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Samedi 17 décembre 2022 – AVENT 42 (A) à 18h15 en l’ église ND d’Espérance à Gap – bénédiction Croix consécration

La première lecture, du livre d’Isaïe, nous offre la prophétie de la naissance de l’Emmanuel, et l’Evangile nous offre son accomplissement.

A l’époque d’Isaïe, la Terre Sainte est divisée en deux Royaume, Israël au nord et Juda au sud, autour de Jérusalem.

Le grand voisin, le roi d’Assyrie veut un accès à la Méditerranée. Voyez que la géopolitique et les guerres d’invasion ne datent pas d’aujourd’hui. Le jeune roi Achaz est alors tiraillé entre deux possibilités : s’allier avec l’autre grand royaume, l’Egypte, ou se rallier à l’Assyrie. Dans les deux cas, il risque de perdre son âme et sa foi en Dieu en se ralliant à des royaumes païens. Alors pour l’encourager Isaïe lui propose de demander un signe. C’était un attribut royal ; le roi a le droit de demander un signe de son Dieu pour pouvoir gouverner. Il faut de plus avoir la foi pour demander un signe, c’est pourquoi Achaz est invité à faire cette demande. Apparemment pour des scrupules religieux, il se dérobe : « Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. » Mais il y a une différence essentielle : ici c’est Dieu lui-même qui offre un signe. Par manque de foi ou peur d’être pris au mot, Achaz préfère l’appui des troupes assyriennes, qu’il vient d’appeler, à l’appui de Dieu, au choix de la confiance inconditionnelle et au changement de ses plans arrêtés. La réaction du prophète est très forte : « Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes : il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! » (Parenthèse, j’aime beaucoup ce commentaire d’Isaïe, car je me dis que parfois je dois bien fatiguer Dieu !) C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe. » C’est comme un surcroit d’amour.  Dieu n’attend pas que nous agissions, il prends parfois les devants, il intervient pour notre salut. Isaïe annonce le signe de l’Emmanuel : « La vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel, c’est-à-dire : Dieu-avec-nous. » Vous saisissez le signe : ne crains pas ton ennemi, Dieu est avec toi.

Cette prophétie va s’accomplir dans la naissance de Jésus à Bethléem.

L’initiative de Dieu est là aussi extraordinaire. Joseph et Marie sont de futurs époux. Ils n’habitent pas ensemble. Marie se trouve enceinte. Joseph est déconcerté car il sait qu’il n’en est pas responsable. Que doit-il en penser ? C‘est un homme juste, ajusté à Dieu, il n’a pas une réaction violente, de colère. Il cherche une solution qui est pour lui un sacrifice terrible : « il décida de la répudier en secret », alors même qu’il l’aimait de toute son âme. Ce sacrifice de Joseph fait penser au sacrifice d’Abraham. Et là aussi, comme pour Abraham, l’ange intervient. Nous connaissons bien l’Annonciation, l’annonce à Marie ; peut-être moins cette annonce à Joseph. « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Imaginez la libération que ces paroles provoquent chez Joseph : « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. » Epouse inépousée comme dit un chant liturgique, puisque le fils de Marie n’est pas le fils de Joseph mais le fils de Dieu. L’évangéliste Matthieu en donne le sens : « Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : Dieu-avec-nous. » La prophétie d’Isaïe se réalise. Pour sauver son peuple, Dieu choisi un moyen inattendu : envoyer  son Fils au milieu de nous, prendre notre humanité.

Frères et soeurs, quel est le lien avec les rites que nous venons d’accomplir dans cette église ND d’Espérance ?

Cette prophétie de l’Emmanuel continue à se réaliser dans chacune de nos Eglises : Dieu y prend chaire par le corps glorieux de son Fils dans l’Eucharistie. Dieu-avec-nous habite nos églises. Dieu-avec-nous habite cette église ND d’Espérance depuis 50 ans. Et vous y êtes attachés, et vous l’entretenez régulièrement. Nous rendons grâce ce jour pour la dernière campagne de rénovation.

Je vois un autre lien avec le titre même de l’Eglise, choisi par Mgr Coffy : NDE. Je fais l’hypothèse que Marie a transmis à Joseph son espérance ! Alors chers paroissiens de NDE, vous aussi, ne craignez pas de prendre chez vous Marie. L’accueillant, c’est son espérance que vous recevrez. Car Marie ne vient jamais seule, toujours avec son Fils.

Je vois un troisième lien, par notre seconde lecture de la lettre de st Paul aux Romains : « Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre, afin d’amener à la foi toutes les nations païennes. » Et bien frères et soeurs, si cette Eglise a été plantée dans ce quartier du Rochasson, ce n’est pas seulement pour rassembler les chrétiens du quartier, mais aussi pour signifier l’Emmanuel, Dieu dans ce quartier. Et hier, dans l’historique de cette communauté chrétienne locale, j’ai perçu comme une prise de conscience progressive : l’arrivée d’une cloche, l’installation de la statue de Marie à l’extérieur, la crèche aussi à l’extérieur, autant de moyens simples et accessible pour annoncer Jésus à tous ceux qui prennent ce raccourcis pour aller en ville. Cette annonce missionnaire se fait avec la tendresse de Marie, comme le dit notre vision pastorale proclamée le 26 novembre dernier lors d’un rassemblement diocésain au sanctuaire ND du Laus, je vous la relis : 

Les yeux levés vers la splendeur de tes sommets,

depuis tes diverses vallées,

Église dans les Hautes-Alpes,

ouvre de nouvelles voies, 

accueille et accompagne,

avec la tendresse de Marie : 

annonce Jésus Christ !

Nos églises de pierre sont comme ces sources, où nous aimons venir puiser l’eau, pour la partager autour de nous. C’est l’idée géniale du baptistère ici, comme une source qui coule, pas que pour nous, mais pour abreuver tous les habitants. Par notre baptême, « pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d’Apôtre ». C’est tout le sens de cette vision pastorale, qui veut enclencher ce que le pape François appelle une conversion missionnaire. C’est ce que j’explicite dans une lettre pastorale intitulée « Montagne portez au peuple la paix », selon les paroles d’un psaume. Je vous invite à la lire, puis à la travailler en petit groupe. Pour cela vous en avez aussi un résumé en 4 pages. 

Pour terminer, je veux rendre un hommage, rendre grâce à Dieu pour mes prédécesseurs, Mgr Jacquot, puis Mgr Coffy, qui ont encouragés les bâtisseurs de cette église NDE, confiée à l’ardeur du père Brochier, puis de ses successeurs, jusqu’aux jeunes prêtres de la Communauté St Martin. Je veux rendre grâce pour la fraternité et la foi des paroissiens. Merci aussi à tous ceux qui ont participé au discernement de ce qui était juste de faire comme célébration ce jour. Notre église NDE est comme la proue du quartier du Haut Gap. Elle en a d’ailleurs précédé la rénovation ! Que l’Espérance de Marie irrigue tous ses habitants. AMEN !