Du neuf à Châteauvieux

Le petit village de Châteauvieux près de Gap voit son cimetière agrandi et le bâtiment adossé à l’église complètement restauré.

Grâce aux recherches du père Richard Duchamblo (+ 2003), ancien curé, il avait pu être mis en évidence que ce bâtiment, utilisée comme sacristie et salles paroissiales, était à l’origine une chapelle des pénitents, comme l’a rappelé le maire Jean-Baptiste Aillaud.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé la messe dominicale, puis il a béni le bâtiment rénové, Jean-Baptiste Aillaud le remerciant d’être venu et pour tout ce qu’il a fait pour les Hautes-Alpes.

Ci-dessous la bénédiction et l’homélie en vidéo, ainsi que deux diaporamas.


Homélie

Si vous avez été attentifs à la lecture de cet évangile, il ne vous aura pas échappé que seulement un lépreux sur dix a pensé à remercier le Seigneur. Alors je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, ici présents, dans vos diverses activités. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, Monsieur le maire, concernant tout ce que vous faites pour votre commune. Mais je trouve qu’on est peu remerciés pour tout ce que l’on fait pour les autres. D’expérience, je dirais que la proportion est la même que dans cet évangile. Une personne sur dix. Et de plus, c’est cela qu’il faut noter, comme dans l’évangile aussi, le merci ne vient pas forcément de celui dont on l’attendait.

Dans l’évangile donc, dix personnes ont retrouvé la santé grâce à Jésus. Les dix ont demandé à être guéri. Les dix ont été exaucés. Les dix ont donc retrouvé la santé du corps. Mais un seul a été pleinement guéri, guéri dans tout son être. Et c’est le Samaritain, l’exclu, l’étranger, celui qui ne partage pas la foi d’Israël.

Les dix ont été guéris. Mais un seul l’a été pleinement. Pour les neuf autres, la gratitude n’est pas arrivée à se frayer un chemin jusqu’à son cœur.

Que se sont-ils dit, les autres, en se voyant guéris. L’évangile ne nous le dit pas. Mais on peut l’imaginer sans difficulté. « C’est sûr, je ne suis pas vraiment guéri, il faut que j’aille vérifier » a pu penser l’un. « Attendons voir si cela va durer » a pensé l’autre. « On ne va quand même pas rebrousser chemin maintenant : on est presque arrivés aux prêtres qui doivent constater notre guérison. Je reviendrai remercier Jésus plus tard » s’est dit le troisième. « De toute façon, j’allais déjà mieux » a pu penser un quatrième. « N’importe qui d’ailleurs aurait pu nous guérir », a pu estimer un cinquième. Etc. etc. Bref que d’excuses pour barrer le chemin à la gratitude ! Et que d’excuses pour barrer la route à la foi !

Oui, toutes ces pensées sont des excuses pour ne pas croire en Jésus. C’est pourtant lui qui a guéri tout le monde. Mais seul le Samaritain le reconnaît. Seul le Samaritain l’accepte. Et seul le Samaritain l’exprime. Les autres cherchent toutes les excuses possibles pour refuser l’évidence.

Seul le Samaritain s’ouvre donc à la foi. Son cœur n’était pas fermé. Il était prêt à se laisser surprendre par Dieu. Il était ouvert à l’inattendu. Et sa foi le sauve. Comme le dit Jésus : « ta foi t’a sauvé. » Il est dans la même joie que celle de la Vierge Marie dans son Magnificat. C’est la joie de quelqu’un qui sait et qui reconnaît de qui il tient son salut. Désormais, ce qui l’habite, c’est une gratitude qui le traverse de part en part, et qui le transporte littéralement. Cet homme court, bondit, rayonne, alors que les autres ont beau être guéris aussi, ils sont aussi fermés et sombres que des portes de prison.

Alors nous, chers frères et sœurs, si nous tenons tout pour acquis, si nous considérons tout comme un dû, comment pouvons-nous accueillir avec gratitude tout ce qui se passe ?

C’est facile comme les dix lépreux de demander quelque chose à Dieu. Et nous le faisons volontiers. Il serait normal ensuite de remercier. Mais est-ce que nous le faisons toujours ?

« Je n’y ai pas pensé. » C’est la remarque que font les enfants quand on leur demande s’ils ont bien pensé à remercier. Et nous avec le Seigneur, ne faisons-nous pas la même chose, trop souvent ?

Or prenons conscience. C’est fondamental : dans chacune de nos vies, tout est don. Tout ce qui est bon vient de Dieu. Et tout est grâce aussi, tout peut être grâce.

Le Samaritain n’a pas craint de revenir en arrière vers l’auteur de sa guérison. Eh bien nous aussi, nous avons à revenir vers la source de tout ce qui est bon dans notre vie.

À force que revendiquer des droits, et encore des droits, et toujours des droits, comment voulez-vous déborder de joie et de gratitude ? À exiger le droit au bonheur, on passe à côté du bonheur, et des petits riens de la vie : une fleur qui éclot, un oiseau dans le ciel, un coucher de soleil.

Ce que nous croisons tous les jours sans plus le voir, cherchons à le redécouvrir comme au premier jour. Ce peut être notre conjoint, le lever du soleil, l’odeur du café, le bouquet de fleurs qu’on arrange, les couleurs de l’automne, le vent dans les arbres…

Au lieu de tout considérer comme acquis et comme un dû, regardons comme un don tout ce que nous avons (même ce que nous avons gagné à la sueur de notre front) : un toit pour dormir, le chauffage dans nos maisons, de quoi nous sustenter chaque jour, l’école pour nos enfants. Cela nous amènera à apprécier ce que nous avons plutôt qu’à déplorer ce qui nous manque.

Pour ça, bien souvent je pense que si les pays étaient en mesure de le faire, il serait bon qu’au cours d’une scolarité il y ait des échanges : que les enfants d’Afrique viennent dans nos écoles et que les enfants de nos écoles aillent en Afrique. Certes beaucoup de parents hésiteraient à laisser partir leur enfant. Et pourtant, si on leur permettait de vivre cette expérience ils reviendraient tout autre. Parce qu’ils découvriraient la chance qu’ils ont de vivre dans un pays comme le nôtre, ils découvriraient que tout ce que nous sommes heureux de mettre à leur disposition, de temps à autre il serait bon d’en exprimer de la reconnaissance par rapport à ceux qui n’ont rien. Quand je vais à Madagascar dans des écoles et que je vois des enfants qui ont parcouru parfois le matin trois heures à pied pour aller en classe, et qui le soir vont encore parcourir trois heures pour rentrer chez eux, à pied. Et qui devront faire des devoirs à la lumière d’une bougie, parce qu’il n’y a pas d’électricité… Si nos enfants pouvaient seulement vivre ça quelques mois, lorsqu’ils reviendraient chez nous je pense qu’ils auraient un autre regard sur ce qu’est leur vie, et ils en reviendraient grandis, pas seulement physiquement, mais grandis dans leur cœur.

Et puis surtout. Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes. La vie est un don. Et la juste attitude consiste à en louer l’auteur de la vie. Quand nous buvons un verre d’eau, pensons à la source d’où elle vient, et plus loin encore que cette source dans la montagne, pensons à Dieu qui en est la source par excellence. Quand nous rendons visite à nos parents, que ce soit à l’EHPAD ou au cimetière, soyons reconnaissants pour la vie qu’ils nous ont donnée. Ils n’ont pas été parfaits, loin de là. Mais nous leur devons la vie. Pensons aussi à Dieu en les voyant. Derrière nos parents qui nous ont procréés, se trouve le Créateur qui nous a créés.

Quand nous prenons nos repas, derrière les plats voyons les produits, derrière les produits les maraîchers, les éleveurs, les bouchers, derrière les personnes voyons Dieu à l’origine de tout.

Quand nous voyons les travaux réalisés dans cette commune pour l’agrandissement du cimetière et pour le réaménagement du bâtiment attenant à l’église, derrière le résultat voyons le maire, voyons son conseil municipal, les services techniques, les ouvriers. Et voyons Dieu qui aime nous voir partager, nous voir nous manifester de la reconnaissance.

Pour finir, je voudrais vous citer un texte d’André Comte-Sponville. Ce philosophe qui se déclare athée me fait penser au Samaritain de l’évangile. Car même s’il est devenu athée à 18 ans, toujours il a gardé un sentiment de gratitude pour le christianisme. Et peut-être montre-il bien plus de gratitude pour la foi chrétienne qu’il ne partage plus, que nous-mêmes pour cette foi qui nous habite pourtant. Qui sait ? Voici cette citation :

« La gratitude se réjouit de ce qui a lieu, ou de ce qui est, elle est ainsi l’inverse du regret ou de la nostalgie, qui souffrent d’un passé qui ne fut pas, ou qui n’est plus, comme aussi de l’espérance ou de l’angoisse, qui désirent ou craignent […] un avenir qui n’est pas encore, qui ne sera peut-être jamais. »

Fin de citation. Oui. Le passé n’est plus. L’avenir n’est pas encore. Regretter le passé ou appréhender l’avenir nous font donc passer à côté de la vie. Alors je nous invite à vivre pleinement le moment présent, le seul vraiment entre nos mains, le seul où la gratitude peut se vivre et s’exprimer.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Photos de la messe et de la bénédiction

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Photos du bâtiment rénové et de l’église

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Cet article a 1 commentaire

  1. Merci Père pour cette petite piqûre de rappel…

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