Une mission prophétique, homélie du 15 août 2020 sur la bioéthique au Laus

Aux acclamations de « tous les âges qui ne cesseront de la dire bienheureuse », la Vierge Marie monte vers le trône de son Fils, le Roi des siècles, où elle sera aussi proclamée Reine et d’où elle exerce jusqu’à nos jours sa royauté et sa maternité sur chacun de nous.

Nous pouvons imaginer ce que fut son arrivée au Ciel en lisant le récit de la réception que fit Salomon, le fils de David, à Bethsabée sa mère, au 1er livre des Rois (1R 2,19) : « Bethsabée se rendit chez le roi Salomon (…). Le roi se leva, vint à sa rencontre et se prosterna devant elle. Puis il prit place sur son trône. Il fit installer également un trône pour la mère du roi, et elle prit place à sa droite. »

Entre toutes les fêtes des saints, l’Assomption est le sommet. Elle nous remplit de joie et d’enthousiasme. La joie du Fils qui accueille sa mère, en échos de la joie d’Élisabeth « d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi » … que Ma Mère vienne jusqu’à moi ? La joie de la Mère qui retrouve son Fils. Marie qui l’avait reçu mort sur ses genoux au pied de la Croix, le contemple glorieux maintenant au Ciel. Mais aussi pour nous la joie que l’une d’entre nous, une créature, la Vierge Marie, soit maintenant assise à la droite de son Fils Jésus, en prémisse de notre propre destinée, le Ciel. « Le puissant a fait pour elle des merveilles. » C’est sans doute pour cela qu’elle est la plus populaire des fêtes mariales.

Sans doute aussi parce qu’effectivement Marie au Ciel exerce sur chacun de nous une maternité bienheureuse de puis qu’à la Croix, notre Seigneur Jésus nous l’a donné pour mère.

C’est cette maternité divine que je vous invite à redécouvrir au long de cette année mariale diocésaine que je vais ouvrir ici-même dimanche 6 septembre après-midi et qui s’ouvrira dans chacune des paroisses du diocèse le dimanche 13 septembre. « Prenez Marie chez vous. » Marie, descendant du Ciel, fait régulièrement des Visitations sur la terre, et ce lieu béni du Laus l’a connu pendant des années. Et bien Marie veut faire de même dans chacun de vos foyers, chacune de vos églises domestiques, ecclesiola en latin. Peut-être avez-vous vu ce dessin humoristique, où on voit Dieu et le diable qui discutent : le Diable dit à Dieu pendant le confinement : je t’ai fermé toutes tes églises. Et Dieu lui répond : j’ai ouvert une église dans chacune des maisons. Frères et sœurs, ce fut l’une des grâces, parmi tant de souffrances, de cette pandémie, que chacune de nos maisons soit devenues des petites églises domestiques. Et bien Marie, du haut du Ciel, veut y descendre toute cette année.

C’est aussi cette maternité de Marie à qui nous confions notre pays, alors que des lois bioéthiques qui ne sont ni bio ni éthiques sont en train d’être adoptées par le parlement. 

Nous avons une double raison de prier Marie :

  • Prions Marie comme Mère et comme Vierge. Si Jésus a Dieu pour Père, et saint Joseph pour père adoptif, il n’a d’autre mère qu’une femme, Marie, qui est à la fois vierge et mère, ces deux dimensions de la vocations féminine comme aimait à dire saint Jean-Paul II (MD17). Elle ne peut que compatir à la souffrance de celles qui ne peuvent devenir mère naturellement, mais aussi souffrir du bricolage contre la nature, contre l’écologie humaine que représente tout ce que contient le projet de loi bioéthique.
  •  Nous prions aussi Marie comme patronne principale de la France depuis le vœux de Louis XIII par lequel il confia le Royaume de France à la Vierge Marie en 1638, en remerciement pour la grossesse de son épouse Anne d’Autriche, après 23 ans de mariage, qui donnera naissance à Louis Dieudonné, le future Louis XIV. C’est depuis la fête nationale chrétienne de la France, et vous comprenez aussi pourquoi Marie ne peut rester insensible à cette question bioéthique en France.

Dans un message à l’occasion de cette fête de l’Assomption, intitulé « Regarde l’étoile, invoque Marie », que vous pouvez retrouver sur le site internet du diocèse de Gap, je n’hésite pas à dire que c’est en hâte et dans la discrétion de fin juillet, que l’Assemblée nationale a adopté, en seconde lecture, la révision des lois de bioéthique ; alors même qu’on nous serine que l’urgence est à la crise sanitaire. 

Mgr Pierre d’Ornellas, évêque de Rennes, responsable du groupe de travail bioéthique de la Conférence des Évêques de France, qui se dévoue sans compter et avec compétence pour ces questions, pointe avec précision, dans un document intitulé « la bioéthique du monde d’après », tous les éléments négatifs et très inquiétants de l’évolution législative qui se prépare. N’hésitez pas à diffuser largement ces documents.

Pour mesurer jusqu’à quelles extrémités porte le texte voté par les députés, il nous faut aussi pointer un amendement adopté in extremis, en pleine nuit du 1er août, et sans vrai débat : l’ajout du critère de « détresse psycho-sociale » pour justifier un avortement tardif dit médical « IMG », qui peut intervenir pendant les neuf mois de grossesse.

La CEF, avec d’autres, comme Alliance Vita, la Manif pour tous, la Fondation Lejeune, les Poissons Roses, etc… ont mené une action résolue pour informer et faire réfléchir parlementaires et citoyens, avec des arguments de fond. Est-ce en vain ? Rappelons déjà que le processus législatif n’est pas terminé et reprendra, avec un passage au Sénat. Ce devra être l’occasion d’une nouvelle mobilisation de chacun de nous.

Mais je pense aussi que tout cela n’aura pas été inutile, si ce processus a permis de former notre conscience, la vôtre et celles de vos enfants et plus largement celles de nos contemporains, pour qu’ils puissent choisir le bien et le meilleur en y engageant leur liberté. C’est une vraie question de civilisation, et un vrai combat culturel, entre ce que St Jean-Paul II appelait la culture de mort et la culture de vie. A l’image de ce combat décrit par l’auteur du livre de l’Apocalypse : « Une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles, est enceinte et crie dans les douleurs d’un enfantement. Un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. » Mais la femme mit au monde un fils, qui sera le berger de toutes les nations et dans le ciel une voix forte proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! » Frères et sœurs, ce combat, chaque génération sur terre doit le mener. Il prend des formes différentes à chaque génération. Pour la nôtre, c’est ce combat pour une bioéthique qui porte vraiment son nom, qui soit éthique et bio.

Nous ne sommes pas la première génération à devoir défendre la beauté de la vie à naître. Rappelons-nous la pratique courante de l’infanticide des enfants aux temps de la Grèce Antique, du 5e au 1er siècle avant JC, sur décision des pères ou des chefs politiques. Il y avait trois raisons pour l’infanticide à la naissance : quand un enfant était jugé porteur de tares physiques, en cas d’adultère ou quand une fille non mariée de la maison se trouve enceinte, et surtout pour la majorité des cas, un père pouvait décider d’éliminer une bouche à nourrir supplémentaire dans la maison. Avec pour résultat l’élimination préférentielle des filles, pratique d’ailleurs partagée par des sociétés fort éloignées les unes des autres dans l’espace et le temps, en Chine, Inde ou chez les Inuits. 

Frères et sœurs, menons ce juste combat de la culture de vie, car notre espérance est intacte : « voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

Alors, c’est non seulement parce que je crois en la puissance de la prière et en la puissance de l’intercession par Marie, mais aussi pour contribuer à cette formation des consciences, et pour demander l’aide du Seigneur face à notre responsabilité à tous quant à cette révision des lois bioéthiques, que j’ai proposé à toutes les paroisses du diocèse, d’ajouter une intention spécialeà la Prière Universelle, en cette fête de l’Assomption 2020. Elle a été écrite, ciselée merveilleusement, par le groupe bioéthique, dont fait partie dans notre province Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio. Je vous la lis et nous la prierons ensemble dans un instant, et surtout je vous invite à la reprendre dans votre prière régulièrement :  

« Seigneur notre Dieu, par l’intercession de Marie notre Mère, garde toute ton Église, baptisés, consacrés et ministres ordonnés, dans sa mission prophétique : qu’elle proclame avec douceur et persévérance la beauté de toute vie humaine, qu’elle témoigne de ta tendresse envers toute personne en situation douloureuse, qu’elle poursuive sans se lasser sa mission d’éclairer les intelligences et les consciences pour un juste discernement des techniques biomédicales offertes à l’ingéniosité humaine. »

Frères et sœurs, comme nous y invite le Pape François « ne nous laissons pas voler l’espérance » car la parole de Dieu est plus puissante que les lois humaines qui peuvent détruire l’homme en sa dignité originelle. Nous aimons chanter à Marie notre confiance : « Quand l’angoisse et les périls, le doute … Quand la nuit du désespoir te recouvre … Si ton âme est envahie de colère… Regarde l’étoile, Invoque Marie, Elle te conduit sur le chemin. »

Par cette prière confiante à la Vierge Marie en son Assomption, patronne de la France, que le Seigneur Jésus nous donne de ne pas douter de notre mission prophétique, reçue de Lui : proclamer, à temps et à contretemps, la joie de l’évangile de la vie.

Marie est restée chez Élisabeth environ 3 mois. Elle va rester dans vos foyers une année ! L’année mariale qui s’ouvrira dans notre diocèse le 6 septembre prochain sera l’occasion de poursuivre et d’intensifier notre prière autant que de poursuivre notre formation de disciple missionnaire, pour une mission prophétique. Amen.

Cet article a 4 commentaires

  1. Marie Rose Cottard

    Merci

  2. Monique PERREIN

    Merci pour ce texte Merci mais comment a notre place agir avec vigueur force dans la Lumière et la paix je suis tres âgée et comme soeur Emmenuelle prenons comme job LA PRIÈRE

  3. Bruno de Jorna

    Merci Père
    La Vérité vous rend libre, que Dieu vous garde et vous protège.
    Merci à vous de défendre la vie haut et fort. L’Eglise doit être en première ligne. Ouvrir les consciences hypnotisées par les promesses mensongères de la culture de mort..

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