Mgr Jean-Michel di Falco Léandri aux chefs des établissements catholiques d’enseignement

Ce mercredi 18 mars 2015, les chefs des différents établissements catholiques d’enseignement de la province se trouvaient au sanctuaire Notre-Dame du Laus pour une récollection animée par le père Sébastien Dubois.

Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, le père Sébastien Dubois

Ci-dessous l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Une phrase au début de l’homélie
a malencontreusement été coupée lors de l’enregistrement
en raison d’un problème technique.
Elle est restituée typographiquement dans la vidéo.

Homélie
de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Vous me pardonnerez si je m’adresse plus particulièrement aux chefs d’établissement, mais je pense que chacun pourra récupérer quelques bribes de ce que je partage avec vous.

Il y a une semaine, Daesh a diffusé une vidéo de l’exécution d’un Arabe israélien par un enfant. Cet enfant qui tenait l’arme à feu a été reconnu par ses anciens copains de classe d’une école primaire de Toulouse. Instrumentalisé par le fanatisme religieux de son beau-père, cet élève pourtant calme et tranquille a tué. Il est bien plus victime que bourreau. Il est plus à plaindre qu’à condamner.

À juste titre nous sommes horrifiés. Cet acte ignoble nous fait nous poser de manière aiguë la question de notre place et de notre rôle d’adulte et d’enseignant à l’égard des enfants qui nous sont confiés. Souvenez-vous ce que disait Khalil Gibran à propos des parents dans son livre Le prophète. Je le cite mais vous connaissez cela par cœur, je suppose : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vos mains mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. » Fin de citation.

Cela est vrai aussi pour tout adulte, pour tout éducateur, et pour tout enseignant. Parce que les enfants ne nous appartiennent pas ils ne peuvent être instrumentalisés, utilisés, manipulés. Ils appartiennent à Dieu, à la Vie, à leur vie.

Alors tous, nous avons la grave obligation d’élever et d’éduquer les enfants. En premier lieu les parents, parce qu’ils ont pris cette responsabilité en leur donnant la vie. La place des parents est unique et primordiale. Elle peut difficilement être remplacée. La famille est le premier lieu d’acquisition des manières de vivre ensemble dans le respect mutuel. Pour nous chrétiens, découverte de la foi. Elle est aussi le lieu de la transmission générale. Mais après la famille vient l’école…

La famille et l’école sont comme des sanctuaires, des lieux protégés. Tout comme ce sanctuaire du Laus est à juste titre un sanctuaire. Et vous n’êtes pas sans le savoir, dans son acception religieuse, le sanctuaire désigne l’endroit le plus saint d’un temple, l’enceinte sacrée, un espace d’une dignité telle que l’accès en est strictement réservé, un lieu dont on s’approche avec crainte et tremblement. Et dans son acception profane, le sanctuaire est un lieu à protéger de toute menace extérieure. Ainsi crée-t-on des sanctuaires marins, des sanctuaires écologiques, des sanctuaires biologiques. Et toujours, remarquons-le, que ce soit dans son acception profane ou sacrée, il est question de protéger le sanctuaire, de le garder pur, et ce qui y réside est plus grand et plus précieux que tout ! Alors, quoi de plus fragile et de plus précieux qu’un enfant ?

Pour l’enfant, sa famille, sa maison et son école sont des sanctuaires. Ils sont des lieux où il se construit et se prépare à la vie en société tout en étant protégé de ce qu’il ne peut pas supporter encore de trop dur dans cette société. Vous vous souvenez peut-être du titre de ce film : Attention les enfants regardent. Nous devrions y penser plus souvent. Parents et enseignants ont un rôle éducatif. Éduquer vient du latin « e-ducere », qui signifie « conduire hors de ». Hors du cocon familial, hors de l’école, pour que les enfants dont la conscience est en devenir puissent un jour se passer des adultes et devenir autonomes.

Ceux d’entre vous qui ont eu des enfants se souviennent sans doute de leurs premiers pas. Au début ils ont besoin de s’accrocher aux parents, ou aux meubles, à tout ce qui leur permet de maintenir leur équilibre. Et ce n’est que lorsqu’on leur lâche la main qu’ils deviennent capables de marcher tout seul sous le regard bienveillant et encourageant de leurs parents.

À l’époque où j’étais directeur de l’Institut supérieur de pédagogie à Paris et que j’assurais la formation des maîtres, je leur disais un peu par provocation que tout acte éducatif était suicidaire, c’est-à-dire que tout éducateur doit tout mettre en œuvre pour se rendre inutile. La phrase d’évangile qu’ils devraient sans cesse méditer, parents et éducateurs, est celle que Jean-Baptiste prononce à propos de Jésus : « Il faut qu’il croisse et que je diminue ». Facile à dire, plus difficile à vivre, car cela revient à donner sa vie, à donner la vie autour de soi sans rien attendre en retour.

Dans son audience du 7 janvier, le jour même des attentats de Charlie Hebdo, le pape François citait une homélie de Mgr Oscar Romero montrant le lien entre le fait d’être prêt à donner sa vie et le fait d’être prêt à donner la vie, entre le martyre et la maternité. Voici ce que disait Mgr Romero. « Donner la vie ne signifie pas seulement être tués ; donner la vie, avoir un esprit de martyre, cela signifie donner dans le devoir, dans le silence, dans la prière, dans l’accomplissement honnête du devoir, dans ce silence de la vie quotidienne, donner sa vie peu à peu. Oui, comme la donne une mère qui, sans crainte, avec la simplicité du martyre maternel, conçoit en son sein un fils, lui donne le jour, l’allaite, l’élève, et s’occupe de lui avec affection. C’est donner la vie. C’est le martyre. »

Donner de sa vie, donner de son temps, donner de son énergie, c’est donner la vie. La mère est martyre sans le savoir. Il lui est naturel de se donner pour que son enfant vive. Le moindre sourire la réjouit. Pour nous aussi, comme chrétiens, comme éducateurs, il devrait nous être tout naturel de nous donner sans attendre de retour, sans effort, pour que les enfants qui nous sont confiés vivent. Et nous nous accompliront ainsi.

Alors Jésus nous guide sur ce chemin. Vous l’avez entendu dans l’évangile d’aujourd’hui. Il donne sa vie pour donner la vie. Comme Fils, il obéit à son Père. Il ne peut rien faire de lui-même, mais il n’est pas un objet entre les mains du Père. Il n’est pas instrumentalisé par le Père. S’il obéit au Père, s’il cherche à faire non pas sa volonté mais celle du Père qui l’a envoyé, c’est parce qu’il sait le Père avoir la vie en lui-même, et être un Père dispensateur de vie.

Alors nous pouvons nous demander :

En quoi suis-je plus malléable à la volonté du Père ? En quoi suis-je malléable au discours ambiant ? En quoi est-ce que j’obéis à ma conscience ? En quoi est-ce que je préfère me taire, par lâcheté ? En quoi suis-je au service des enfants ? En quoi est-ce que je les l’élève ? En quoi est-ce que je les rabaisse ? Finalement, pour résumer, suis-je dispensateur de vie autour de moi ?

 

Cet article a 3 commentaires

  1. coursier

    Merci Monseigneur, pour votre homélie, nous parents essayons d élever nos enfants dans le droit chemin mais parfois, ils rencontrent des personnes malveillantes qui les dirigent autrement et savoir les enfants sont vulnérable Prions pour que tout ceci s arrête un jour ensemble soyons plus fort amen

  2. croassant

    MONSEIGNEUR votre homélie du 20 mars sur l’éducation des enfants,une vérité a méditer.Donner la vie pour une maman,c’est naturel de se donner meme en martyre pour l’élever normalement avec tout son Amour.Mais nous n’avons pas toujours la science humaine meme pas les éducateurs pour en faire des enfants parfaits.C’est pourquoi MONSEIGNEUR il est bon de se tourner vers l’Eglise,vers vous,un EVEQUE qui sait convaincre,vers DIEU qui rassure et nous aide a “Aimer son prochain comme soi-même”.Seule la foi sauve alors MONSEIGNEUR continuez avec des rassemblements de diverses religions a retrouver la paix et nos valeurs chrétiennes et stop à toutes ces barbaries.Bon Dimanche MONSEIGNEUR.Priez pour moi et moi pour vous. ARLETTE

  3. Bernard Mariotti

    Et l’on pourrait ajouter une autre phrase de Khalil Gibran écrite dans ce même texte cité par Monseigneur di Falco, à propos des parents et que nous pourrions peut-être élargir au cercle des éducateurs:
    “Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées”
    K. Gibran – né en 1883 au Liban – décédé en 1931 à New-York

Les commentaires sont fermés.