Mgr Xavier Malle s’exprime sur la crise migratoire au pèlerinage du partage au Laus

Ce week-end des 16 et 17 septembre avait lieu l’édition 2017 du pèlerinage du partage au sanctuaire Notre-Dame-du-Laus. Ci-dessous l’homélie de Mgr Xavier Malle.

Le pèlerinage du partage 2017 au sanctuaire Notre-Dame-du-Laus © Michel Mondet

Homélie

« Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : Rembourse ta dette ! » Il existe une commission départementale de surendettement. Elle fait du bon travail pour aider les victimes des prêts à la consommation trop faciles. Mais permettez-moi de monter la question au niveau de Dieu, puisque tel était le but de la parabole que nous venons d’entendre : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » Frères et sœurs, nous sommes tous des surendettés de Dieu ! Nous avons une dette immense envers lui : son amour exceptionnel alors que nous l’avons souvent renié. La seule manière de payer notre dette est à notre tour de donner cet amour, et de le donner concrètement. Le thème choisi par le Conseil diocésain de la solidarité pour ce pèlerinage 2017 du partage nous offre un moyen privilégié, la rencontre.

Vous savez sans doute que le pape à la fin de l’année de la Miséricorde nous a fait la proposition d’une journée mondiale des pauvres, comme il y a une journée mondiale des malades, une journée mondiale des jeunes, etc. Notre diocèse ayant en quelque sorte anticipé cette journée par la proposition de ce pèlerinage du partage va pouvoir se mettre facilement dans cette initiative mondiale. Après 2016 où la journée fut vécue au niveau international à Rome, en 2017 au niveau diocésain, ce sera en 2018 au niveau paroissial. Pour la journée 2017 qui se tiendra le 17 novembre prochain, le pape a écrit une magnifique lettre d’encouragement. Le pape y donne en particulier l’exemple de son saint patron, François d’Assise : il « ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : “Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps” ». Et le pape commente ainsi : « Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. […] Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’eucharistie. […] Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. […] (C’est bien ce que fait Marie pour nous ici au Laus, dans cette chapelle Notre-Dame de Bon Rencontre) Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’: ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.»

À la fin de sa lettre, le pape s’adresse aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres –, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain : « Les pauvres ne sont pas un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile. » C’est la phrase finale de la lettre.

Je voudrais maintenant vous partager deux choses importantes pour notre diocèse de Gap :

– Première chose importante : la crise migratoire, qui touche notre département. J’ai créé au mois d’août une commission diocésaine pour les migrants, visant à réfléchir et à coordonner l’action des chrétiens. Beaucoup de paroissiens se dévouent auprès d’eux. Frères et sœurs, nous ne pouvons fermer nos cœurs aux migrants. Ne soyons pas troublés par certains journalistes qui essaient de nous faire croire que le pape change d’avis perpétuellement sur ce sujet, ou troublés par des prophètes de malheur qui nous annoncent l’islamisation de notre pays, ou qui veulent nous faire croire que parce que nous nous occupons des migrants nous ne nous occupons pas des autres pauvretés.

Quand le pape nous a demandé d’ouvrir nos paroisses aux migrants, il nous a simplement demandé d’être chrétiens. Chers frères et sœurs, si l’aide aux migrants vous pose problème, je vous demande de relire seul, dans le silence de votre cœur, l’évangile selon saint Matthieu au chapitre 25 : « J’avais faim, dit Jésus, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli. Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” »

Dans l’avion qui le ramenait de la Colombie le pape François a dit ceci : « Le problème des migrants est, avant tout, un cœur ouvert, toujours. C’est également un commandement de Dieu, de les accueillir, “parce que tu as été esclave, migrant en Égypte” (cf. Lévitique 19, 33-34) : c’est ce que dit la Bible. Mais un gouvernement doit gérer ce problème avec la vertu propre au gouvernant, c’est-à-dire la prudence. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout d’abord : combien ai-je de places ? Deuxièmement : pas seulement les recevoir, mais également les intégrer. » Alors je voudrais profiter de ce dimanche du partage pour lancer un appel : que toutes les bonnes volontés se concertent pour améliorer le sort des migrants, et arrêtent de se faire des procès d’intention. Nous sommes face à une montagne difficile, mais nous sommes dans la même cordée, et le pape est le guide en tête de la cordée.

– Seconde chose que je souhaite vous partager : les diacres, dont le pape a parlé. J’aurai la joie dimanche 22 octobre d’ordonner trois époux et pères de familles comme diacres permanents. Il me semble que le fait que les premières ordinations que je vais faire dans ma vie d’évêque soient des diacres est un appel de Dieu sur mon épiscopat pour mettre en oeuvre « l’option préférentielle pour les pauvres », comme l’indique la doctrine sociale de l’Église. Et je vous demande de prier pour moi pour que je sois fidèle à cet appel. Que les pauvres soient nos préférés. N’hésitez pas à me le rappeler. Merci. Ensemble, nous connaîtrons ce que saint François d’Assise a expérimenté : « En m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps ». Amen !

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)

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