Notre-Dame du Laus dans la littérature imprimée et manuscrite (XVIIIe-XIXe siècles)
  • Post published:15 septembre 2014

Dans le cadre du cycle de conférences organisé par la bibliothèque Mgr Depéry du diocèse de Gap et d’Embrun, Luc-André Biarnais, archiviste du diocèse, a donné une conférence sur le thème Notre-Dame du Laus dans la littérature manuscrite et imprimée des XVIIIe et XIXsiècles. Cette conférence a eu lieu mercredi 3 septembre 2014 au sanctuaire Notre-Dame du Laus, salle Saint-Maurice. En voici le texte :

Notre-Dame du Laus dans la littérature imprimée et manuscrite
(XVIIIe-XIXe siècles)

Il est habituel de présenter la vénérable Benoîte Rencurel (1647-1718) comme la contemporaine de Louis XIV (voir, par exemple, le numéro 371 de octobre-décembre 2013 du magazine de Notre-Dame du Laus). Il l’est moins de la mettre en parallèle avec Marguerite Marie Alacoque née la même année (1647-1690, canonisée en 1920).

L’influence janséniste combattue

De même, nous pouvons dire que le diocèse d’Embrun est un lieu de confrontation, sur la ligne de front presque, tant la lutte a été impitoyable, entre l’hérésie janséniste (condamnée par la bulle Unigenitus en 1713) et une forme de spiritualité plus chaleureuse et plus tournée vers l’eucharistie et les Sacrés-Cœurs de Jésus puis de Jésus et de Marie. À l’appui de ma démonstration, le Christ ci-contre. Il se trouve dans le trésor d’Embrun, l’ancienne sacristie de la cathédrale Notre-Dame du Réal. Nous ne pouvons préjuger de la foi ni du commanditaire ni du peintre. En revanche, ce tableau porte bien une influence janséniste, notamment par la position des bras. Dans cette position resserrée, ils symbolisent le peu d’élus qui obtiendront le salut.

Nous savons que l’historiographie présente Benoîte Rencurel luttant contre un rigorisme excessif de certains prêtres. Ce tableau est de la même époque. Le père de Labriolle précise dans son livre Benoîte, la bergère de Notre-Dame du Laus, qu’à partir de 1693, après le décès de l’abbé Barthélémy Hermitte, le diocèse d’Embrun nomme à Notre-Dame du Laus, « deux directeurs nettement jansénisants », les abbés Michel Rostolland et Jean-Ange-Honoré d’Archias, sous l’autorité du vicaire général d’Embrun, l’abbé Gabriel Viala (p 199).

Au même moment, les Jésuites – opposés au jansénisme – contrôlent d’abord le collège de la ville d’Embrun puis la formation des prêtres. Ils ont été appelés à ce nouveau rôle par Mgr Brûlard de Genlis (dont 2014 marque le tricentenaire du décès) en 1704. L’archevêque d’Embrun, si nous suivons le père de Labriolle (p 206) aurait d’abord traité avec Saint-Sulpice, c’est-à-dire le cœur de l’école française de spiritualité. C’est probablement à cela que fait référence la lettre de 1699 adressée par l’archevêque à son homologue parisien (biographie documentée, p 235) L’affaire ne s’est pas conclue et c’est naturellement vers les Jésuites que s’est tourné Mgr de Genlis… En effet, la compagnie offrait au diocèse, pour son séminaire, le terrain.

… Cette dernière disposition n’est finalement pas retenue mais est symptomatique de la lutte idéologique en cours. En réalité, la lettre de 1699 éclaire différemment cette proposition. L’archevêque voulait des religieux pour son séminaire et craignait une confrontation entre ceux-ci et les Jésuites déjà installés : les installer à Notre-Dame du Laus permettait à la fois d’éviter cet écueil et d’installer au sanctuaire des prêtres qui lui seraient attachés. L’archevêque écrit « nous n’avons pas trouvé de lieu plus propre que la chapelle de Notre-Dame de bon Rencontre qui est lieu du Laus

À la fin du XVIIIe siècle, un siècle après, alors même que la société de Jésus a été supprimée, l’un des vicaires généraux d’Embrun est un ancien jésuite, Antoine Fantin des Odoards. Certes, il avait le titre plus qu’il ne siégeait mais c’est justement cela qui est fort symboliquement. Son parcours est assez similaire à celui de Rossignol de Vallouise, le même dont nous allons parler tout à l’heure, à la différence près qu’il quittera le ministère à la Révolution française. Un autre des vicaires généraux est Claude Collaud de la Salcette, frère d’un ecclésiastique qui sera député aux différentes assemblées durant la Révolution.

Un miracle en 1790

Nous allons maintenant lire des extraits d’un ouvrage de Rossignol de Vallouise, auteur haut-alpin vivant à Turin à cette époque, publié en 1804 chez Louis Fantin, à Paris, un imprimeur originaire des Hautes-Alpes, (troisième recueil des Mélanges, p 14-21) :

« Notre-Dame du Laus est un sanctuaire près de Gap, devenu célèbre par une multitude de miracles éclatants, et de la plus grande authenticité, qui s’y sont opérés depuis un siècle, comme on peut le voir dans la relation qui en a été imprimée. Il était desservi avant la révolution par une communauté de prêtres de la Congrégation de sainte Garde. Ces dignes ministres des autels, étaient l’édification de tout le pays, dont ils méritaient et avaient la confiance par leur solide piété, et leur zèle éclairé. M. Grand entr’autres ne le cédait en rien à tous égards à ses confrères […] Le récit que l’on va lire est un précis extrêmement fidèle de ce qu’il a publié lui-même. Je me trouvais lors de l’événement dont il s’agit, à Embrun, à une demi-journée du Laus. [C’est l’abbé Grand qui parle désormais :]

Le lundi de la semaine sainte, le 29 mars 1790, je faisais faire une digue contre la Vense, petite rivière qui coule au-dessous de Notre-Dame du Laus. J’avais avec moi deux domestiques, Etienne et Jean, tous les deux sages et craignant Dieu. Sur les trois heures après-midi, les deux domestiques étaient dans la rivière, j’étais moi-même sur le bord de notre terrain lorsque je les entendis […] Je m’approchai pour voir et je fus bien surpris lorsque je vis les images des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie imprimées sur l’eau […] lorsque jetant les yeux sur le tableau, du côté ma main gauche, je vis l’image de la très sainte-Vierge, tournée vers moi, avec un air de bonté et de miséricorde, tenant l’enfant Jésus entre ses bras […] J’étais dans le plus grand étonnement […] et je disais en moi-même : c’est ici un miracle car il n’est pas possible que cela se fasse naturellement. Le tableau renfermait beaucoup d’autres petites images comme des enfants ou des anges […] on remarquait encore au bas du tableau, vers le milieu, l’image d’une grande hostie […] L’un des domestiques a dit qu’on y voyait des lettres écrites en gros caractères […] Il faut remarquer que les différentes parties du tableau ne se sont pas toutes formées dans le même instant mais successivement les unes après les autres. Les images des Sacrés-Cœurs, la couronne, l’arc en ciel et tout le côté droit étaient entièrement formés lorsque nous avons aperçu le prodige : mais nous avons vu le reste se former sous nos yeux […] Enfin, je portai la main dans l’eau par-dessous le tableau pour voir si je pouvais enlever quelque chose, ce que j’avais pris se fondit à l’instant. […] les images disparurent et ce qui était resté du tableau coula sur l’eau vers notre digue. Cette vision peut avoir duré, en tout, un quart d’heure […] À Notre-Dame du Laus, la veille de tous les saints, l’an 1791. Grand, prêtre de Sainte-Garde ».

Le texte complet dont je présente ici des extraits précise que « cet événement est devenu public, le bruit s’en est répandu partout, à Gap, à Grenoble, à Avignon, à Marseille, à Lyon, à Paris, etc. »

Le bruit s’est peut-être répandu dans toutes ces villes… mais probablement pas à Saint-Etienne d’Avançon, Saint-Etienne le Laus depuis 1914. Les archives de la paroisse, dont Notre-Dame du Laus était un écart et faisait donc partie canoniquement, ne conservent aucun dossier sur ce sujet. Il a pu être égaré… Le livre de paroisse, c’est-à-dire la chronique rédigée par le curé, l’abbé Michel, à partir de 1855, n’indique rien pour les années 1789 à 1791. Elles sont vierges de renseignements de tous ordres. L’année 1792 est qualifiée de « date de néfaste et affligeant mémoire » par le curé chroniqueur. En effet, le paragraphe qui suit est consacré au curé intrus, c’est-à-dire au prêtre élu curé en vertu de la constitution civile du clergé, l’abbé Jean Thouard.

Comment l’abbé Grand analyse-t-il sa vision ? « Dieu, qui dans sa colère n’oublie jamais qu’il est notre père et que nous sommes ses enfants, a voulu proportionner ses secours et ses consolations à la grandeur de nos misères, et à l’excès de nos douleurs, en faisant briller un signe propice […] un des moyens les plus assurés pour attirer sur nous l’abondance des bénédictions célestes, c’est une tendre dévotion envers les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie ».

Et pourquoi Dieu serait-il en colère ? À cause de la Révolution ! Notons que Rossignol de Vallouise qui rend public le récit de l’abbé Grand, publie en 1807 à Turin, un ouvrage intitulé Des Prodiges arrivés à Rome en 1796. Ces prodiges, c’est-à-dire des tableaux où la Vierge représentée se met à pleurer, arrivent à l’annonce de l’occupation de Rome par les troupes françaises. Le phénomène a été étudié par Vittorio Messori et Rino Cammilleri dans Gli Occhi di Maria. Vous en trouverez les références dans la bibliographie que je vous ai distribuée.

Un Dieu qui « n’oublie jamais qu’il est notre père et que nous sommes ses enfants », le Sacré-Cœur, nous sommes en effet, dans une spiritualité rejetant le rigorisme janséniste.

Or, ce qui est frappant, parmi d’autres choses, dans la relation de l’abbé Grand et dans la présentation de Rossignol, c’est l’absence de référence à Benoîte Rencurel… « Des miracles éclatants et de la plus grande authenticité » ont eu lieu à Notre-Dame du Laus. Mais pas un mot de Benoîte Rencurel !

Du vivant de Benoîte Rencurel

Revenons à l’époque du vivant de Benoîte Rencurel et à un ouvrage répandu parmi le clergé du diocèse de Sisteron. Il s’agit des statuts synodaux publiés en 1711. Il est fait défense aux fidèles, sous peine d’excommunication, « de porter les enfants morts sans baptême à la chapelle de Notre-Dame du Laus, ou ailleurs, et de les déterrer à cet effet, sous le prétexte ridicule et superstitieux, qu’il s’y fait des miracles continuels, et que les enfants ressuscitent pour un instant, pour recevoir le baptême ». (p 203 des statuts synodaux de Sisteron en 1711).

Les mots sont forts. Ils soulignent un problème de santé publique à une époque où des épidémies dévastaient des familles entières. Déterrer un mort c’est répandre l’épidémie. Cependant, le texte de Mgr Thomassin,

évêque de Sisteron marque une défiance envers les « miracles continuels » qu’il qualifie de « prétexte ridicule et superstitieux ». Mais l’interdiction faite par l’évêque de Sisteron s’appuie sur un fait controversé au moment du premier procès. En effet, « la consolation apportée par Benoîte à une maman pleurant son enfant sans baptême est fortement incriminé ». Benoîte, selon l’histoire du Laus de Roger de Labriolle publiée dans les Annales du Laus (n° 245, janvier-mars 1982, p 26-27) « aurait dit que le désir si ardent des parents pour le baptême avait pu être reçu de Dieu, dont la miséricorde par une grâce spéciale avait pu être accordé à cet enfant la grâce sanctifiante et donc le bonheur de la vision de Dieu ». Or, pour l’Église, le baptême de désir n’existe pas dans ce cas car il est réservé aux martyrs et aux adultes prêts à être baptisés. Sur ce point et sur la doctrine actuelle de l’Église, je vous renvoie au canon 849 du code de droit canonique.

Toujours du vivant de Benoîte Rencurel, nous allons mettre en parallèle des récits publiés et manuscrits dans le livre de paroisse de Saint-Etienne sur l’été 1692. Cela ne fut pas une invasion des Savoyards comme il est écrit souvent. Il s’agit d’un raid par les troupes du duc de Savoie.

Dans la paroisse de Saint-Etienne d’Avançon, nous connaissons cet épisode de la guerre de la ligue d’Augsbourg par un paragraphe intitulé « Le village incendié par les troupes de Victor Amédée de Savoie » où il est écrit « que toutes les maisons dudit lieu de Saint Etienne ont été brûlées par les ennemis de l’état sauf deux petites de très peu de considération et il n’est aussi resté ni aucuns meubles ni aucuns papiers tant de ladite communauté que des particuliers ». C’est au début du mois de septembre 1692 selon le livre de paroisse que l’ennemi a « fait irruption dans ce pays de Dauphiné et notamment dans le baillage de Gap et Embrun se seront rendus maîtres de cedit lieu de Saint Etienne d’Avançon comme des lieux de Valserres, Remollon, que de la ville de Gap qu’ils ont brûlés aussi bien que cedit lieu de Saint Etienne lequel embrasement de St Etienne se sont trouvées toutes les maisons dudit lieu à la réserve de celles de Pierre Martinet et Dominique Trinquier dans le nombre desquelles maisons brûlées s’est trouvée la maison de Joseph Rolland […] dans laquelle les archives de la communauté étaient […] »

La maison de Benoîte Rencurel, nous la voyons ici en image, extrait du manuscrit historique de la maison voulu par Mgr Depéry, Thomas et François Bonnafoux a été entièrement brûlée et les meubles desdits Bonnafoux perdus en partie [30e sur le répertoire] comme la maison curiale a été brulée sauf les voutes » ainsi que (23e) « celle d’Anthoine Jullien aussi brûlée » sauf la voute et meubles de cave. Au hameau du Laus, la maison de Pierre et Jean Jullien a été brulée également sauf les planchers. Les granges avec les fourrages, grains et bétails sont sinistrés.

La maison de Joseph Vincent Bertrand a perdu ses meubles, le bétail, le fourrage. « La maison d’habitation des sieurs prêtres du Laus, le couvert […] et les planches [brûlés] n’étant restées que les voutes auquel brulement ont perdu grande quantité de grains et meubles. La maison de l’église au-dessus le chemin où habitait la veuve de Jacques Vincent a été aussi brulée ». La cloche de l’église Notre-Dame, qui n’est pas appelée chapelle ici, a été prise, des meubles ont été brisés ainsi que le grand autel.

Nous sommes là dans un épisode de la guerre de la ligue d’Augsbourg qui prendra fin avec le traité de Ryswick en 1697 mais qui est marquée par une campagne française dans le Palatinat particulièrement violente en 1688-1689. Dans notre région, la paix est acquise dès le 29 août 1696 par la paix de Turin. Dans nos vallées, la dimension religieuse n’est pas absente du conflit, quelques années après la révocation de l’édit de Nantes (1685) alors que les populations protestantes sont nombreuses et des familles contraintes à l’exil. Les troupes savoyardes, sont en fait ici des corps de mercenaires français de religion protestante, Vaudois et Calvinistes – des personnes pouvant être du pays (le « Savoyard » peut-il être haut-alpin ?) commandées par Ménard de Schomberg, de souche saxonne mais dont la famille est française aux XVIe et XVIIe siècles. Nous sommes ni plus ni moins ailleurs que dans une guerre civile.

La description des destructions que je donne est publiée par le père de Labriolle, p 186. Il précise, par ses recherches, probablement aux archives départementales, que « quatre femmes au moins » de Valserres furent violentées. Pourquoi s’attarder sur ce fait ? Parce qu’il est repris en 1992 par l’abbé Joseph Richard, sous son nom de guerre et de plume, Richard Duchamblo dans Invasion 1692. Il nomme les quatre femmes et date les faits pour deux d’entre-elles : 31 juillet et 1er août (p 53), ce que ne fait pas Labriolle. Or, ce qui frappe dans l’énumération des destructions à Saint-Etienne, c’est l’absence des personnes parce qu’elles ont fuies. À Notre-Dame du Laus, un mort est dénombré, seulement devant tant de destruction. Et à Valserres, quatre femmes violées puis assassinées… sauf que le 31 juillet et le 1er août, les Savoyards ne sont pas à Valserres alors que le siège d’Embrun commence le 4 août ! Les deux autres décès, eux, ne sont pas datés. Disons que les deux premiers ne sont peut-être pas dûs aux « ennemis de l’État ». Rappelons que l’abbé Barthélémy Hermitte est poursuivi par des soldats du roi lorsqu’il rejoint Benoîte Rencurel et Gaillard, à La Saulce, aux alentours du 4 août si nous suivons Duchamblo (p 52), plutôt les 12 ou 13 août selon Labriolle qui s’appuie sur le texte de l’abbé Gaillard (p 188) repris par le père Combal et Marie-Agnès Vallart-Rossi (p 303)

C’est à partir de cet épisode que Benoîte Rencurel se rend à Marseille, probablement introduite par Malaval, et va, notamment, loger chez les Rémusat avant même la naissance d’Anne-Madeleine, la célèbre visitandine dont la session d’ouverture du procès s’est tenue au Sacré-Cœur de Marseille. Elle est considérée comme une continuatrice de Marguerite Marie Alacoque. Malaval, Rémusat, pouvons-nous parler d’une école marseillaise de spiritualité ? Benoîte Rencurel en ferait-elle partie ?

Un mot sur la maison de Benoîte Rencurel. L’image vous la présente telle qu’elle se trouve avant l’incendie de 1850 dans le village de Saint-Etienne. Or, avant l’incendie de 1692 a détruit la maison. Nous sommes dans une reconstruction, fidèle probablement, mais une reconstruction.

Saint-Etienne et Notre-Dame du Laus en 1648

Collectivement, dans le numéro 371 du magazine de Notre-Dame du Laus, nous nous sommes essayés à une présentation de la vie sociale, politique, rurale, spirituelle de l’époque.

Chez Théodore Gautier 1780-1846), auteur d’une histoire de la ville de Gap, le Laus apparaît au milieu du XVIIe siècle comme une rivale naissante pour Embrun (p 594 tome I) et comme pôle d’attraction de pèlerinage et de procession (p 700 tome I). Dans un passage du tome II, notre auteur du XIXe siècle présente la paroisse de Saint-Etienne comme traversée par l’Avance et faisant partie de l’ancien diocèse d’Embrun. C’est en 1663 que Benoîte Rencurel eut des voix puis une apparition. Bon Rencontre est construite en 1640 soit avant même la naissance de Benoîte Rencurel : Gautier reprend là le chanoine Albert dans son histoire du diocèse d’Embrun. L’église est bâtie en 1668 avec les aumônes des fidèles et 300 livres données par l’archevêque d’Embrun d’alors, Georges d’Aubusson de la Feuillade.

Reprenons point par point ce que dit Théodore Gautier. En préambule, la rivalité avec Embrun s’entend parfaitement : le culte marial est profond dans la ville. Une série de miracles aux XIVe-XVe siècles attribué à la Vierge sous le nom de Notre-Dame du Réal font d’Embrun un lieu spirituel prestigieux. Gautier, d’abord, ne date pas le début des événements… avant de donner 1663 ! Ce n’est pas une erreur, c’est la rencontre avec Saint Maurice. Officiellement, les apparitions commencent en 1664. Gautier souligne, la construction de la chapelle de Bon Rencontre qui a une importance essentielle dans la vie de Benoîte puisque la Vierge l’y conduit dès septembre 1664 et que c’est autour que l’église de Notre-Dame du Laus va être construite entre 1666 et 1669. L’archevêque d’Embrun verse bien 300 livres dont une partie finance le portail frappé aux armes de sa famille. Il ne nous reste plus qu’à trouver la date de la dédicace de cette église !

Permettez-moi de revenir sur Saint Maurice. Je ne veux pas, ici, savoir si c’est saint Maurice qui est réellement apparu à Benoîte Rencurel ou bien un moine de Boscodon résidant dans le prieuré. Le père Combal, dans la biographie documentée (p 38-40) a essayé de dégager la réalité des faits en suivant, voire en résumant le père de Labriolle (p 22 à 26). Robert Pannet, en 1991, n’en parle pas. Prudemment, Labriolle ne conclut pas autrement qu’en disant que cette rencontre n’est pas « une prophétie du grand événement qui va bientôt survenir ».

Dans les archives du père Marie Adrien Sauvebois (1856-1935), conservées aux archives du diocèse, un dossier est consacré à Notre-Dame du Laus. C’est un prêtre de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. C’est un enseignant érudit mais dont le travail n’a pas la qualité de celui du père de Labriolle, par exemple. En revanche, il prend soin de reprendre la tradition autour de ce fait. À la fois pour dire que saint Maurice, s’il est apparu, est saint Maurice d’Agaune patron du prieuré et fondateur de l’abbaye suisse qui fête son 1500e anniversaire l’an prochain… et, j’ajoute, patron de la Savoie ! En revanche, c’est l’occasion pour le père Sauvebois de dresser la liste des prieurs – et de leurs défauts visés par l’apparition. Au moment du premier procès, cette apparition est évoquée pour être mise en doute dans la mesure où la tradition affirme qu’il prévient Benoîte des apparitions de la Vierge et que Benoîte ne « reconnait » pas celle-ci.

Conclusion

Pour conclure cette intervention, j’aimerai utiliser les réponses aux objections qui ont été faites à Benoîte dès les premières apparitions. Or, dès septembre 1665, le vicaire général d’Embrun, Lambert, avec d’autres prêtres, interrogent Benoîte et “ils « reconnurent les caractères d’une mission surnaturelle, confirmée peu après par le signe miraculeux demandé au Seigneur ». Quatre ans après, à Embrun, c’est l’abbé Javelly, nouveau vicaire général, qui rend hommage à la vertu de Benoîte dont l’attitude le convainc. En 1672, Mgr de Genlis lui-même avoue n’avoir jamais vu une telle vertu…

Luc-André Biarnais
Archiviste du diocèse de Gap et d’Embrun

 

Sources et bibliographie

Fonds paroissiaux
– Saint-Etienne le Laus (description)
– Notre-Dame du Laus (description)

Fonds de prêtres
– Marie Adrien Sauvebois, article Notre-Dame du Laus (manuscrits, les Gardistes, les prieurs, Pierre Gaillard, Sauveterre et le séminaire du diocèse de Gap).

Sur l’abbé Fantin des Odoards :
Philippe Bourdin (dir)

Sur les événements de 1790 :
Rossignol

Sur Notre-Dame du Laus :
– Marie Agnès Vallart-Rossi, René Combal, La Fondatrice du sanctuaire de Notre-Dame du Laus : Benoîte Rencurel : laîque du tiers-ordre de Saint-Dominique (1647-178) : biographie documentée, Rome, 1996, 650 p.
– Roger de Labriolle, Benoîte, la bergère de Notre-Dame du Laus, Notre-Dame du Laus, Editions du Laus, 2013, 300 p.
– Richard Duchamblo, Invasion 1692, Gap, Louis-Jean, 1992, 64 p.
– Théodore Gautier
– Robert Pannet, Notre-Dame du Laus et Benoîte Rencurel, Fayard, 1991, 156 p.