Mgr Xavier Malle aux Rameaux en la cathédrale de Gap

Homélie de Mgr Xavier Malle

« Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! »

« ‘‘Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ?’’, de nouveau ils crièrent : ‘‘Crucifie-le !’’ Pilate leur disait : ‘‘Qu’a-t-il donc fait de mal ?’’ Mais ils crièrent encore plus fort : ‘‘Crucifie-le !’’ »

Quelques jours séparent ces deux attitudes de la foule. Il est impressionnant de voir comment une foule est retournable, peut changer d’avis. C’est qu’elle a eu peur.

Chers jeunes, le pape dans sa lettre aux jeunes pour ce dimanche des Rameaux, vous invite face à vos peurs, à discerner. C’est un mot que le pape aime beaucoup, car c’est le charisme propre des jésuites, grâce aux retraites de st Ignace, des retraites de discernement. Ce mot est cité par saint Paul dans sa première lettre aux Thessaloniciens : « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le. » [5, 19-21]

Le pape vous conseille d’abord de nommer vos peurs, puis ensuite de faire un acte de foi. Je le cite : « Pour nous chrétiens, en particulier, la peur ne doit jamais avoir le dernier mot, mais être l’occasion pour accomplir un acte de foi en Dieu… et également dans la vie ! Cela signifie croire au caractère fondamentalement bon de l’existence que Dieu nous a donnée, croire qu’il conduit à bon port y compris dans à travers des circonstances et des vicissitudes qui sont souvent mystérieuses pour nous. » Il remarque que « dans les Saintes Écritures, nous trouvons 365 fois l’expression ‘‘sois sans crainte’’, avec toutes ses variantes. Comme pour signifier que chaque jour de l’année le Seigneur nous veut libres de la peur. »

En parlant de peur, il me vient alors à l’esprit le témoignage de courage que nous a donné vendredi le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame. Quand j’ai entendu son sacrifice, j’ai de suite pensé à saint Maximilien Kolbe qui a donné sa vie en échange d’un prisonnier dans un camp de concentration nazi. Comme écrivait un ami : « Cette fois-ci on n’a pas eu le droit au ‘‘Nous sommes Charlie’’, car qui pourrait en vérité dire ‘‘nous sommes Arnaud Beltrame’’ ? » Ou a-t-il puisé son courage ? Dans son amour pour son pays, a témoigné sa maman. Dans son amour du prochain, a ajouté le prêtre qui le préparait au mariage après qu’il eut retrouvé la foi. Nous aurons ce dimanche des Rameaux une prière fervente pour sa maman, sa famille et en particulier pour sa fiancée, et pour tous ses frères d’arme de la gendarmerie.

Voilà un homme qui n’a pas eu peur. Qui a mis sa vie au bout de ses convictions. Je n’hésite pas à dire que son geste a été un geste christique. Il nous redonne confiance en l’homme. Nous nous souviendrons du nom de ce gendarme, pas du nom de son assassin.

Ce dimanche des Rameaux, nous entrons dans la Grande Sainte Semaine. Nous allons suivre le Christ dans le don de lui-même, du jardin de Gethsémani, à la passion, mais aussi jusqu’à sa Résurrection.

Jésus n’a pas eu peur. Même à Gethsémani, il n’a pas eu peur (l’angoisse est plus profonde que la peur). Même sur la Croix quand il s’est senti abandonné de son Père. Son cri de désespoir – et il est descendu jusque-là, pour connaître le pire de la condition humaine – est un acte de foi incroyablement fort : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Demandons à Jésus comme grâce de cette Semaine Sainte, d’être plus forts dans la foi, pour surmonter nos peurs.

Demandons-le aussi à Marie. Vous savez qu’en principe le 25 mars, nous fêtons l’Annonciation de Marie. Cette année, comme cela tombe le dimanche des Rameaux, c’est reporté au lundi 9 avril. Vous connaissez la réponse de Marie à l’ange Gabriel qui lui demande si elle veut bien être la mère du Sauveur : « Qu’il me soit fait selon ta parole. » C’est le oui de Marie. Ce oui, elle l’a aussi prononcé au pied de la Croix, en étant présente.

Contre nos peurs, regardons cette semaine Jésus mourir pour chacun de nous et regardons Marie au pied de la Croix.

« Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » Amen.

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)

Fermer le menu