Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au “Woodstock de la littérature”
  • Post published:2 septembre 2015

À l’invitation de Gonzague Saint Bris, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri s’est rendu le 30 août 2015 à la vingtième édition de La Forêt du Livre, à Chanceaux-près-Loches.

Deux cents auteurs et des milliers de visiteurs étaient réunis cette année sous les frondaisons de ce qui est communément appelé “le Woodstock de la littérature”.

Après avoir présidé la messe dans l’église de Chanceaux, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a participé au colloque animé par Jean-Claude Narcy où il a évoqué le destin tragique des chrétiens dans le monde.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidant la célébration eucharistique.

L’église de Chanceaux …

… pleine jusque dehors.

Les auditeurs du colloque dans le “théâtre de verdure”.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, Jacques Weber, Jean-Claude Narcy et Patrick de Carolis.

Puis, après un longue séance de signatures de trois livres  – Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde (XO Éditions), Je crois moi non plus (Calmann-Lévy) et Les Prêtres (Le Rocher) –, Gonzague Saint Bris lui a remis le Prix Document depuis le désormais célèbre balcon du Chalet des Chasseurs pour Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde. Mgr Jean-Michel di Falco Léandri l’a dédié à tous les contributeurs et aux minoritées qui “ont aujourd’hui sur la tempe une kalachnikov“.

Séance de dédicaces avec trois livres :


Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde” (XO Éditions), “Je crois moi non plus” (Calmann-Lévy) et “Les Prêtres” (Le Rocher)

Sur le mur du “chalet des chasseurs” :

“Merci Gonzague d’être un “destructeur” des murs qui séparent …”

À la remise des prix …

… depuis le chalet des chasseurs.

Ci-dessous le texte de l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri et une vidéo de la remise des prix depuis le balcon du chalet des chasseurs.

Homélie

Deutéronome 4, 1-2.6-8
Jacques 1, 17-18.21b-22.27
Marc 7, 1-8.14-15.21-23

Chers amis,

Cela ne surprend, je pense, aucun de vous ici dans cette assemblée : nous sommes peu nombreux à ce rendez-vous dominical par rapport à la foule attendue pour ce grand « Woodstock de la littérature », ainsi que l’appelle notre ami Gonzague. Combien serons-nous au cours de cette journée ? 60 000 ? 70 000 ? Et combien sommes-nous dans cette église ? Une centaine, tout au plus ?

Dans la première lecture que nous avons entendue, la situation du peuple hébreu est un peu comme la nôtre ce matin. Le peuple hébreu a rencontré Dieu à l’Horeb, il se prépare à entrer sur la terre promise. Le peuple est réuni dans une même foi, et Moïse le prépare à en rencontrer de multiples.

Tout comme nous qui célébrons l’eucharistie. Nous sommes rassemblés dans une même foi au Christ avant de nous disperser pour nous retrouver au contact de multiples courants de pensée.

À la lumière de ce texte du Deutéronome, se pose la question de la manière dont nous nous préparons à aller à la rencontre des autres, de ceux qui ne partagent pas notre foi.

Regardons Moïse. Il donne au peuple ses dernières instructions. Il le prépare au témoignage : « Israël, écoute les décrets que je t’enseigne. Mets-les en pratique. »

Une fois que nous serons dispersés dans ce magnifique parc, il nous faut témoigner avec délicatesse, et non pas vouloir nous imposer en conquérants. Une proposition de la foi dans le monde actuel sans respect de celle des autres, sans écoute des autres, rend notre foi insupportable.

Ainsi donc : témoigner et non pas imposer. Voilà pour la première lecture.

La seconde lecture porte aussi sur notre manière d’être dans le monde.

Pour saint Jacques, la foi se vit de manière très concrète. Je cite : « Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde. »

Je traduis pour nous aujourd’hui : « Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter, parmi nos lecteurs, ceux qui sont perdus, ceux qui cherchent désespérément un sens à leur vie ou à comprendre le monde, et c’est de se garder sans tache au milieu du Woodstock de la littérature. »

Rejoindre la détresse des autres et se garder sans tache. Attention, je ne prône pas, pour se garder sans tache, un retour à la censure, à la mise à l’index, à l’ordre moral ! Je ne dis pas qu’il ne faudrait promouvoir que de la littérature édifiante, dégoulinante de bonnes intentions. Mais il faut que le chrétien reste conscient de sa foi, en contact avec sa foi, au cœur même du monde. Il doit se rappeler sans cesse d’où vient sa foi, et où elle le mène, pour savoir qui il est vraiment et comment il doit se comporter dans un monde qu’il doit en premier lieu aimer.

Saint Jacques nous dit d’où vient la foi : « Mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières. » Et saint Jacques nous dit ensuite pourquoi Dieu nous a accordé la foi : « Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. »

Ce n’est pas rien, être « les prémices de toutes ses créatures » ! Cela veut tout simplement dire que le chrétien sait d’où il vient. Il est un pauvre type que Dieu est venu chercher dans sa « mouise », ses misères, ses difficultés, ses errances. Quand le chrétien témoigne de sa foi, il ne peut pas du coup être péremptoire, agressif, vindicatif… Car, qu’a-t-il qu’il n’ait reçu ?…

Si je résume, deux manières d’être dans le monde :

– Témoigner et non pas imposer.
– Être fier de sa foi en n’oubliant pas qu’elle est un don qui nous est fait en vue de servir le monde et d’y apaiser toute détresse.

Et enfin l’évangile. Que nous dit Jésus ? Eh bien là aussi Jésus nous présente une manière de considérer le monde et une manière d’être dans le monde.

Il y a d’abord les pharisiens : Ils se disent purs ! Ils se croient purs ! Ils se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger. Ils jugent les disciples qui ne suivent pas la tradition des anciens.

Je traduis pour aujourd’hui : Ils se disent purs ! Ils se croient purs ! Ils ne lisent que les livres bien comme il faut. Ils jugent la littérature sans même ouvrir les livres qu’ils critiquent. Ils classent la littérature en deux  catégories : la saine et la décadente. Ils ne comprennent rien aux évolutions littéraires. Ils restent figés dans leurs traditions, bien-pensants. Ils lisent sans chercher à comprendre les auteurs, leurs intentions, leurs problématiques, leurs questionnements, leur histoire.

Face à ces pharisiens il y a Jésus. Jésus qui dénonce leur hypocrisie. Jésus est pur, il est le Pur par excellence. Il est l’innocent, le pur, le saint. Et le Pur n’a pas hésité à aller à la rencontre des impurs que nous sommes, et à comprendre nos impuretés, et à les prendre sur lui, et à les racheter, sans que pour autant que cela ait fait de lui un impur.

Et puis il y a nous. Nous qui ne sommes pas Jésus, pas des purs. Nous qui ne sommes pas non plus des pharisiens (enfin je l’espère), qui ne sommes pas des « saintes nitouches » affectant l’innocence. Mais nous qui, peu à peu, intégrons dans nos vies cette parole de Jésus : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »

Je traduis encore pour aujourd’hui : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est sur les pages d’un livre, extérieur au lecteur, et qui entre en lui au fil de la lecture, ne peut rendre ce lecteur impur. Mais ce qui sort du lecteur à la lecture d’un livre, voilà ce qui rend le lecteur impur. »

« Inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans du lecteur, et rend le lecteur impur. » Cela ne vient pas de l’auteur. Cela vient du lecteur, de ce que la lecture peut réveiller en lui de mauvais, de pulsion, ou que sais-je encore. Donc au lecteur de bien se connaître.

Lire un livre c’est comme rencontrer une personne. Si la rencontre de tel ou tel nous met mal à l’aise, ou réveille en nous « inconduites, vols, meurtres, démesure », et que sais-je encore, eh bien évitons de fréquenter cette personne. Si la lecture d’un livre nous plombe ou nous perturbe, eh bien ne le lisons pas.

En revanche, si nous nous sentons capable de supporter un livre même le plus noir, de le saisir de l’intérieur et de comprendre son auteur, d’en rejoindre les noirceurs et les méandres à la lumière de la croix du Seigneur, de garder l’espérance de la résurrection tout en le lisant, eh bien lisons-le.

« C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses » dit Jésus. Si bien qu’ailleurs il ajoutera : « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais. » (Lc 6, 45)

Alors, allez : bonne et fructueuse rencontre à vous tous avec les auteurs et les livres en cette forêts des livres, « labyrinthe des pensées humaines »[1].

Toujours et partout dans le monde se trouve, comme disait le philosophe saint Justin, des « semina Verbi », des « Logos spermatikos », des semences du Verbe, des semences de Dieu, des semences de la Parole éternelle, au cœur même de nos paroles humaines, jusqu’en celles couchées sur le papier, et sur nos tablettes.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et D’EMBRUN

[1] Gonzague Saint Bris, dans une vidéo de présentation de la Forêt des livres.

Cet article a 2 commentaires

  1. ROBERT-TOMASINI

    Très heureux d’avoir assisté à la Messe dans la chapelle de CHANCEAUX PRÈS LOCHES à. 9 heures précises . J’occupe la fonction de Ceremoniaire à la Cathédrale Saint Louis des Invalides . Je serai très heureux d’avoir la Photo de l’affiche ou sont réunis les 3 prêtres et Mgr. Jean Michel du FALCO-LEANDRI avec une belle dedicasse de sa part . Très amicalement et FIDÉLITÉ . Gérard ROBERT-TOMASIN – Boîte 15 – 6 , Square de la Dordogne 75017 PARIS

  2. croassant

    .Que d’émotion! en entendant MR Gonzague prononcer un discours annonçant l’arrivée de MONSEIGNEUR DI FALCO ce 30 août à Chanceaux ,la journée “La Forêt des Livres”.Il à reçu le prix Document pour “Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde” qu’il à dédié à tous les contributeurs aux minorités et Chrétiens d’Orient.Une avalanche d’éloges que MONSEIGNEUR mérite et reçoit avec pudeur.Très émue de cette vidéo et merci pour ces belles photos et ce partage.Merci Monseigneur,votre homélie nous fait méditer sur nous-mêmes.Le croyant,un bon fidèle,pas d’hypocrisie comme l’évangile de Jacques et la purification de son corps par la prière,la foi.

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