Gabriel Nal

L’église Saint-Roch de Gap était bondée en ce dimanche 12 novembre 2017 où Mgr Xavier Malle a présidé la célébration eucharistique pour les 50 ans de la pose de la première pierre. En effet, il y a 50 ans à une semaine près, Mgr Robert Coffy est venu bénir la première pierre dans ce quartier de Gap en pleine expansion : c’était le dimanche 5 novembre 1967.

Mais le quartier « Saint-Roch » Gap ne se contente pas de cette seule journée du 12 novembre 2017 pour fêter l’événement. Car comme l’a exprimé le curé, le père Sébastien Dubois : « Une journée de commémoration ne suffisait pas. Dès lors, nous avons choisi, avec l’équipe d’animation pastorale (EAP) du quartier, d’entrer dans une année de fête. Le calendrier s’est imposé par l’histoire du lieu. Il reprend deux dates importantes : la pose de la première pierre en novembre 1967 et la première messe célébrée dans la nouvelle église en septembre 1968 : novembre 2017 et septembre 2018 sont donc les deux repères de notre année jubilaire de l’église Saint-Roch. »

Portrait du chanoine Motte, curé bâtisseur © Gabriel Nal

Au cours de la messe, Mgr Xavier Malle s’est félicité de ses prédécesseurs et des curés, « pour leur clairvoyance […] et pour leur foi » et il a invité « la paroisse à être missionnaire et fraternelle ». À la fin de la messe, il a remis, à l’invitation du père Sébastien Dubois, la médaille du mérite diocésain à Geneviève Laslier, Evelyne Luffroy et Éliane Martin, en remerciement pour leurs longues années au service de la paroisse et plus particulièrement de l’église Saint-Roch.

Remise du mérite diocésain © Gabriel Nal

Ci-dessous, l’homélie de Mgr Xavier Malle pour le début de cette année de fête.

______________

Homélie du 12 novembre 2017
32e dimanche du temps ordinaire

50 ans de l’église Saint-Roch à Gap

Au temps de Jésus, les noces se célébraient habituellement de nuit. J’ai d’ailleurs rencontré des paroissiens qui s’étaient aussi mariés la nuit. Aujourd’hui, ce n’est plus guère possible, mais cela explique la parabole que propose Jésus. Le cortège nuptial devait s’avancer avec des lampes à huile allumées. Les jeunes filles insensées prennent leurs lampes mais oublient la réserve d’huile, les prévoyantes y pensent. Il y eut un cri : « Voici l’époux, sortez à sa rencontre ! » Toutes se réveillent, les insouciantes se rendent compte de leur erreur, et demandent aux prévoyantes de partager leur huile. Mais ces dernières le refusent, car alors personne n’aura assez de réserve. L’époux arrive alors que les insouciantes cherchent partout de l’huile, et les jeunes filles sages entrent avec lui dans la salle du banquet. La porte est fermée quand les autres jeunes filles arrivent.

Au cours de l’homélie © Gabriel Nal

Qu’est-ce que Jésus veut nous dire ?

Voici l’époux, sortez à sa rencontre ! Quel cri magnifique, pour la fin de notre vie. Je ne développe pas plus, mais on pourrait rester en oraison longtemps sur ce cri.

Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Je citais hier à l’homélie de la messe pour la paix, le 11 novembre, une lettre pastorale que mon lointain prédécesseur, Mgr Gabriel Llobet, seul avec un autre évêque français en âge d’être mobilisé pendant la première guerre mondiale. Il fit toute la guerre comme infirmier. Dans cette lettre écrite sur le front le 14 octobre 2017, il demande aux Hauts-Alpins de prier spécialement le 11 novembre, fête de saint Martin, ancien soldat, pour les soldats morts. Il écrit : « Les coups imprévus, les surprises cruelles, déconcertantes, qui arrachent à nos côtés nos amis, nos compagnons de vie, répètent fréquemment à nos oreilles le conseil de l’Évangile : “Veillez et priez, car vous ne savez pas à quelle heure le Maître surviendra. ” » Fin de citation. Frères et sœurs, cela peut encore arriver, nous le savons bien, soit par la maladie grave qui ne prévient pas, soit par l’attentat islamiste : « Vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Mais il ne suffira pas d’être réveillés, il nous faudra avoir de l’huile de réserve. Le sens de cette huile, Jésus ne nous le dit pas, nous laissant imaginer ce que nous voulons.

* Une des interprétations est que la lampe à huile représente la foi qui doit éclairer notre vie, et l’huile les bonnes œuvres. Saint Paul dit bien en Galates 5, 6 : « Ce qui importe, c’est la foi agissant par la charité. » L’huile de nos bonnes actions. La BA, disent les louveteaux, et je suis heureux qu’il y ait dans les salles de Saint-Roch un local scout.

* Une autre interprétation possible est que l’huile est la grâce de Dieu, que l’on reçoit dans les sacrements, en particulier à la messe et dans la confession, qui petit à petit nous conforme au Christ, nous fait ressembler à Jésus, fait de nous d’autres « Christ », vraie définition du chrétien. Cette huile, c’est finalement la relation personnelle que nous avons chacun avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

La foi ne suffit pas, chers frères et sœurs. Parfois j’entends : « Moi je suis chrétien, je crois en Dieu, je suis baptisé, j’ai tout fait, le KT, la communion, même la confirmation. » Eh bien « non, Monsieur, non, Madame, vous n’êtes pas chrétien, vous êtes déiste. » Le déisme, du latin deus (dieu), est une croyance qui affirme l’existence d’un Dieu et son influence dans la création de l’Univers ; c’est le grand architecte. Les déistes rejettent tous les événements surnaturels (prophéties, miracles) et affirment que Dieu n’intervient pas dans les affaires humaines, ni ne suspend les lois naturelles qui régissent l’Univers. Les déistes ne sont pas chrétiens. Ils  n’ont pas rencontré l’Époux, le Christ Jésus. Tandis que le chrétien est celui qui croit au Dieu Trinité, Père Fils et Saint Esprit, et dont la foi le pousse à imiter sa charité. C’est la foi agissant par la charité qui nous unit au Seigneur. Vous avez là les trois pieds du trépied chrétien : la foi, la charité, l’espérance, les trois vertus théologales, qui nous permettront de répondre à l’appel : « Voici l’époux, sortez à sa rencontre ! »

J’en viens maintenant à notre église Saint-Roch, par une interprétation plus basique encore de l’huile des lampes : c’est la vertu de prudence, alliée à la foi qui a caractérisé les bâtisseurs de cette église.

Cette église Saint-Roch est comme un acte de foi, concret, posé à l’entrée sud de notre ville épiscopale.

Cette même semaine nous commémorons aussi le 50e anniversaire de la mort le 7 novembre 1967 de Mgr Auguste-Calixte Bonnabel, évêque de 1932 à 1961. C’est lui qui avait fait l’acquisition du terrain, voyant l’agrandissement de la ville. Si je ne me trompe pas, c’est son second successeur, Mgr Robert Coffy, qui a béni cette église érigée en 1967 et 1968, et Mgr Jean-Michel di Falco Léandri qui l’a consacrée en 2008.

Je laisserai plus compétents que moi retracer toute cette aventure, et il y a une exposition sur l’histoire de l’église, mais je voulais rendre grâce pour cette clairvoyance de mes prédécesseurs, et pour leur foi ; ainsi que la foi du curé bâtisseur et de ses successeurs. Après cinquante ans, je me dis qu’ils avaient deux convictions : la paroisse doit être missionnaire et fraternelle.

– Missionnaire : c’est le sens de l’emplacement de la nouvelle église, posée comme un signal. Nous espérons un jour compléter par un clocher, car nous avons déjà des cloches. Frères et sœurs, nos paroisses n’existeront demain, dans 50 ans, que si aujourd’hui elles sont toujours missionnaires, que si aujourd’hui vous devenez ce que le pape François vous invite à être, des disciples missionnaires. Allez inviter les habitants de ce quartier à rencontrer Jésus.

– Fraternelle, c’est ce que je comprends de la forme de l’église en hémicycle. Quand je dis « frères et sœurs », ce n’est pas seulement une ponctuation de mon homélie, c’est une réalité. Nous sommes frères et sœurs, car nous avons le même Père. Et nous ne nous sommes pas choisis. Nous devons non pas nous supporter, nous tolérer – j’ose dire que la tolérance n’est pas une vertu chrétienne –, nous devons nous aimer et nous pardonner. Et ce n’est pas plus facile en paroisse qu’en famille. Mais avez-vous remarqué que Dieu n’a pas donné comme 11e commandement « tu aimeras le chocolat » ? C’est trop facile. Il a donné comme commandement « aimez-vous les uns les autres ». Cette église est comme une anticipation de la Jérusalem céleste.

Le père Sébastien Dubois, Mgr Xavier Malle, le diacre Philippe Castagno, le père Mickaël Fontaine et saint Roch…

Cette église est dédiée à saint Roch. Il est connu par ses statues avec un petit chien, mais peu connaissent son histoire. Voici ce qu’en dit le martyrologe romain : « Né en 1295, saint Roch était le fils d’un gouverneur de Montpellier. Ses parents, âgés, obtinrent sa naissance par de persévérantes prières, se promettant de donner à Dieu l’enfant qu’il leur accorderait. Il se signala en grandissant par une grâce spéciale d’hospitalité envers les pauvres et les voyageurs. À la mort de ses parents, il avait vingt ans; il décida alors de vendre ses biens, de se faire pauvre du Christ à l’exemple de saint François d’Assise. Il entra dans le Tiers-Ordre, et, vêtu en pèlerin, il prit le chemin de Rome, en demandant l’aumône. La peste sévissant en Italie, il se dévoua aux soins des pauvres pestiférés et à son contact, il eut beaucoup de guérisons. Il y vécut trois ans sans faire connaître son nom, ni son origine. Atteint lui-même de la maladie, il se retira, mourant, dans une cabane de son pays où un chien lui apportait chaque jour un petit pain. Miraculeusement guéri, il reparut à Montpellier comme un étranger. Il fut mis en prison comme espion et y mourut au bout de cinq ans après avoir reçu les sacrements. On le reconnut alors. Son culte est devenu et demeure populaire dans toute l’Église. Il est fêté le 16 août. »

Un saint, un jubilé, des noces d’or ; ½ siècle. Nous aimons avec raison ces anniversaires, car finalement c’est 50 ans d’amour, d’efforts pour aimer, de pardon, de fidélité. Derrière ces 50 ans, il y a des milliers de personnes concrètes, des milliers de visages. C’est 50 ans de joies et de larmes que nous célébrons ce jour et surtout que nous offrons au Seigneur comme un sacrifice d’agréable odeur.

Amen !

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)

Fermer le menu