Dimanche 7 janvier 2018, Mgr Xavier Malle a célébré l’Épiphanie en la cathédrale d’Embrun. Selon une tradition bien établie remontant au Moyen Âge, cette solennité revêt pour la ville d’Embrun un caractère très festif, car la cathédrale est consacrée à Notre-Dame-du-Réal (Notre-Dame-des-Rois) et a été la destination pendant plusieurs siècles d’un très fervent et renommé pèlerinage dédié à la Vierge du Réal.

Mgr André Léonard, archevêque émérite de Malines-Bruxelles, concélébrait l’eucharistie avec Mgr Xavier Malle, ainsi que les pères André Bernardi, André Foy et Éric Juretig. Des personnalités civiles étaient aussi présentes, parmi lesquelles Chantal Eyméoud, maire d’Embrun.

Ci-dessous l’homélie de Mgr Xavier Malle avec des photos de la célébration et de la galette qui s’en est suivie.

Homélie

Parmi tous les personnages bibliques, les mages tiennent une place de choix dans notre imaginaire, tout comme a contrario le roi Hérode. Regardons d’abord les mages, puis le roi Hérode, et enfin constatons que la rencontre de l’enfant Dieu ne laisse personne indifférent.

Peut-être pour les opposer, on a appelé les mages les rois mages. Si nous n’avons aucune certitude qu’ils étaient des rois, en tout cas leur attitude pourrait être qualifiée de royale ! Si j’étais pape, je les nommerais saints patrons de plein de monde. D’abord ce sont des chercheurs. Des mages, sans doute des savants. Ils cherchent les signes dans le ciel – « Nous avons vu son étoile à l’orient » –, et ils veulent remonter à l’origine du signe : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Vous connaissez le proverbe, « quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt. » Les mages ont regardé l’étoile. Ils ne se sont pas arrêtés au doigt qui la montrait, mais sont remontés encore plus loin, au Créateur. Voilà les vrais sages. Louis Pasteur disait : « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. »
Il me semble que l’on pourrait nommer les mages comme saints patrons des scientifiques. Ils viennent de l’Orient, les actuels Irak et Syrie, et nous avons des sources anciennes montrant que les peuples chaldéens avaient une science astronomique très développée. Nous pouvons en profiter pour porter dans notre prière les chrétiens d’Orient venus de ces pays.

Et la suite est aussi magnifique, quand ils sont remontés à la source de l’étoile : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
Ils pourraient aussi être les saints patrons des adorateurs. L’adorateur est celui qui amène à Dieu tous ses trésors. La première lecture, la prophétie d’Isaïe, a été relue comme une annonce des mages. « Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. » Et c’est ce qui se passa : « Ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. »

On vient de passer Noël ; dans les familles, c’est l’échange des cadeaux. Mais quelle idée d’apporter de l’or, de l’encens et de la myrrhe à un nourrisson. Que peut-il en faire ? Cela me rappelle ma chère marraine, qui tombait toujours à côté pour mes cadeaux. Elle m’offrait par exemple des napperons, alors maman était obligée de changer les cadeaux pour que je ne sois pas trop peiné et jaloux de ma sœur que sa marraine gâtait.

Il y a beaucoup d’interprétation possible de ces cadeaux des mages. Je vous en donne deux.

1/ l’interprétation du pape copte orthodoxe égyptien Tawadros II, le 3 janvier 2017, en recevant la délégation de l’Église copte catholique venue présenter ses vœux de paix : « Les cadeaux des Rois mages sont à l’image de notre vie. Elle est faite d’or, d’encens et de myrrhe. L’or, ce sont les jours de réussites, de santé, de joie, de bonheur…, l’encens, ce sont les jours d’efforts, de fatigue (cela passe par le feu), et la myrrhe ce sont les jours de souffrance, de maladie et d’épreuves. » Fin de citation. On porte tout à Jésus dans l’adoration.

2/ J’aime aussi beaucoup l’interprétation de saint Grégoire le Grand, dans son homélie X sur l’Épiphanie, pour qui les mages par leurs cadeaux faisaient une véritable profession de foi : « Les mages proclament, par leurs présents symboliques, qui est celui qu’ils adorent. Voici l’or : c’est un roi ; voici l’encens : c’est un Dieu ; voici la myrrhe ; c’est un mortel. » Il y a des tas d’explications symboliques de ces trois cadeaux, mais celle-ci me semble la plus belle. Voici l’or, c’est un roi = l’or dont était faite la couronne des rois est le métal le plus précieux, inaltérable. Voici l’encens, c’est un Dieu = l’encens est ce que l’on fait brûler devant Dieu, dans toutes les religions, bien expliqués par le Psaume 140, 2 : « Que ma prière devant toi s’élève comme un encens. » Voici la myrrhe, c’est un mortel, c’est-à-dire un homme = la myrrhe était un baume précieux produit à partir d’une résine rouge importée d’Arabie, utilisé pour les noces et des ensevelissements.

Jésus, vrai Dieu et vrai homme, roi de l’univers, disent les mages avec leurs présents.

Ces mages peuvent aussi être les saints patrons des évangélisés ! Les mages sont finalement les premiers païens qui viennent adorer le Fils de Dieu. Ils représentent tous les peuples appelés à la foi chrétienne. « Sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière » prophétisait Isaïe.

Enfin les mages sont les saint patrons des dociles à l’Esprit Saint : « Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin ».

A contrario, tant qu’à faire, nous pouvons nommer le roi Hérode saint patron aussi de plein de monde, ou plutôt le diable patron :

C’est le diable patron des peureux : « En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé. » Une meilleure traduction aurait été : le roi Hérode eut peur de se faire piquer sa couronne par un autre roi.

Il est aussi le diable patron des menteurs. « Quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer, pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Menteur : il voulait le faire mourir. En fait il est le diable patron des dictateurs sanguinaires qui tuent leurs rivaux.

Ces deux figures des mages et du roi Hérode nous font comprendre que rencontrer l’enfant Dieu ne laisse personne indifférent. « L’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. » Dieu prend toujours l’initiative de venir à notre rencontre. Mais ensuite, les réactions sont différentes : avons-nous peur de la place que Jésus veut prendre ? C’est l’intuition du pape Benoît XVI complétant la fameuse phrase du pape Jean-Paul II : « N’ayez pas peur, il n’enlève rien, il prend tout. » J’ai rencontré des jeunes, qui avaient peur de se demander si Dieu les appelait au sacerdoce ou à la vie religieuse. Des fois que Jésus veuillent les prendre en entier, cela peut être dangereux de se poser la question. Les moniales sont les indices que donner toute sa vie à Dieu peut rendre heureux, que Dieu donne tout, même si cela demande des efforts. « Debout, Jérusalem, resplendis ! » interpelle Isaïe. Il faut prendre la route, se mettre en route, comme les mages. Alors si l’Étoile vous appelle, regardez-la, remontez à son Créateur, et suivez-la pour lui offrir vos vies en encens parfumé. « Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera », vous dit Isaïe.

Amen.

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)

2018 Epiphanie Embrun

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