Mgr Jean-Michel di Falco Léandri à la messe de Noël : “Un pape sans langue de bois ni langue de buis”

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri à la messe de Noël : “Un pape sans langue de bois ni langue de buis”

Vidéo et texte de l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri en la cathédrale de Gap la nuit de Noël 2013, à partir de l’exhortation apostolique du pape François sur “La joie de l’Évangile” (Evangelii Gaudium).

MESSE DE LA NUIT
CATHÉDRALE DE GAP
24 DÉCEMBRE 2013

Je crains que vous n’ayez pas eu le temps de lire la dernière exhortation apostolique du Pape François. C’est pourquoi je propose de vous citer quelques passages en guise de méditation en ce soir de Noël où nous célébrons le maître de l’Amour venu nous rejoindre en se révélant d’abord aux plus humbles, aux plus petits, aux plus pauvres.

Le vent de l’Esprit qui souffle avec le pape François nous décoiffe et c’est une bonne chose. Il vient nous réveiller et ce n’est pas inutile au cours de l’horaire tardif de cette messe de la nuit. Il nous invite à sortir des ornières de la routine.

Ses propos, vous l’allez voir, ne sont pas du jargon ecclésiastique mais bien concrets. Ce n’est ni langue de bois, ni langue de buis.

Pour nous tous, êtres humains, dit le Pape, ayons un visage d’amour et de bonté. Je me demandais tout à l’heure en entrant en procession si ceux qui ne fréquentent pas habituellement notre cathédrale, et qui sont cependant ici ce soir en cette fête de Noël, je me demandais s’ils voient ce visage d’amour et de bonté en nous regardant. Je salue les personnes, en souriant et en guise de réponse je suis souvent face à des masques dignes du musée Grévin !

Le pape nous incite à avoir un visage d’amour et de bonté en soulignant que lorsqu’on communique le bien, il s’enracine et se développe.

Pour les chrétiens, dit-il, prenons l’initiative de resplendir de l’amour du Christ. Le pape nous interpelle en ce sens en déplorant qu’il y ait, je cite, « des chrétiens qui semblent avoir un air de carême sans Pâques ». Puis il poursuit : « Ainsi prend forme la plus grande menace, c’est le triste pragmatisme de la vie quotidienne de l’Eglise, dans lequel apparemment tout arrive normalement, alors qu’en réalité la foi s’affaiblit et dégénère dans la mesquinerie. La psychologie de la tombe, qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, se développe ». C’est du concret çà, non ?

Pour ceux qui seraient enfermés dans le carcan d’hier, suivez l’invitation du pape à « abandonner le confortable critère […] du “on a toujours fait ainsi” et à être audacieux et créatif. » Là, j’ai envie de répéter cette phrase : « abandonner le confortable critère […] du “on a toujours fait ainsi”. »

Pour les pécheurs que nous sommes, décidons de ne pas hésiter à demander miséricorde, car comme le pape l’indique « Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde ». Puis, plus loin dans le texte, il ajoute : « Aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais le lieu de la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible ».

Pour ceux qui n’osent pas, osez ! « Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles », dit le pape François.

« Je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. »

« Il faut reconnaître, dit toujours le Pape, que si une partie des personnes baptisées ne fait pas l’expérience de sa propre appartenance à l’Eglise, cela est peut-être dû à certaines structures et à un climat peu accueillant dans quelques-unes de nos paroisses et communautés. »

« Cela me fait très mal de voir comment dans certaines communautés chrétiennes, et même entre personnes consacrées, on donne de la place à diverses formes de haine, de division, de calomnie, de diffamation, de jalousie, de vengeance, de désir d’imposer ses propres idées à n’importe quel prix, jusqu’à des persécutions qui ressemblent à une implacable chasse aux sorcières. »

« Toute communauté d’Eglise, dans la mesure où elle prétend rester tranquille sans se préoccuper de manière créative et sans coopérer avec efficacité pour que les pauvres vivent avec dignité et pour l’intégration de tous, court aussi le risque de la dissolution […] Elle finira facilement par être dépassé par la mondanité spirituelle, dissimulée sous des pratiques religieuses, avec des réunions infécondes ou des discours vides. »

Pour les fidèles de l’Eglise, engageons-nous à répandre la Bonne Nouvelle du Christ dans le respect de l’autre. Le pape nous invite à « l’annoncer, sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Eglise ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction. »

Pour les prêtres et laïcs responsable de paroisse, mettons-nous comme principe l’ouverture et l’accueil. « Cela suppose que réellement, [la paroisse] soit en contact avec les familles et avec la vie du peuple et ne devienne pas une structure prolixe séparée des gens ou un groupe d’élus qui se regardent eux-mêmes », comme l’indique le Saint-Père.

Pour les responsables économiques et politiques, décidez que l’homme a plus de valeur que le pouvoir et l’argent. Le pape nous demande de « dire non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale. Une telle économie tue. Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, [et morte] de froid, ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en est une ».

Pour ceux qui se sentent appelés par l’Eglise, ne craignez pas que votre vie ne soit pas à la hauteur des attentes, car le pape rappelle que « les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. » Il ajoute enfin que « l’Eglise n’est pas une douane ».

Pour notre société de plus en plus handicapée des sentiments, soyons sensibles aux drames qui se passent sur notre palier. Car le pape nous montre que « presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort ».

Pour les prêtres qui risqueraient d’endormir les fidèles par leurs homélies, suivez les consignes du pape. « Nous savons que les fidèles donnent beaucoup d’importance [à l’homélie] ; et ceux-ci, comme les ministres ordonnées eux-mêmes, souffrent souvent, les uns d’écouter, les autres de prêcher. L’homélie doit être brève et éviter de ressembler à une conférence ou à un cours. […] J’ose demander que chaque semaine, un temps personnel et communautaire suffisamment prolongé soit consacré [à la préparation de l’homélie], même s’il faut donner moins de temps à d’autres engagements, même importants. »

Pour ceux qui seraient tentés par des propos et des idées xénophobes ou racistes et notamment les chrétiens : rejetez ces idées, non pas par obligation mais par simple logique. Le pape François le souligne avec force : « Le christianisme n’a pas un modèle culturel unique […]. Par l’inculturation, l’Eglise “introduit les peuples avec leurs cultures dans sa propre communauté”, parce que “toute culture offre des valeurs et des modèles positifs qui peuvent enrichir la manière dont l’Evangile est annoncé, compris et vécu.” »

Pour les laïcards, entendez ces paroles du pape : « Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociales et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens. Qui oserait enfermer dans un temple et faire taire le message de saint François d’Assise ou de la bienheureuse Teresa de Calcutta ? » « Est-il raisonnable et intelligent de reléguer [les écrits] dans l’obscurité, seulement du fait qu’ils proviennent d’un contexte de croyance religieuse ?

Alors, en ce soir de Noël, ce n’est plus le pape qui parle mais moi, votre évêque, que nous soyons croyants ou non-croyants, prenons la résolution d’être des femmes et des hommes bons, d’être convaincus que l’amour peut tout, même l’impossible. Animé par cette volonté, je ne peux que vous souhaiter, avec confiance, une belle et bonne nouvelle année.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP ET d’EMBRUN

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Cet article a été rédigé par le service communication du diocèse de Gap.
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