Mgr Jean-Michel di Falco Léandri aux jeunes professionnels : “Où est la liberté de choisir ?”

Dans le cadre de l’année jubilaire, les jeunes professionnels et les étudiants étaient invités à un temps de ressourcement et d’encouragement à la mission sous le regard de Marie. ”De la prière à l’engagement”, tel était le thème de la session qui leur était consacrée avec la participation de Mgr André Fort, de Mgr Dominique Rey et de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidait la messe du dimanche 11 mai, à laquelle participait également des jeunes de Guillestre se préparant à leur profession de foi. Ci-dessous son homélie.

Homélie

Si vous suivez l’actualité dans le monde, ailleurs que dans les médias installés car ces sujets semblent ne pas les intéresser, vous aurez vu ce qu’en Syrie, les djihadistes extrémistes imposent aux chrétiens, faire un choix : « Soit vous dites la chahada (la profession de foi musulmane), soit vous êtes crucifiés. » Et certains ont été crucifiés.

Où est la liberté de choisir ? Écoutons à l’inverse ce que Jésus nous dit dans l’Évangile de ce jour. « Moi, je suis la porte, si quelqu’un entre en passant par moi, il pourra aller et venir. » « Aller et venir », l’image même d’une liberté paisible, vécue sous le regard de Dieu.

[Ci-après, partie non prononcée en raison de la présence d’enfants et de jeunes adolescents. NdR] Toujours en Syrie, à Abra, dans la banlieue de Damas, hommes, femmes et enfants ont été massacrés. Et l’on a joué au foot avec les têtes décapitées. Et l’on a éventré les femmes enceintes pour en extraire les petits corps. Et on les a pendus aux arbres par leur cordon ombilical.

Pardon pour la violence de ces descriptions mais tels sont les faits. Ne jouons pas les pudibonds, les âmes sensibles qui se réfugient dans la prière pour fuir le monde. C’est un devoir que d’avoir le courage de regarder la réalité en face. Même dans ce havre de paix que nous offre ce sanctuaire, nous ne vivons pas dans la société des bisousnours !

Quel degré de haine et d’aveuglement faut-il pour croire, ne serait-ce qu’un instant, que Dieu demande des actes barbares qui ne peuvent que susciter des haut-le-cœur, des larmes amères, du mépris pour ceux qui les pratiquent en son Nom ! Ces actes déshonorent l’islam et sont une insulte pour les musulmans qui veulent vivre dignement leur foi.

Il ne s’agit pas ici de montrer les musulmans du doigt car c’est une immense tristesse que de constater que dans certains pays des chrétiens se comportent aujourd’hui encore avec la même violence.

« Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire » dit Jésus. Oui, tous ceux qui, au nom même de Dieu, violent la loi inscrite dans notre être-même – tu ne voleras pas, tu ne tueras – oui, tous ceux-là qui violent les lois gravées dans notre chair, dans notre cœur, par le Créateur lui-même, renient ce Dieu qu’ils prétendent servir.

Je parle de mouvements musulmans extrémistes en Syrie. Mais à des degrés divers, la tentation d’instrumentaliser Dieu est présente, toujours et partout. Et aussi en nous ! Ne nous croyons pas si facilement préservés de cette tentation. C’est nous-mêmes qui, parfois, escaladons la bergerie de notre propre cœur comme un voleur.

Cela arrive ici même, dans ce sanctuaire. Une personne m’a adressé cette semaine un courrier pour me dire combien elle avait été choquée par des propos racistes et antisémites et d’autres paroles pleines de haine au sujet de tel ou tel prêtre. Ces propos prononcés bien tranquillement au cours du repas, à la salle à manger, peu de temps après la célébration eucharistique où ces personnes avaient, en apparence en tout cas, pieusement reçu le corps du Christ. Je ne suis pas certain que le Seigneur se soit senti chez lui après que son corps ait été déposé sur ces langues fourchues.

Cette personne me dit avoir quitté la table avant la fin du repas, bien décidée à ne plus remettre les pieds au sanctuaire, écœurée par tout ce qu’elle venait d’entendre et, m’écrit-elle, alors qu’elle regagnait sa chambre les « bonnes odeurs » se sont manifestées à elles. Marie était là pour apaiser sa peine.

Si Dieu est partout, si Dieu peut être trouvé en toute chose, Dieu dépasse et dépassera toujours notre entendement. Qui a réponse à tout est un faux prophète, un gourou, un idéologue. Qui affirme de manière péremptoire ce que Dieu pense et veut, se construit un petit dieu à sa mesure au lieu de grandir à la mesure de Dieu, qui n’est qu’amour et miséricorde infinie. Qui prétend tout savoir de Dieu, de ses volontés, et veut imposer sa vision aux autres, tourne la religion à son avantage et à son profit.

La tentation est grande de rester imperméables à tout ce qui ne va pas dans le sens de nos convictions. La tentation est grande de ne retenir que les arguments qui vont dans notre sens et de réfuter ou de négliger les autres. La tentation est grande de valoriser et de justifier après coup le bien-fondé de nos actions. La tentation est grande de nous arranger avec la réalité pour protéger nos croyances, notre ego, notre estime de soi.

Tout cela parce qu’on ne veut pas changer. Parce que l’on refuse de se convertir. Parce qu’on ne veut pas suivre la logique de l’Évangile jusqu’au bout. Nous cherchons maladroitement à protéger notre statut, notre appartenance sociale, nos habitudes liturgiques, bref, tout ce qui fait, disons-nous, notre identité, en oubliant que notre identité est dans le Christ défiguré, crucifié, ressuscité !

L’apôtre Pierre appelle à la conversion, et « ceux qui l’entendaient furent remués jusqu’au fond d’eux-mêmes » rapportent les Actes des apôtres. Ils se sont laissés touchés. Ils se sont remis en question. Ils ne sont pas restés imperméables. L’eau du baptême peut être versée sur eux car elle pénètre leur âme.

Alors et nous, nous laisserons-nous convertir ? La conversion n’est pas d’un jour, acquise une fois pour toute, mais l’œuvre de toute une vie.

« Celui qui a souffert pour nous est devenu notre berger ». Jésus est l’agneau et le pasteur. Non pas comme deux titres juxtaposés : agneau d’un côté, et pasteur de l’autre. Non. Mais comme deux titres imbriqués l’un dans l’autre jusqu’à n’en faire plus qu’un. En Jésus l’agneau est le pasteur. En Jésus, le serviteur est le maître. Sa manière d’être pasteur, de conduire le troupeau, c’est d’être l’agneau immolé. « Couvert d’insultes, il n’insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice. » La charte de vie que Jésus nous propose, ce sont les béatitudes. Œuvrer humblement, sans vanité, œuvrer pauvrement, avec ce que nous sommes, œuvrer avec douceur, sans violence, œuvrer pour la justice, avec la même énergie que si c’était soi-même qu’on défendait !

Avec Jésus, nous nous trouvons en présence de quelqu’un qui nous dit tranquillement et paisiblement : « Je suis la voie, la vérité et la vie. Je suis la porte toujours ouverte à celui et celle qui veut accéder à mon pâturage. » Est-ce un imposteur ? Non. Nous fait-il des promesses qu’il ne tiendra pas ? Non. Jésus n’est pas une porte à jamais close, ouverte pour certains et fermée pour d’autres, il n’est pas une route sans issue. Il n’est pas mensonge et perdition. Plus nous nous sentons indignes de franchir la porte et plus elle sera grande ouverte. Oui, Jésus est la porte ouverte, il est la voie, la vérité, la vie.

Je parlais de la Syrie au début de cette homélie. La même religieuse qui rapportait toutes ces atrocités était aussi porteuse d’une espérance, une espérance pas simplement pour l’au-delà (car n’espérer que pour ailleurs peut être une forme de désespérance), mais une espérance bien charnelle, bien temporelle, pour son pays déchiré et pour demain. Je la cite : « Heureusement, l’espérance et la vie sont plus fortes que la mort. […] Le Seigneur ne nous abandonnera pas. Il va y avoir des hommes de bonne volonté comme il y en a encore qui travaillent et qui œuvrent pour le retour de la paix, pour soutenir, pour aider, pour aller sur place, mener des actions et témoigner de la fraternité malgré la politique. […] Notre pays va se redresser, se reconstruire, rebondir et il redeviendra encore plus fort qu’avant. La solidarité est plus forte qu’avant. Notre attachement au Christ et à notre foi sera encore plus fort qu’avant. » Fin de citation.

Cette religieuse a dit : « Il va y avoir des hommes de bonne volonté ». J’ajoute, et des femmes bien sûr. Ces hommes et ces femmes de bonne volonté, c’est vous les jeunes étudiants qui êtes ici présents ce matin, c’est vous les confirmands de l’Embrunais. C’est à vous que nous confions l’espérance que nous plaçons en Dieu. Ce que nous n’avons pas été capables de réaliser, vous, vous le réaliserez !

En cette journée de prière pour les vocations c’est aussi l’occasion de vous interroger sur ce que le Christ attend de vous, quel est l’appel qu’il vous adresse.

Dans l’évangile de ce jour, à l’unique bon pasteur s’opposent le voleur, l’étranger, le mercenaire, l’imposteur. Avec à chaque fois un signe distinctif qui permet de les distinguer : l’entrée par la porte ou l’entrée par effraction, la familiarité ou l’effroi, la vie donnée ou la recherche égoïste.

En ce temps jubilaire à Notre-Dame du Laus, lorsque nous passons la porte, à nous de choisir entre passer dans le royaume des cieux en disciple de Jésus, ou tenter d’y passer par effraction.

                                                                     + Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
                                                                     Évêque de GAP et d’EMBRUN

Cet article a 2 commentaires

  1. BONJOUR,
    Pourquoi les médias ne parlent-ils pas de ces atrocités commises contre les chrétiens par certains musulmans ? Par peur d’importuner les musulmans qui sont en France ? Jusqu’à quand vont-ils parler “la langue de bois” pour ne pas déranger certains. Beaucoup de musulmans n’hésitent pas à parler de guerre contre les croisés !
    Amitiés.

  2. Monseigneur, je viens de vous voir et de vous écouter avec beaucoup d’attention et, je me dis que celles et ceux qui étaient en l’église ont une chance Divine.
    Vos propos vont droit au coeur et à l’âme, car vous êtes un des rares personnages publics qui ose dire toute la vérité, à ceux qui sont en complet veston et à ceux qui portent leurs vieux pardessus râpés.
    Comme vous le savez, j’habite Agadir où 99% de la population est musulmane, et j’ai peine à vous écrire que parmi ces femmes, hommes, enfants, une grosse majorité sont des menteurs, voleurs, et les hommes passent les 3/4 de leur temps au bistrot à raconter des bétises, alors que les femmes qui ont passé la moitié de leur vie enceintes n’ont pas 2 euros pour faire à manger à la famille.
    Lorsque j’avais une douzaine d’années, il y a 58 ans de cela, je suis allé avec mes parents voir un film dont le titre était “les hommes ne comprendront jamais”; malheureusement, ils n’ont toujours pas compris!
    Pierre Desproges, paix à son âme, disait: “les animaux font des crottes et les hommes sèment la merde”. Qui dira le contraire?
    Que Dieu vous bénisse et que Marie vous guide et vous protège éternellement.
    Bien à vous. René

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