Mgr Jean-Michel di Falco Léandri à Rosans : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort »
  • Post published:7 juin 2016
 

Vendredi 3 juin 2016, pour la solennité du Sacré-Cœur, les prêtres et religieuses du diocèse étaient accueillis à Rosans, à l’abbaye Notre-Dame de Miséricorde, pour une journée de prière et d’amitié.

 

Cette journée était vécue en union avec le pape François à Rome, qui avait voulu que cette solennité du Sacré-Cœur soit une journée mondiale de prière pour la sanctification des prêtres.

 

Ce temps à Rosans comportait la messe, présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, une conférence de Sœur Claire Patier, qui œuvre dans les quartiers nord de Marseille, le déjeuner, une rencontre avec la communauté, une heure d’adoration devant le Saint-Sacrement exposé, et les vêpres.

 

Ci-dessous des photos et une vidéo avec les moments forts de la journée, l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, et un compte-rendu de la journée par les sœurs de Rosans.

 

 

 

 

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Homélie

Chers Frères et Sœurs,

Nous fêtons le Sacré-Cœur. Je pense qu’il n’est pas difficile de saisir en quoi le cœur de Jésus est saint, sacré, particulièrement en cette année de la miséricorde. Il est saint car il est débordant d’amour et de miséricorde à notre égard.

En ce qui nous concerne, nous serons d’autant plus saints, de la sainteté même de Dieu, que nous serons miséricordieux les uns envers les autres. La santé et la sainteté d’une communauté quelle qu’elle soit (familiale, monastique, paroissiale, diocésaine, presbytérale, et que sais-je encore), cette sainteté d’une communauté ne se mesure pas à sa perfection formelle, à des postures, à des façades extérieures. Vous vous souvenez de l’expression du Christ à propos des sépulcres blancs à l’extérieur et pourris à l’intérieur.

On peut apprécier le savoir-vivre et l’exquise politesse d’une famille, la beauté de la liturgie d’un monastère, le vaste panel d’activités proposé par une paroisse, le nombre d’ordinations dans un diocèse. Mais cela ne suffit pas. Ce n’est qu’une façade, si derrière la miséricorde ne circule pas entre les membres de cette famille, de ce monastère, de ce presbyterium, de cette paroisse, de ce diocèse. Ce qui fait la valeur d’une communauté, ce qui fait qu’elle vit l’évangile, c’est la qualité en son sein des « s’il te plaît », des « mercis », des « pardons » demandés et reçus. Lorsque le pardon et l’amour circulent au sein d’une communauté, le cœur se dilate, et Dieu se trouve chez lui.

Le culte qui plaît à Dieu n’est pas dans la bienséance, la bien-pensance, la biendisance et la bienfaisance, qui peuvent n’être que de l’hypocrisie. Il est dans la remise entre les mains de Dieu d’un cœur bien pauvre et petit, toujours prêt à demander, à accueillir, à donner et à pardonner.

Rappelons-nous. Tout peut être pardonné. Et nous sommes appelés à tout pardonner. Et appelés aussi à accepter d’être pardonnés.

Seul un péché n’est pas pardonnable : le péché contre l’Esprit, c’est-à-dire le refus ferme et définitif du pardon qui vient de Dieu. Personne ne peut être pardonné contre son gré. Dieu nous cherche, Dieu nous aime, Dieu veut tout nous pardonner et tous nous pardonner. Mais Dieu nous aime libres, si bien qu’il ne peut rien pour celui qui refuse de l’accueillir.

Cependant, quelqu’un ici a-t-il volontairement et définitivement et complètement fermé la porte au pardon ? Je ne le pense pas. Alors puisque notre cœur n’est pas si dur que cela, apprenons à vivre avec nos faiblesses, celles des autres et les nôtres. Loin d’être causes de désespérance, elles peuvent devenir lieux de rencontre avec le Seigneur miséricordieux. Il nous sait fragiles et pécheurs. Et si certains mauvais plis ne disparaissent pas malgré nos efforts, c’est peut-être parce que nous en avons besoin, pour que nous fassions l’expérience de la rencontre avec Dieu jusque dans nos blessures-même, qu’il laisse volontairement ouvertes : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. » Si le Seigneur ne nous guérit pas malgré nos instantes demandes, c’est peut-être aussi pour que nous compatissions à la faiblesse d’autrui.

Jésus nous demande de nous aimer, et de nous laisser aimer, tels que nous sommes. Il nous demande d’aimer nos frères et sœurs tels qu’ils sont, avec parfois même leurs béances. En faisant cela, notre cœur se dilatera.

Le cœur sacré du Christ n’est pas un cœur qui aurait cicatrisé sous l’effet de la résurrection. Il reste un cœur ouvert jusque dans sa résurrection. Alors ne cherchons pas nous-mêmes à faire comme si nous n’avions aucune blessure, ou à les refermer à tout prix. Le Christ n’a pas cherché dans sa résurrection à éradiquer le passé, à faire comme si sa passion n’avait jamais eu lieu. Il ne s’est pas montré non plus à ses disciples avec des plaies fermées. Le cœur ressuscité du Christ reste un cœur ouvert, un cœur offert, un cœur tourné vers nous, un cœur fait pour nous.

Alors, au lieu d’être sous le joug du toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus d’efficacité, toujours plus de performance, toujours plus de perfection, accueillons l’échec comme la plus grande opportunité qui nous est donnée de nous ouvrir à Dieu : « La puissance se déploie dans la faiblesse. » Lorsque nous sommes perdus, morts, loin de nous-mêmes, loin des autres, loin de Dieu, eh bien le Christ vient nous chercher. Il vient à notre rencontre, il nous accueille, il nous donne part à sa vie.

Beaucoup dans notre monde cherchent un accueil sans jugement. Comme chrétiens, nous savons pouvoir trouver cet accueil sans jugement en Dieu, et nous devrions pouvoir le trouver entre nous.

Et vous mes sœurs, dont l’abbaye porte le nom de Notre-Dame de Miséricorde, vous mesurez plus qu’ailleurs encore ce qu’attendent celles et ceux que le Seigneur vous envoie.

En terminant, vous qui vivez dans un espace clos, j’aimerais vous lire cette prière que j’ai reçue d’une femme détenue pour de longues années. Alors que l’actualité montre des personnes qui durcissent le ton, se ferment, refusent le dialogue, quelle leçon pour nous de la part de cette femme qui, loin de durcir son cœur, le laisse grand ouvert dans cet espace fermé d’une prison !

Je la cite :

Seigneur, nous t’adressons en ce jour nos intentions les plus intimes.

Confinés dans cet univers où nous avons vu nos vies basculer,
nous t’implorons de veiller sur nous.

Prends soin, Seigneur, de nos familles, de nos enfants,
afin que, livrés à eux-mêmes sans présence à leurs côtés, ils restent forts.

Permets, Seigneur, que nous trouvions l’énergie et la force de cohabiter tous ensemble.

Seigneur, ouvre les portes de l’espoir et de la liberté
que nous espérons tous.

Sème les graines de la tolérance dans ce lieu.

Bannis les calomnies qui blessent
et causent beaucoup de peines et de souffrances.

Libère-nous de la peur qui nous emprisonne, des idées obscures,
de la fatalité qui régit notre quotidien, de la routine qui nous pèse,

et rends-nous plus forts que jamais
afin que chaque jour passé n’enlève rien à notre force de vie,
à notre persévérance à ne pas basculer dans la folie, la colère et la mort.

Protège le personnel, les aumôniers, les visiteurs
qui chaque jour donnent de leur temps à nos côtés.

Permets, Seigneur, que, quel que soit le temps passé ici,
nous soyons un jour libres, tous autant que nous sommes.

Au nom de Jésus-Christ ton Fils Unique.

Fin de citation.

Seigneur, donne-nous d’accepter l’amour que tu nous portes tels que nous sommes. Seigneur, donne-nous d’accepter les autres tels qu’ils sont. Seigneur, que ton amour circule entre nous, au sein de nos communautés, qu’elles soient familiales, monastiques, paroissiales, presbytérales, diocésaines. Seigneur, apprends-nous, à l’image de ton cœur miséricordieux, à vivre entre nous, de manière vraie et sincère, nos « s’il te plaît », nos « mercis » et nos « pardons ».

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

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Fête du Sacré-Cœur
à l’abbaye de Rosans

« Venez vous abreuver à la Source cachée » ! En la fête du Sacré-Cœur, ce 3 juin, une vingtaines de prêtres du diocèse, des religieuses de Notre Dame de la Salette, des sœurs bénédictines de Montmartre, sœur Marie Gabrielle du saint Cœur et les bénédictines de Notre Dame de Miséricorde se sont réunis autour de Monseigneur Jean Michel di Falco à l’abbaye de Rosans pour une journée de prière « pour et avec les prêtres, » en union avec le pape François et des prêtres rassemblés à Rome.

Cette journée fraternelle priante et profonde a donc puisé dès le matin à la « Source » de l’eucharistie, célébrée par notre évêque et les prêtres présents, puis a été alimentée par la tonique conférence de Sœur Claire Patier, « serviteur de la Parole », qui œuvre dans les quartiers nord de Marseille. Dans le prolongement de l’homélie de la messe où nous étions invités « à faire l’expérience de la rencontre de Dieu jusque dans nos blessures même », Sœur Claire nous a montré, à travers trois grands personnages bibliques, Jacob, Moïse et saint Paul, comment la Béatitude de pauvres nous permet de nous laisser « toucher » dans notre misère par le Seigneur, pour être « transfigurés » et « comblés de joie ».

Le déjeuner, convivial et propice aux échanges, a été suivi d’une rencontre avec toute la communauté des bénédictine au moment du café. Ce fut l’occasion d’un tour d’horizon de la « Miséricorde » vécue à Briançon, à Gap, au Laus, à Boscodon, à Laragne, à Rosans sous forme de missions, de pèlerinages, de veillées de prière, de journées de la Parole, de franchissements de Porte, de conférences pour ceux qui sont à la périphérie ou se sentent exclus de l’Eglise ou de la société ! Et partout une revitalisation du sacrement de réconciliation.

Puis nous avons regardé le montage, réalisé par Joseph Dinh Nguyen Nguyen, de la visite de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au Bénin, ouvrant notre regard sur quelques réalités de la vie ecclésiale de cette jeune Église en pleine évangélisation. L’après-midi s’est achevée par une veillée de prière devant le Saint-Sacrement exposé et les vêpres présidées par notre évêque.

Une riche journée de prière et de fraternité ecclésiale ancrée dans le cœur du Christ « débordant d’amour et de miséricorde à notre égard » (homélie) !

Les sœurs de Rosans

 

Cet article a 2 commentaires

  1. croassant arlette

    Monseigneur, merci, votre homélie à Rosans, nous faire savoir à quel point Dieu nous aime. Le témoignage de cette femme détenue, poignant!, sa foi la sauvera.
    Monseigneur, à l’occasion du Jubilé des prêtres à Rome, un extrait de la fin de la messe du 5 juin en la collégiale à Candes-Saint-Martin.
    Une citation de Georges Bernanos, son roman “Le journal d’un curé de campagne”.
    “Au cours des dernières semaines que Dieu me laissera aussi longtemps que je pourrai garder la charge d’une paroisse, j’essaierai comme jadis d’agir avec prudence. Mais enfin, j’aurai moins souci de l’avenir, je travaillerai dans le présent. Cette force de travail me semble à ma mesure car je n’ai de réussite qu’aux petites choses et si souvent éprouvé par l’inquiétude, je dois reconnaître que je triomphe dans les petites joies”.
    Monseigneur, un portrait pour vous, mais la réussite dans les grandes choses!
    Votre devise, “Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort”. Que Dieu vous protège et vous garde!

  2. Grimaldi Marie José

    une joie de voir ce beau reportage ! une superbe homélie Monseigneur et cette prière d’une détenue, poignante et magnifique, m’a émue plus que je ne pensais pouvoir l’être par quoi que ce soit, cette femme est extraordinaire ! Merci de ce partage … Et quel bel endroit que ce lieu!

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