You are currently viewing 20210630 Magnificat, Mon âme exalte le Seigneur. Homélie de la Messe pour les 30 ans de l’Abbaye de Rosans

Messe présidée et prêchée par Mgr Xavier Malle, concélébrée par Mgr Jean-Michel Di Falco Léandri, évêque émérite de Gap, Mgr Jean-Philippe Nault, évêque de Digne et Mgr Paul-Marie Guillaume, évêque émérite de Saint Dié.

Formulaire de Messe n°39 des Messes en l’honneur de la Vierge Marie – Second choix des lectures.

« Magnificat, Mon âme exalte le Seigneur. » Que dire de mieux pour ces 30 années. Mais aussi que dire à des moniales qui chaque soir chantent le cantique de Marie, qui puisse nourrir leur foi, leur espérance et leur charité ? D’autant que je ne dois pas être le premier évêque à vous parler du Magnificat, et vous avez sans doute déjà eu une session biblique sur le sujet. Mais la répétition étant la mère de la pédagogie, je m’y essaie !

Vos conférenciers vous ont certainement dit qu’il y a de multiples manières d’étudier le chant du Magnificat. Certains exégètes repèrent qu’il est tissé de paroles de l’Ancien Testament ; Marie unissant les deux Alliances.  D’autres tentent de définir la structure du texte et proposent des découpages. Eh bien je vais prendre le découpage qui me semble le plus simple et le plus facile à retenir ! Il s’agit de repérer deux strophes se terminant par le même mot, la miséricorde. La première strophe est une reconnaissance personnelle de l’amour de Dieu, et la seconde une reconnaissance universelle. 

D’abord une reconnaissance personnelle de l’amour de Dieu : Après l’introduction « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! », Marie commence par chanter la Miséricorde dont elle reconnaît être l’objet de la part de Dieu : « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! »

Puis la conclusion de la strophe sur la miséricorde : Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent », qui élargit la perspective, temporellement « d’âge en âge », et les bénéficiaires : « ceux qui le craignent ». 

Puis vient donc la seconde strophe, une reconnaissance universelle de la miséricorde divine : « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, avec sa conclusion : il se souvient de son amour. » 

Donc chacune des deux strophes se termine par l’éloge de la divine miséricorde, dont les bienfaits personnels et universels sont le meilleur témoignage. Ce n’est pourtant pas évident à repérer dans les traductions liturgiques en Français. Pour la fin de la première strophe, verset 50, la nouvelle traduction liturgique est bien meilleure quand elle traduit : « Sa ‘miséricorde’ s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » ; tandis que la précédente version disait « son ‘amour’ s’étend d’âge en âge ». Mais au verset 54, fin de la seconde strophe, la nouvelle traduction garde l’ancienne : « il se souvient de son ‘amour’ ». Alors qu’en réalité, dans le texte grec, c’est bien le même mot miséricorde qui utilisé à chacun de ces versets : ELEOS, la miséricorde, la pitié (on a chanté Kyrie Eleison), la compassion de Dieu ou de l’homme. Mais heureusement, vous chantez en grégorien et donc en latin, et là c’est bien le même mot qui est utilisé à la fin de la première strophe « Et misericórdia éjus a progénie in progénies timéntibus éum » ET à la fin de la seconde strophe « recordátus misericórdiæ súæ ».

Après ces considérations savantes, qu’en tirer pour votre foi, votre espérance et votre charité. 

Pour votre foi : Ce n’est certes pas à des moniales de l’abbaye ND de Miséricorde que je vais apprendre ce qu’est la miséricorde. D’autant que pape François, dans la bulle d’indiction du grand jubilé de la Miséricorde en 2015, nous a fait progresser dans cette foi. Il disait au §1 « Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. »

Oui, la manifestation la plus grande de la miséricorde divine est quand le Père, « riche en miséricorde » (Ep 2, 4) comme dit St Paul dans notre épitre, nous envoie son Fils. Alors on découvre le lien spécial de Marie avec la Miséricorde, et la justesse de ce titre de ND de Miséricorde, que porte votre abbaye et qui est le titre de la messe mariale que nous célébrons ce matin.

Le pape poursuit au §2 : « Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. »

Si vous reprenez les deux strophes, comment ne pas d’abord rendre grâce à Dieu avec Marie pour la miséricorde dont chacune d’entre vous a été l’objet ? Chacune d’entre vous, et chacun d’entre nous, a été regardé et appelé par Dieu avec amour. A chacun d’entre nous, Dieu envoie son Fils, par l’Esprit. Je vous invite à faire mémoire des moments de votre vie où Dieu vous a fait personnellement miséricorde. Dieu en a pris l’initiative : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » dit st Paul aux Éphésiens.

Puis comment ne pas rendre grâce pour la miséricorde dont votre communauté a fait l’objet, dans sa fondation il y a trente ans et depuis. Et je pense à cet épisode récent de la pandémie qui a réussie à franchir les portes de votre clôture. Dieu vous a fait miséricorde.

Qu’en tirer pour votre espérance ? Dans votre nouveau site internet, vous avez un petit paragraphe merveilleux sur la Vie Fraternelle ; je vous cite : « La communauté monastique n’est pas le fruit d’affinités humaines : elle est rassemblée par le Christ qui a choisi et appelé chacun de ses membres. Comme dans une cordée que conduit le Christ, dont « on croit que l’abbé tient la place » (RB 2) nous marchons toutes ensemble vers la vie éternelle, expérimentant à la fois le support mutuel et la solitude pour Dieu. » Nous marchons toutes ensemble vers la vie éternelle. Vers la source de la miséricorde, la Trinité.

Oui, sa miséricorde s’étend d’âge en âge ! Depuis les 6 premières moniales venues de Jouques, qui s’installent en 1991 dans les bâtiments d’une ferme, jusqu’à la dernière postulante qui a travaillé dans votre atelier ultra moderne que j’ai béni il y a peu. En passant par votre cimetière qui commence à peine à être le témoin de cette fidélité de la miséricorde de Dieu d’âge en âge, avec la dernière et seconde ‘pensionnaire’, mère Myriam, que vous avez accompagné de vos prières dans la simplicité le 30 avril dernier alors que la Communauté était touchée par la pandémie. 

Et puis l’inauguration toute récente de votre infirmerie, où vos sœurs aînées demeureront en communauté pour se préparer à la rencontre de la miséricorde en personne, le Fils de Dieu, tourne vos yeux vers le Ciel.

Mais en attendant le Ciel, puisque le bon Dieu n’a pas voulu de vous toutes en même temps par le covid, qu’en tirer pour votre charité : Vous écrivez dans la suite de votre § sur la fraternité : « Construire une communauté fraternelle est une mission quotidienne pour chacune : c’est le témoignage que l’Église attend de nous. C’est dans la réalité concrète de la vie commune, tantôt joyeuse, tantôt purifiante, que se réalise la rencontre avec Dieu. » Oui mes chères sœurs, vous savez avec réalisme que votre mission quotidienne est de refléter les unes aux autres la miséricorde divine. De vous faire miséricorde. C’est ce qui rend d’ailleurs possible votre vie monastique. Et c’est ce qui rend rayonnante votre vie commune dans notre société individualiste.

Que votre miséricorde grandisse, en actes de Foi, d’Espérance et de Charité. Cette croissance viendra de l’accueil du don de Dieu. « Dieu est riche en miséricorde, proclame St Paul ; à cause du grand amour dont il nous a aimés ». Dont il vous a aimé, individuellement et en Communauté. Grand est le Seigneur, Magnus, Magnificat. Que votre âme exalte le Seigneur ! Amen.