Mgr Jean-Michel di Falco Léandri répond au Dauphiné Libéré

À l’occasion de l’Assomption, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri était l’invité de la rédaction du Dauphiné Libéré. Voici l’intégralité de l’interview (une double-page, 12 colonnes) publiée par le quotidien dans son édition du dimanche 17 août 2014.

17 AOÛT 2014  |  LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ

FACE À LA RÉDACTION

HAUTES-ALPES |  À l’occasion de l’Assomption, célébrée le 15 août, l’évêque de Gap et d’Embrun, Monseigneur Jean-Michel di Falco Léandri, a répondu à nos questions

« On découvre la religion par l’amour, pas par la force »

Sa réputation d’aumônier des stars et d’évêque médiatique suscite des critiques. Jean-Michel di Falco Léandri répond : « L’erreur de beaucoup de gens, c’est de juger sur ce qui est médiatisé. » Photos Le DL/Vincent OLLIVIER

Depuis 2003, il est l’évêque du diocèse de Gap. Monseigneur di Falco Léandri a accepté de répondre aux questions du Dauphiné Libéré. De sa réputation d’homme d’Église très (trop ?) médiatique aux sujets d’actualité tels que Gaza ou l’Irak, en passant par les réformes sociétales, il fait porter sa voix.

► On dit que vous êtes l’aumônier des stars…

« Vous savez, c’est votre métier, que les médias vous collent un certain nombre d’étiquettes et qu’ensuite, vous ne pouvez plus vous en débarrasser. On m’a souvent attribué la fonction d’aumônier des artistes ce que je n’ai jamais été. En revanche, les hasards de la vie, pendant les années où j’étais à Paris, m’ont mis en relation avec un certain nombre d’artistes qui sont devenus des amis et dont je fais d’ailleurs bénéficier le diocèse et le département à certaines occasions. »

► Ce sont des relations que vous avez créées par envie personnelle ?

« Pas du tout. Lorsque je suis arrivé à Paris en 1968, pour poursuivre mes études, j’ai retrouvé l’un de mes amis d’enfance, Pierre Porte, qui était compositeur et chef d’orchestre à la télévision dans l’émission de Jacques Martin. Quand j’allais chez lui, qui je rencontrais ? Ses amis, dont certains sont devenus mes amis. Plus tard, j’ai été, pendant plusieurs années, responsable de l’office catholique du cinéma. Je n’étais pas trop dépaysé puisque, avant mon entrée au séminaire, j’ai travaillé dans une agence de distribution de films. Cette fonction m’a amené à me rendre à partir de 1983, chaque année, au festival de Cannes. C’était la mission que l’Église m’avait confiée. À Cannes, j’ai connu de nombreux acteurs, actrices, réalisateurs, producteurs avec qui je suis resté en relation. C’est ainsi que j’ai été amené par la suite à célébrer des mariages, des baptêmes, les funérailles de certains d’entre eux. C’était au titre de l’amitié et non pas parce que j’étais leur aumônier. »

► Parmi vos amis, il y a aussi des politiques ou des hommes d’affaires influents, comme Jean-Claude Gaudin, François Pinault, Bernadette Chirac. Cela vous aide-t-il dans la promotion de l’Église ou il n’y a pas de rapport ?

« Je n’aime pas trop le terme promotion à propos de l’Église. Cela n’a rien à voir. En revanche, ces amis, ces relations, peuvent être une aide, des conseils dans leur domaine de compétence. Par exemple, quand nous avons fait les projets d’aménagement du Laus, pour créer une église plus grande, c’est grâce à un certain nombre de connaissances faites lorsque j’étais à Paris que nous avons pu créer un jury, pour le choix de l’architecte, dans lequel était François Pinault, l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon. J’ai fait appel à des amis pour le diocèse, et indirectement pour notre département. »

► Ces relations ont-elles pu être mal vues ?

« Bien sûr. Lorsqu’on est un personnage public, beaucoup de gens pensent que l’essentiel de votre vie, c’est ce qui est rendu public. Or ce qui est rendu public est une infime partie de ce que l’on vit. Quand certains me reprochent d’avoir célébré les funérailles de personnes connues, je réponds : “Évidemment vous le savez, puisque les médias en parlent”. Mais quand je vais célébrer les funérailles d’une grand-mère, avec trois personnes, je ne fais pas un communiqué de presse. L’erreur que commettent beaucoup de gens, c’est de juger sur ce qui est médiatisé, mais que savent-ils de ce que je vis au quotidien auprès de nombreux anonymes ? Ce n’est pas parce que l’on fréquente des gens riches et connus que pour autant, on méprise les gens pauvres, souvent même cela permet de venir en aide aux plus pauvres. Les membres de mon secrétariat peuvent en être témoins. Mais le public a vite fait des raccourcis. »

► Et ces reproches vous sont adressés aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Église ?

« Bien sûr. À l’intérieur de l’Église, c’est plus feutré. On ne vient pas me le dire en face mais on le dit quand même. »

► On vous présente malgré tout comme un évêque médiatique…

« Oui et alors ? Tout dépend de ce qu’on veut dire quand on parle d’un évêque médiatique : est-ce que c’est péjoratif, est-ce un péché ? Ou est-ce un constat ? Quand on a été, comme c’est mon cas pendant 10 ans, porte-parole des évêques de France, sur des plateaux de télé, dans des conférences de presse, dans des stations de radio, rien d’étonnant alors qu’on dise de moi que je suis médiatique. »

En 2016, l’évêque sera touché par la limite d’âge. Après ? « Je verrai où je peux me rendre utile. »
Propos recueillis par Paul BLONDÉ,
Aliosha DENAPE,
Corafie DREYER
et Jean-Xavier PlERI

Jean-Michel di Falco-Léandri, “papa” des Prêtres et soutien de Jérôme Kerviel

► Le lancement du groupe Les Prêtres, les campagnes de pub, ce sont des initiatives originales qui dépassent le rôle de porte-parole ?

« Oui, bien sûr. La création du groupe des Prêtres, ce n’est pas moi qui en ai eu l’idée, on me l’a proposée et j’ai accepté de tenter cette aventure. Ça s’est révélé une bonne idée. La preuve, aujourd’hui, le groupe bat tous les records de ventes d’albums. D’autre part, quand je vois ce que m’écrivent, dans les milliers de lettres reçues, les gens qui aiment ce que font Les Prêtres, c’est d’un grand réconfort pour nous que de savoir que nous rendons des gens heureux. Ce que ça a rapporté financièrement nous a permis de répondre à de nombreuses demandes et notamment à Madagascar. Alors pourquoi des regrets ? »

► Il y a donc des gens que l’Église arrive à toucher de cette façon ?

« Oui, des personnes qui ne fréquentent pas l’Église, ont un regard sympathique sur ce que font Les Prêtres, et certains se posent à cette occasion des questions sur leur vie, sur leur foi, sur Dieu. Parfois, des gens ont tourné le dos à l’Église en raison de choses qui les ont blessés. Le fait de leur tendre la main par ce biais-là leur permet de tourner la page et d’avoir un autre regard sur le prêtre et l’Église. Je dis souvent : “On cherchait de l’argent et on a trouvé des cœurs.” On ne peut qu’en être heureux. »

► Vous pensez qu’aujourd’hui, c’est presque le meilleur moyen d’attirer des gens vers l’Église ?

« Je n’aime pas trop l’expression “attirer” parce que je n’aime pas tout ce qui ressemblerait à du prosélytisme. Ce qui peut attirer vers une religion, vers Dieu, c’est l’Amour pas le marketing. Si par la musique, on ouvre des chemins, des passerelles pour aller à la rencontre du Christ, c’est tant mieux. »

► Et à quoi ont servi les recettes ?

« Nous sommes allés à Madagascar, pour inaugurer des locaux, notamment des établissements scolaires. Nous avons remis un chèque au père Pedro lors de sa venue à Notre-Dame du Laus, pour son association à Antananarivo, qui fait un travail admirable. On a contribué au financement d’un local à Paris pour accueillir les malades du Sida, pour un accueil de jour. Nous avons aidé le père Guy Gilbert, qui accueille des jeunes en difficulté à Faucon [dans les Alpes-de-Haute-Provence, NDLR], On a pu restaurer certains lieux du sanctuaire de Notre-Dame du Laus. Tout ça, nous l’avons fait grâce à ceux qui ont acheté des albums. »

► Vous savez quelle somme cela représente ?

« Cela se situe autour d’un million d’euros, pour les deux premiers albums. Le premier est celui qui s’est vendu le plus. Si avec le troisième on atteint le même nombre que pour le second, on pourra encore réaliser bien des choses. Certains pensent que cet argent entre dans le budget du diocèse, c’est une erreur, il s’agit d’une association indépendante. »

► Vous avez aussi soutenu Jérôme Kerviel, lorsqu’il a fait sa marche. Quel message vouliez-vous envoyer ?

« Je l’ai rencontré, vraiment par hasard, quand j’étais à Rome. Ce que je savais de l’affaire, c’est ce que j’avais lu dans les journaux, ce que j’avais entendu à la télé et à la radio. Quand j’ai rencontré cet homme en plein désarroi, qui parlait de suicide, j’ai pensé que mon rôle était d’être à ses côtés. Non pas de me prononcer sur l’affaire, je ne suis pas compétent et je ne suis pas un juge. Mais lorsque quelqu’un me tend la main et me demande de l’aide, je ne peux refuser quel que soit ce qu’on lui reproche, à juste titre ou pas. »

► Vous avez eu des nouvelles ?

« Oui, j’en ai. Malheureusement, elles sont tristes, puisque sa demande d’aménagement de peine pour le moment n’a pas abouti. Il est toujours en prison. »

► Vous irez le voir ?

« J’ai fait la demande de visite, j’ai obtenu l’autorisation. C’est à Paris, donc dès que je pourrai, j’irai. »

Un évêque bientôt à la retraite qui laisse le “champ libre”

► Dans deux ans, vous serez touché par la limite d’âge… Vous auriez aimé continuer ?

« Continuer ? Cela ne dépend pas de moi mais du pape. C’est la règle, à 75 ans, les évêques donnent leur démission au pape. Après, si on est en forme, on peut toujours rendre des services mais plus en responsabilité directe. C’est le cas de Mgr André Fort, ancien évêque d’Orléans, qui fait partie de l’équipe des prêtres de Notre-Dame du Laus, et l’été de Mgr Albert-Marie de Monléon, ancien évêque de Meaux. »

► D’ici là, quels projets comptez-vous mener à bien ?

« Le gros projet, c’est la construction de la nouvelle église du Laus. Si j’arrive à le mener à terme, j’en serai heureux pour le diocèse, pour le département et pour celles et ceux qui fréquentent le sanctuaire. Vu le développement important que connaît le sanctuaire, c’est indispensable. Chaque année, nous sommes obligés de louer un chapiteau pour accueillir les nombreux pèlerins. »

► Vous pensez que cette église sera sortie de terre quand vous partirez ?

« Non, car même si les travaux commencent d’ici quelques mois, il faut compter plus de deux ans pour les achever. Je laisserai le plaisir à mon successeur d’inaugurer la nouvelle église. »

► Vous avez déjà une idée de qui pourrait être votre successeur ?

« Non, aucune. »

► Une fois à la retraite, vous savez ce que vous ferez ?

« Tout dépendra de ma santé. À 75 ans, on n’est plus un gamin. Si je suis en forme, comme je ne suis pas d’un caractère à rester assis dans un fauteuil à regarder la télé, je verrai où je peux être utile ou rendre service. »

► Toujours pour l’Église ?

« Pas forcément. Là ou ailleurs, là où on aura besoin de moi. »

► À Gap ?

« Ah non, il faut laisser le champ libre au successeur. Ma ville natale, c’est Marseille ; l’essentiel de ma vie a été Paris. Donc je ne sais pas si j’irai à Marseille, à Paris. Je ne m’en préoccupe pas trop pour le moment. On verra. »

Mariage homosexuel, PMA, GPA, célibat des prêtres : comment avancer ?

Célibat des prêtres, féminisation de l’Église : d’après l’évêque, il y a de la place pour des réformes. Mais il préconise d’y aller par étape : « L’essentiel, c’est d’avancer. »

► Le pape François a été élu il y a un an et demi. Pour le moment, quel regard portez-vous sur son pontificat ?

« Ce qui est certain, c’est que ce pape rassemble un capital de sympathie énorme, de la part à la fois des chrétiens mais aussi au-delà des limites de l’Église. On reconnaît en cet homme quelqu’un d’ouvert, d’accueillant, qui écoute. Il surprend, il est là où on ne l’attend pas. En ce qui concerne l’Église, on est en attente d’un certain nombre de réformes qu’il a plus ou moins évoquées au cours de ces mois passés. Il faut lui laisser le temps de prendre les décisions. »

► À quelles réformes pensez-vous plus particulièrement ?

« Déjà, il a mis en place un groupe de cardinaux qui est chargé de réfléchir et de faire des propositions sur le mode de gouvernement de l’Église, de la curie romaine. La banque, il l’a réformée, un Français est à sa tête. Il va y avoir le synode sur la famille au mois d’octobre. »

► Des ouvertures sont attendues par une partie de la communauté chrétienne. On pense notamment au mariage homosexuel…

« L’homosexualité est un fait, ce n’est pas un choix. Le choix est dans la manière de vivre cet état de fait et particulièrement lorsqu’on est chrétien. Ce n’est pas parce qu’on est homosexuel qu’on n’a pas le droit d’aimer et d’être aimé. En revanche, je crois que l’erreur de ceux qui ont réclamé le mariage, c’est d’avoir voulu employer le terme “mariage”. Le mariage, c’est l’union d’un homme et d’une femme. Pour les autres situations, pourquoi pas un contrat d’union civile qui donne les mêmes droits qu’à un couple hétérosexuel. C’est déjà le cas du Pacs. Quant aux manifestations, plutôt bon enfant au début, elles ont été récupérées par la suite. Je pense aussi que les enfants n’avaient pas à être dans ces manifestations. Ce n’était pas leur place. Parmi ces enfants, de 7,8,10 ans, quand ils auront 18 ou 19 ans, l’un ou l’autre se découvrira peut-être homosexuel. Vers qui vont-ils se tourner pour parler de ce qu’ils découvrent en eux et de ce qu’ils vivent quand ils se souviendront que leurs parents les ont emmenés dans des manifestations dans lesquelles se sont exprimés des gens de manière agressive et violente à l’égard des homosexuels ? »

► Et sur la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) ?

« Là, en revanche, je serai beaucoup plus radical. On parle du droit à l’enfant mais pas du droit de l’enfant. Son droit, dans la mesure du possible, c’est d’avoir une maman et un papa. Ça ne veut pas dire que deux papas ou deux mamans ne s’occuperont pas bien d’un enfant, ce n’est pas la question. Pour ce qui est de la GPA, souvenez-vous de tout ce que notre pays a fait pour les enfants orphelins de père après les guerres. Et aujourd’hui, on voudrait faire naître des enfants orphelins de père ? Ils ne seront pas toujours des enfants, que leur dira-t-on plus tard ? »

► Et la contraception ?

« Vous voulez parler du préservatif ? Pendant les années où j’étais porte-parole, on était en plein dans les années Sida. Partout où on m’a interrogé, j’ai dit “si vous avez un comportement à risques, vous ne devez être ni criminel ni suicidaire : utilisez le préservatif”. Le cardinal Lustiger l’avait dit aussi. Mais cela n’a jamais été entendu. »

► Mais il n’y a jamais eu de prise de position publique du pape…

« Jean-Paul II n’en a jamais parlé parce que ce n’est pas le rôle du pape de le faire. Le pape indique l’idéal ; à nous ensuite sur le terrain d’être aux côtés de ceux qui ne peuvent vivre cet idéal pour les aider à vivre leur foi dans la situation qui est la leur. »

► Un autre cas qui se présente, ce sont les divorcés qui souhaiteraient se remarier au sein de l’Église…

« J’espère que le prochain synode sur la famille ouvrira un certain nombre de possibilités, de perspectives. Prenons un exemple : deux jeunes se marient, ils vivent ensemble quatre-cinq ans. Pour des raisons diverses, ils se séparent, ils divorcent. Par la suite, ils se remarient et ils restent fidèles pendant 20 ans, 30 ans, 40 ans. On ne peut ignorer cela et leur faire porter l’échec de leur premier mariage tout le reste de leur vie. Je souhaite que l’Église permette à ces personnes d’accéder aux sacrements, notamment l’eucharistie. C’est d’ailleurs un débat ouvert entre cardinaux. Beaucoup d’hommes et de femmes qui ont la foi sont en souffrance. »

► En interne, l’Église doit-elle aussi évoluer sur la question du mariage des prêtres et de la féminisation ?

« Lorsque je vois dans ce diocèse les difficultés auxquelles nous sommes confrontée à cause du manque prêtres, quand je reçois des courriers de communautés qui réclament un prêtre alors que je ne peux répondre à leur attente, quand je vois la fatigue des prêtres qui se donnent sans compter, je souhaiterais que l’Église étudie la possibilité d’ordonner prêtres des hommes mariés qui pourraient, comme les diacres, continuer à exercer leur activité professionnelle. Qu’est-ce qui est important, permettre aux communautés chrétiennes d’avoir un prêtre proche et surtout l’eucharistie, ou de se crisper sur la question du célibat ? Sans pour autant, bien sûr remettre en cause le célibat. »

► Et pour les femmes ?

« Là encore, l’Église avance lentement, mais pourquoi pas des femmes diacres ? »

► Un autre problème que l’Église doit régler, ce sont les cas de pédophilie. Est-elle au bout de ce processus ?

« Que ce soit du côté des évêques de France ou du Saint-Siège, des dispositions très claires ont été prises pour savoir comment agir et laisser la justice jouer son rôle. »

Des Hautes-Alpes au Moyen-Orient

► Il y a des changements ces derniers temps au sein du diocèse. Comment cela s’explique-t-il ?

« Un prêtre, lorsqu’il est curé, est nommé pour six ans. Au terme des six ans, soit il peut être prolongé là où il est, soit on peut lui demander de prendre une autre responsabilité. C’est une pratique qui n’est pas propre à notre diocèse. »

► Quel état des lieux peut-on dresser de la communauté catholique des Hautes-Alpes ?

« La situation à laquelle nous sommes confrontés est directement liée au fait qu’il y a de moins en moins de prêtres. De fait, les gens ne se déplacent pas de la même manière lorsqu’ils ont la messe dans leur village et quand ils doivent aller dans une autre commune. Mais le réconfort nous vient des nombreux laïcs qui s’engagent aux services de l’Église et de leurs frères. »

► Vous sentez un renouvellement de la population qui vient aux offices ?

« Pour les très grandes fêtes, Noël, Pâques, il y a une très forte participa­tion. En revanche, le reste du temps, on ne peut pas dire qu’il y ait vraiment un renouveau. L’une des difficultés d’un diocèse comme le nôtre, c’est que les jeunes s’en vont pour poursuivre leurs études. »

► Sur les lieux, notamment Notre-Dame du Laus, vous avez un projet plus précis ?

« C’est un des lieux où la fréquentation augmente. Cela, depuis la reconnaissance officielle des apparitions, également l’album des Prêtres, mais aussi grâce au travail de toute l’équipe animatrice. Pour le 15 août par exemple, il y avait 2 000 personnes dont de très nombreux jeunes. »

► Est-ce que Notre-Dame du Laus se situe au même niveau que certains autres lieux de pèlerinage ?

« Nous sommes, par rapport à d’autres lieux de pèlerinage, modestes. On ne peut se comparer à Lourdes mais on peut dire que la fréquentation du sanctuaire augmente alors que d’autres sanctuaires voient leur fréquentation diminuer. »

► Lors de la fête du 15-Août, avez-vous mis en avant un thème particulier ?

« Vous ne serez pas étonnés si je dis qu’on ne peut s’empêcher de penser aux chrétiens mais aussi aux autres minorités qui sont actuellement dans une situation inhumaine à cause des djihadistes. »

► Quelle devrait être la réaction face à cette situation ?

« Les États ont mis du temps à se réveiller. Est-ce que l’on peut se contenter de regarder ce qu’il se passe ? Comme le Saint-Siège vient de le dire, il y a des cas où il faut utiliser la force pour défendre un peuple que l’on massacre. Face à la violence, il faut défendre les petits et les plus fragiles par des moyens forts. »

► Manque-t-il de la solidarité entre les pays chrétiens ?

« En tout cas, ils ont attendu un peu longtemps pour se manifester. En revanche, ce qu’ont décidé de faire les USA [des frappes ciblées, NDLR], est l’une des solutions. De quelle ignorance fait-on preuve lorsque l’on croit que l’on peut imposer la foi par la force et la violence ? Une religion, on la fait découvrir par l’amour, pas par la force. »

► À Gaza, comment jugez-vous l’intervention israélienne ?

« C’est un véritable désastre. On est désemparé. La souffrance, elle est à la fois du côté du peuple juif et du côté du peuple palestinien. Cela dure depuis tant d’années et on ne voit pas quelle pourrait être l’issue. »

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Sous le vernis brillant de l’évêque médiatique

Depuis 2003, Monseigneur Jean-Michel di Falco Léandri est le visage de l’Église catholique pour les Haut-Alpins. Un visage proche, un homme de terrain mais qui, à son arrivée à la tête du diocèse, n’était pas totalement inconnu des fidèles.

Sa réputation l’a sans doute précédé. Et alors qu’il était porte-parole de l’Église et de la Conférence des évêques de France de 1987 à 1997, son portrait s’affichait dans les magazines et la presse, sa voix passait dans le poste, de radio et de télé. Souvent pour parler de foi mais parfois également quand il était en compagnie de ses amis, pas très loin de la sphère du show-business et du cercle des puissants. Didier Barbelivien, Thierry Le Luron, Guy Lux ou le fou chantant Charles Trenet font ou ont fait partie de ses amis du “spectacle”. Dans son cercle, on trouve aussi le milliardaire François Pinault, Bernadette Chirac, et bien d’autres.

Des amitiés et une réputation qui servent de carte de visite mais qui lui valent aussi des critiques. Monseigneur di Falco Léandri balaie depuis toujours les critiques (lire ci-contre). Il plaide la bonne foi, refuse de renier ses amitiés, assure les mettre au service des autres et de l’Église. S’assurant certains soutiens au passage, comme celui du père Ludovic Frère, qu’il a nommé recteur de Notre-Dame du Laus et vicaire général du diocèse : « L’Église n’est pas une. Il y a des moines au fond des monastères, d’autres qui savent plus communiquer. Il faut un peu des deux », glisse-t-il. Et les années passant, l’évêque semble presque imperméable à ce qu’il peut susciter. « L’important, c’est qu’on parle de vous, en bien ou en mal, sinon on a raté son coup », dit-il, évoquant ses campagnes de pub choc pour le diocèse de Gap. La maxime pourrait tout aussi bien s’appliquer à lui.

Et sous le vernis brillant de l’homme d’Église médiatique, il y a toujours davantage à gratter. Ancien directeur d’écoles catholiques à Paris, un temps “chef” du séminaire français de Rome, Monseigneur di Falco Léandri pourrait endosser le rôle de mentor. « Il aime aider au discernement des jeunes, les aider à grandir », poursuit le père Ludovic Frère. Qui ajoute : « Mais il ne s’occupe pas que des jeunes, comme il ne s’occupe pas que des catholiques. C’est tout sauf quelqu’un de sectaire. »

Un homme d’Église qui « ose parler de tout, et franchement »

Le père Charles Troesch, l’un des “Prêtres chanteurs”, curé de la paroisse de La Bâtie-Neuve, souligne aussi « son ouverture d’esprit ». « Il n’est pas extrême, on le retrouve sur beaucoup de sujets. Il ose parler de tout et franchement. » On ajouterait avec tout le monde, comme lorsque lors de notre interview, il assume pleinement un livre écrit, entre autres, avec Tariq Ramadan. « Même si on ne s’est jamais rencontré », précise-t-il. « Je pense de toute façon que, si demain, il m’appelait pour me dire qu’il voulait me parler, je lui répondrais que je voudrais bien. Tout ce qui peut favoriser le dialogue, on doit le faire. Je ne refuserai jamais de rencontrer quelqu’un, quelle que soit sa position », soutient-il.

Dans le style, ses collaborateurs le voient proche du pape François : « Comme lui, il sait trouver les mots qui vont réveiller, provoquer la réflexion. Et il est très moderne, notamment sur les questions de société, sur lesquelles l’Église est très caricaturée. Lui à un message positif », juge le père Ludovic Frère. Un héritage que l’évêque lui-même ne renierait pas : « Même si Jean-Paul II est le pape que j’ai le mieux connu, c’est vrai que je suis touché par François qui a une simplicité et un mode de relation que n’avaient pas les papes précédents. »

Coralie DREYER

Cet article a 3 commentaires

  1. Je note avec beaucoup de satisfaction la proposition de Mgr Di Falco d’ouvrir le diaconat aux femmes dans l’Eglise catholique.
    Anne Soupa Présidente du Comité de la jupe

  2. On ne peut que se réjouir quand un évêque ose dire clairement ce qui correspond à la réalité vécue par de nombreux catholiques.On ne peut que se réjouir quand un évêque réussit à concilier dans un même discours principe de responsabilité et principe de réalité., souci de l’institution et annonce de l’Evangile
    Oui les communautés chrétiennes ont besoin de se rassembler , de partager la Parole ,de vivre la fraternité et de faire mémoire de la dernière cène.Cela est prioritaire par rapport à un attachement trop exclusif, sans discernement à une forme d’église historiquement marquée qui réserve l”exercice du sacerdoce aux seuls hommes à fortiori célibataires.

    Oui aussi l’Evangile s’adresse à tous , est parole de vie pour tous et constitue une bonne nouvelle pour les homosexuels comme pour les couples qui ont connu l’échec d’une première union. L’Eglise doit témoigner de cela , c’est même sa seule raison d’être.

    La foi au Dieu de jésus Christ n’est pas d’abord une morale, l’Eglise n’est pas d’abord un système juridique , un corpus de règles et de normes qu’il ne faut pas enfreindre sous peine de sanctions. L’Eglise c’est le peuple de Dieu qui témoigne de l’Evangile.

    Quand un évêque ose nous redire qu’avant d’être un système , une institution (certes nécessaire)l’Eglise témoigne avant toute chose de l’Evangile et de sa dynamique de libération, d’espérance et de vie pour toute personne quelque soit sa situation,, alors la tentation de quitter l’Eglise sur la pointe des pieds , tant son repli identitaire , trop souvent constaté ,relève du déni de réalité , devient plus facile à surmonter.

    1. “repli identitaire” “déni de réalité”… que voilà des expressions que l’on aurait pu lancer à Celui qui a dit “Mon Royaume n’est pas de ce monde ” et “ceci est mon corps “….et non seulement un simple repas convivial en mémoire de moi….
      La Vérité est tranchante comme un glaive au coeur de nos égos.
      Jésus n’a jamais cherché à plaire pour être fraternel, consensuel, dans le vent quoi ….!
      Il fuyait la foule dès qu’elle voulait le faire roi…sauf le jour des Rameaux… où il signait ainsi son arrêt de mort….
      “Il y a beaucoup d’appelés….mais peu d’élus ”
      La conversion du coeur est pour chacun de nous un chemin escarpé, très peu raisonnable aux yeux du monde, sur lequel nous trébuchons tous dans des éboulis qui peuvent très bien nous engloutir jusqu’au dernier pas ..lequel nous met face à La Lumière….dont la Miséricorde est Parfaite Justice…. Prions…en Vérité…et tremblons…Jésus a pleuré sur Jérusalem …

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