Nés pour commencer. Homélie pour l’Epiphanie à Embrun le 3 janvier 2021

10h30 – Cathédrale d’Embrun

« Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. » Quelle est l’origine de cette grande joie frères et soeurs ?

C’est peut être d’abord une joie astronomique. Les mages sont originaires des régions orientales de Babylone, où les savants avaient une connaissance approfondie du Ciel. Des astronomes de notre temps ont cherché dans les années av. J.-C. un événement assez spectaculaire pour être considéré comme l’étoile de Bethléem. Wikipedia nous dit qu’il y a deux types de phénomènes qui auraient pu correspondre : 1er type, ceux liés aux orbites périodiques des astres qui peuvent produire des juxtapositions apparentes, vues de la Terre, comme par exemple une conjonction de Jupiter et Saturne et second type, des phénomènes transitoires, tel que l’arrivée d’une comète brillante comme la comète de Haley ou un événement cataclysmique. Mais personne n’a trouvé l’évènement qui fasse l’unanimité.

C’est peut-être aussi la joie d’une naissance. Le pape François lors de ses voeux à la curie romaine en décembre rappelait que « la nativité de Jésus de Nazareth est le mystère d’une naissance ». Et il cite alors Anna Arendt, une philosophe juive allemande réfugiée aux Etats-Unis, connue pour ses travaux sur le totalitarisme : « les hommes, même s’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir, mais pour commencer ». Il commente cette parole fulgurante ainsi : « la philosophe juive renverse la pensée de son maître Heidegger selon lequel l’homme naît pour être jeté dans la mort. Sur les ruines des totalitarismes du XXème siècle, Arendt reconnaît cette vérité lumineuse : « Le miracle qui sauve le monde, le domaine des affaires humaines, de la ruine normale, “naturelle”, c’est, finalement, le fait de la natalité […] C’est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte, la plus glorieuse dans la petite phrase des Evangiles annonçant leur “bonne nouvelle” : Un enfant nous est né ». (Discours du Pape François à la curie le 19 décembre 2020)

Oui, les mages ont vu un commencement dans cette naissance. Le commencement d’une ère nouvelle, du Royaume de Dieu. Hérode en a eu d’ailleurs si peur qu’il n’a pas hésité à tuer des enfants innocents. Notre propre naissance est le commencement de notre vie éternelle.

Alors c’est aussi une joie pour le monde entier, que les mages vont répandre dans leurs contrées, comme l’a prophétisé Isaïe notre première lecture.

Isaïe voit resplendir la lumière sur Jérusalem alors que « les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. » Cette lumière attire à elle les nations païennes qui se convertiront : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. » Cette citation des rois est d’ailleurs l’origine de l’appellation de rois mages ! « Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur. » 

Saint Paul, dans notre seconde lecture, explicitera cette mission universelle du salut: « Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile. »

Finalement cette joie, c’est la joie de l’Evangile, titre du premier texte de notre pape François. La joie d’évangéliser. C’est ce que nous disent les rois mages, en retournant chez eux : « avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,

ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »

Certes c’était d’abord pour éviter d’avoir à indiquer au tyran Hérode où était l’enfant, mais aussi symboliquement : quand on a adoré l’enfant Jésus, on ne revient pas chez soi comme avant, par le même chemin ; on revient par un autre chemin, celui d’un plus grand amour.

« Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. » Frères et soeurs, ce que nous avons vécu à Noël, la contemplation de l’enfant Jésus, cette grâce d’un commencement, ce n’est pas que pour nous, c’est pour partager cette joie, c’est pour évangéliser. 

Car je forme le voeux que 2021 soit pour le diocèse de Gap l’année où je puisse formuler une vision pastorale missionnaire. Je forme le voeux que chacun de nous puisse répondre à l’appel du pape François à devenir des disciples missionnaires, que chacun de nous soyons comme ces mages attirés par l’étoile de Béthléem, adorant l’enfant Dieu et lui apportant de l’or, de l’encens et de la myrrhe, et repartant chez nous par un autre chemin pour transmettre cette joie.

Amen.