Mgr Jean-Michel di Falco Léandri lors de l’appel décisif des catéchumènes : “Pourquoi ne sommes-nous pas plus appelants ?”
  • Post published:21 février 2013

Dimanche 17 février, 1er dimanche de Carême, six adultes qui seront baptisés à Pâques sont venus en l’église Saint-Roch pour célébrer l’entrée dans leur ultime étape avant leur baptême : l’appel décisif. Les uns venaient de Briançon, les autres de Guillestre, de L’Argentière-La-Bessée et de Gap. Ils étaient accompagnés de leurs proches, de leurs accompagnateurs et futurs parrains et marraines. Le père Bertrand Gournay, curé de Briançon, avait aussi fait le déplacement ainsi que des représentants des diverses communautés religieuses du diocèse.

La messe était présidée par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri dans une véritable atmosphère familiale, avec une homélie à la fois profonde et emplie de traits d’humour. Les témoignages des accompagnateurs ont impressionné : comme s’ils recevaient plus de ces catéchumènes qu’ils ne leur apportaient !

 
Au début de la célébration, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri salue une petite fille qui lui dit : “Je m’appelle Philippine”.
 
Présentation de Brigitte, catéchumène de Briançon
 
Imposition de la main en signe d’accueil suivie de la remise de l’écharpe violette

Remise de la liste des catéchumènes aux communautés religieuses. De gauche à droite : le père Matthieu, représentant des soeurs ermites de Montmorin, soeur Marie-Gabrielle, du Saint-Coeur de Marie (Gap) et ultime membre de sa congrégation, puis une représentante des soeurs de Saint-Joseph (Gap), des petites soeurs de Jésus (Saint-Bonnet), des soeurs bénédictines de Montmartre (Laus), de l’abbaye bénédictine de Rosans, des soeurs du Prado (Laragne), des soeurs de la Providence (Gap), des soeurs de la Salette (Gap et Serre), des soeurs trinitaires de Valence (Embrun).

 

 
Présentation de Coralie, aussi de Briançon

La liste des catéchumènes

Prière sur les catéchumènes

 

 Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

 (Quelques échanges avec l’assemblée n’ont pas été retranscrits)

Depuis mercredi dernier, mercredi des Cendres, les chrétiens qui sont 2 milliards 200 millions dans le monde, dont 1 milliards 200 millions de catholiques et 800 millions de protestants, sont entrés en Carême. Je ne suis pas certain que les médias en feront état comme c’est le cas pour le Ramadan. Temps-mieux pour les musulmans, dommage pour les chrétiens.

Donc depuis le Mercredi des Cendres, 2 milliards 200 millions de chrétiens sont entrés en Carême, dont nous. Cela ne veut pas dire que nous ne serions que des matricules, que des codes-barres, que chez les chrétiens c’est le règne de l’anonymat. Au contraire, aujourd’hui je vais appeler six d’entre vous par son nom ! Et chacun va inscrire son nom sur un registre. Car chacun compte à tel point qu’il paraît que Dieu connaît le nombre de cheveux sur notre tête ! Quel travail pour les plus âgés d’entre nous pour lesquels ce nombre change de jour en jour. Oui, pour Dieu, chacun est important. Chacun est une histoire personnelle. Chacun est une histoire sacrée.

Nous disons que nous sommes une famille. Mais dans une famille chacun se connaît par son nom. Est-ce que dans cette assemblée vous vous connaissez chacun par votre nom ?… Peut-être en connaissez-vous certains, mais pas tous. En fait vous connaissez par leurs noms ceux que vous avez rencontrés, avec qui vous avez parlés. Du coup, eux ont pris consistance et vie à vos yeux. Mais les autres ?…

Nous accueillons ici Brigitte, Loïc, Coralie, Sabine, Aude, Teresa, qui demandent à être baptisés, à faire partie de la famille des chrétiens. Ils sont catéchumènes.

Catéchumènes ?  Quel mot étrange.

Vous savez ce qu’est, un catéchumène ?

Catéchumène vient du grec katêkhéô, qui veut dire « faire retentir aux oreilles».

Le catéchumène, c’est celui qui se laisse instruire dans la foi chrétienne pour être baptisée. Le catéchuménat désigne cette période d’instruction et d’attente du baptême pour les adultes.

Le catéchumène prend à son compte ce que Moïse a invité le peuple à dire dans la première lecture du Deutéronome. Le catéchumène peut dire : J’étais comme un vagabond  (un vagabond de la foi peut-être ?). Il peut dire : J’ai vécu loin de Dieu. Je me trouvais en esclavage. Et puis j’ai crié vers le Seigneur. Et il a entendu notre voix, il a vu que j’étais pauvre, malheureux, opprimé. Et le Seigneur m’a fait sortir d’Égypte par la force de sa main et la vigueur de son bras. Et le Seigneur m’a conduit dans ce lieu de la foi, un pays ruisselant de lait et de miel.

Un pays ruisselant de lait et de miel.

Mais dites-moi, où est ce pays ruisselant de lait et de miel ?

Ne serait-ce pas l’Église ? En tout cas çà devrait l’être.

Quand je suis venu ici depuis le centre de Gap, combien de voitures ai-je vu mettre leur clignotant à droite pour se diriger vers le parking de Saint-Roch ? Bien peu. Combien de voitures continuer tout droit ? Beaucoup.

Et pourtant.

Des milliers et des milliers de personnes, nos voisins, se sentent en situation d’esclavage, aliénés, dépendant, ne sachant vers qui aller, où aller, à quel saint se vouer ? Si vous êtes ici ce matin, c’est bien parce que vous y trouvez quelque chose, mieux encore, quelqu’un ! Un bienfait. Un plaisir. Une satisfaction. De la nourriture pour la route. Le bonheur de communier. Le bonheur d’écouter la parole de Dieu ! La curiosité de savoir qui va présider la messe aujourd’hui ! Enfin, que sais-je ! Du moins j’espère que vous ne venez pas juste par devoir,  juste pour obéir aux prescriptions de l’Église, juste pour ne pas être en faute.

Si vous venez et que vous trouvez ici, un peuple de Dieu rassemblé pour célébrer son Seigneur, un peu de lait et de miel… Pourquoi cela ne se voit-il pas à l’extérieur ?

Pourquoi ne sommes-nous pas plus appelants ?

Pourquoi toutes les voitures ne tournent-elles pas à l’heure de la messe vers le parking de Saint-Roch ?

Sommes-nous vraiment une communauté ruisselant le lait et le miel ?

Mais alors, me direz-vous, le pays ruisselant de lait et de miel, ça n’a pas été tout de suite pour le peuple de Dieu. Ça n’a pas été sans efforts. Il a fallu quarante ans de désert pour y accéder. Quarante ans de marche !

Le Christ aussi a commencé par une vie dans le désert, où il a affronté la tentation.

Tout cela est vrai. Mais on peut attirer les autres vers la bonté et la beauté de Dieu alors même qu’on est soi-même dans l’épreuve. J’ai  parlé de saint Philippe Néri mercredi dernier. Je donnerai ce matin l’exemple de saint François de Sales. François de Sales a ramené à la foi tout le Valais par sa douceur, sa mansuétude, sa bonté. Sa douceur était si étonnante que saint Vincent de Paul pouvait dire : « Que Dieu doit être bon, puisque l’évêque de Genève, Son ministre, est si bon! » Et pourtant ! Et pourtant, qu’était François de Sales de tempérament ? Le savez-vous … Eh bien un colérique !!!

Bien des sources l’attestent. Et des études graphologiques ont mis à jour le caractère violent, impatient, irascible, agressif, emporté, sanguin du jeune François de Sales. Deux anecdotes : un jour qu’un de ses familiers s’étonnait de son silence face à des injures, François de Sales répondit : « Eh quoi! dit-il, voulez-vous que je perde en un instant le peu de douceur que j’ai pu acquérir par vingt ans d’efforts? »

Un autre jour, dans une même situation, et alors que son frère lui demandait s’il n’avait senti aucun sentiment de rébellion en lui, François répondit : « Ah ! Je sentais la colère bouillonner dans mon cerveau comme l’eau dans une casserole mise au feu. »

Oui, ce même François de Sales qui, à l’extérieur, n’était que douceur et mansuétude, était à l’intérieur, un volcan en éruption. Mais peu à peu la douceur lui est devenue comme une seconde nature, acquise de haute lutte, progressivement.

Je parle souvent de la réconciliation avec Dieu, avec son prochain, avec soi-même. Eh bien François de Sales n’a pas été violent avec lui-même pour être doux avec les autres. Il a appris aussi à s’accepter, à se réconcilier avec lui-même, à être doux déjà avec lui-même. Écoutez plutôt :

« L’un des meilleurs usages que nous saurions faire de la douceur, dit-il, c’est de nous l’appliquer à nous-mêmes. »

« Croyez-moi, quand notre cœur aura fait quelque faute, si nous le reprenons avec des remontrances douces et tranquilles, ayant plus de compassion pour lui, que de passion contre lui, […] la repentance qu’il en concevra entrera bien plus avant et le pénétrera mieux que ne ferait une repentance dépiteuse, creuse et tempétueuse. »

« Relevez donc votre cœur quand il tombera, tout doucement, vous humiliant beaucoup devant Dieu pour la connaissance de votre misère, sans nullement vous étonner de votre chute, puisque ce n’est pas chose admirable que l’infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. »

Je vous livre maintenant un petit florilège de maximes tirées d’écrits de Saint François. Peut-être qu’en les méditant et en les pratiquant, toute la communauté chrétienne deviendra-t-elle plus attirante pour notre monde qui a tant besoin de lieux de paix et d’amour partagé, de lieux où coulent le lait et le miel.

« Soyez toujours le plus doux que vous pourrez, et souvenez-vous qu’on attire plus de mouches avec une cuillerée de miel qu’avec cent barils de vinaigre. »

« Ne semez point vos désirs sur le jardin d’autrui, cultivez seulement bien le vôtre. Ne désirez point de n’être pas ce que vous êtes, mais désirez d’être fort bien ce que vous êtes. »

« Ceux qui prétendent d’avoir part avec Jésus glorifié doivent premièrement avoir part avec Jésus crucifié. »

Voilà, chers frères et sœurs, chers catéchumènes, chères communautés religieuses.

Comme la tortue dans la fable de La Fontaine, avançons lentement mais sûrement vers les fêtes de Pâques, et pour lentement que nous avancerons, nous aurons fait beaucoup de chemin.

Bonne route à tous à travers le désert vers le pays où ruissellent le lait et le miel de Dieu !

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

 

 

Service diocésain de la catéchèse et du catéchuménat

Sœur Béatrice Blazy

9 rue Capitaine de Bresson
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tél : 04 92 40 02 78
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Cet article a 3 commentaires

  1. Elisabeth

    Merci, Monseigneur, pour la possibilité offerte de pouvoir relire votre homélie dites lors de l’accueil de plusieurs catéchumènes. E.R.

  2. dietrich francine

    bonsoir! MONSEIGNEUR JE VIENS DE LIRE VOTRE HOMÉLIE
    PARFAITE DE VÉRITÉ COMME TOUJOURS!
    1 GRAND MERCI A VOUS FD

  3. mario

    Bonjour Monseigneur, et à tous,

    Ces images sont de véritables moments de grâces.
    Merci de nous les faire partager.

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