You are currently viewing Ne passe pas sans t’arrêter – homélie du 16ème dimanche du Temps Ordinaire 17 juillet 2022

Dimanche 17 juillet 2022 à 10h30 en la Cathédrale de Gap

« Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. »

Quelle magnifique prière d’Abraham. (bis) On vante à juste titre l’hospitalité offerte par Abraham. Mais relevons aussi la délicatesse de sa prière et combien tout aussi délicatement Dieu se laisse inviter. Dieu ne s’impose pas : « Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. » C’est peut-être à cause de cette délicatesse de Dieu qu’Abraham peut librement faire preuve d’une promptitude. Il se préoccupe que ses invités puissent se laver les pieds ; geste traditionnel d’accueil chez un peuple qui marche en sandales sur une terre sablonneuse. Puis il se hâte d’aller trouver sa femme Sara pour lui demander de préparer des galettes et fait apprêter un jeune veau.

La spiritualité orientale aime particulièrement cet évènements. En accueillant ces trois personnages, Abraham leur dit : « Seigneur » au singulier. Andrei Roublev en a écrit une célèbre icône qui en donne une interprétation trinitaire : trois personnes sont un seul Seigneur. 

Nous comprenons également qu’en pratiquant l’hospitalité, c’est Dieu que nous accueillons. Jésus dira la même chose en Matthieu 25 : « j’avais soif, vous m’avez donné à boire… chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Cette vertu de l’hospitalité, nous pouvons souvent la cultiver pendant l’été, soit en accueillant, soit en étant accueilli. En la pratiquant, nous entrons directement en contact avec Dieu. L’hospitalité ne nous laisse d’ailleurs pas inchangés et nous sommes souvent appelés à devenir l’invité de notre invité ou l’hôte de notre hôte. L’hospitalité nous guide vers la réciprocité et l’amitié. Car accueillir une personne est davantage que donner de la nourriture et un vêtement, c’est aussi un moyen de partager avec ceux que nous recevons et recevoir d’eux en échange le cadeau surprenant qu’ils peuvent nous offrir. Abraham reçut le don d’un fils. Dieu est généreux envers ceux qui l’accueille.

La maison de Lazare est aussi magnifiquement accueillante.

Nous connaissons bien ce récit de l’accueil de Jésus dans cette maison amie par les deux soeurs Marthe et Marie. Marthe est attentive à servir Jésus et à faire tout ce qui est possible pour qu’il se trouve à son aise dans sa maison ; c’est la manière active d’accueillir. Mais il y a aussi la manière contemplative : Marie se met à ses pieds pour l’écouter. « Marie a choisi la meilleure part » commente Jésus. C’est important pour nous.

D’une part ne tombons pas dans l’illusion que ce que nous faisons pour servir le Seigneur est essentiel, que sans nous il ne pourrait pas réaliser son oeuvre. Rappelons-nous la parabole du serviteur inutile au chapitre 17 de Luc :« quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir. » D’autre part, l’activisme nous évite d’être à l’écoute de l’autre et de Dieu. ‘Shema Israël’, écoute Israël est le début de la profession de Foi en Deutéronome 6,4. Certes notre action est nécessaire, mais l’accueil de Dieu en nos coeurs est encore plus nécessaire. A une religieuse qui se plaignait de ne pas avoir assez de temps dans la journée pour tout faire, Mère Teresa lui répondit : « Vous avez raison, nous n’avons pas assez de temps. Alors, à partir de maintenant, au lieu de faire une heure d’Adoration Eucharistique par jour, nous en ferons deux. Une heure le matin et une heure le soir ! » Résultat, les vocations se sont multipliées par deux.

L’été peut aussi être un temps où nous pourrions prendre plus de temps pour un coeur à coeur avec Dieu ; mais reconnaissons-le, c’est souvent l’inverse. Au moins, retenons ce que ce qui est le plus important, c’est ce que le Seigneur fait et dit. Nous sommes ses serviteurs inutiles qui essayons d’accueillir ses pensées et ses sentiments pour les transmettre aux autres.

Saint Paul dans la seconde lecture ne nous cache pas qu’être des disciples missionnaires est éprouvant. 

Il tente d’instruire « chacun en toute sagesse, afin de l’amener à sa perfection dans le Christ ». Le pape dirait, il partage la joie de l’évangile, et il paie de sa personne comme on dit : « je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous. » Il ajoute : « de cette Église, je suis devenu ministre, et la mission que Dieu m’a confiée, c’est de mener à bien pour vous l’annonce de sa parole. » Frères et soeurs, vous savez que le pape ne cesse de nous inviter à devenir des disciples missionnaires. C’est le sens du travail que nous avons mené dans le diocèse depuis 2019 et dont j’ai rendu compte le premier mai dernier, lors d’un rassemblement diocésain au sanctuaire ND du Laus, en dévoilant la vision pastorale pour le diocèse dans les prochaines années. Pour notre diocèse montagneux, le titre de cette vision pastorale est « mission altitude », et le sous-titre est tiré du psaume 71 : « Montagnes, portez au peuple la paix ». 

De cette vision pastorale, nous avons tiré 5 chantiers missionnaires. Et je vous invite à vous en saisir, à travailler ces chantiers et à m’envoyer ce que l’Esprit vous aura inspiré, d’ici le 1er octobre prochain. Vous trouverez les infos sur le site diocésain ou sur des dépliants. Puis le samedi 26 novembre, veille du premier dimanche de l’Avent, nous proclamerons et célébrerons ensemble cette vision pastorale.

Pour terminer, je me permet de vous lire cette phrase de la vision pastorale,

qui va inspirer toute l’activité des paroisses pour les prochaines années. On y retrouve cette vertu de l’hospitalité de Dieu, et cette urgence de l’annonce de Jésus-Christ :

Les yeux levés vers la splendeur de tes sommets, 

depuis tes diverses vallées, 

Église dans les Hautes-Alpes, 

ouvre de nouvelles voies, 

accueille et accompagne, 

avec la tendresse de Marie : 

annonce Jésus Christ ! 

Amen !