“Nous sommes une belle assemblée d’infidèles, mais…”
  • 3 novembre 2015

Dimanche 1er novembre, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présidait l’eucharistie en la cathédrale de Gap pour la Toussaint.

« Lorsqu’on parle des membres d’une assemblée comme la nôtre, dit-il, on la désigne communément en disant « les fidèles » ! Quelle erreur !… Au risque de vous choquer, je dirais que si nous pouvions placer derrière moi un grand miroir qui nous renverrait notre propre image nous aurions en fait celle d’une belle assemblée d’infidèles… »

Ci-dessous son homélie dans son intégralité.

Homélie

Aujourd’hui nous célébrons les saints, tous les saints, les connus et plus particulièrement les anonymes.
Ils sont encore plus nombreux que ceux que l’Église a officiellement reconnus et nous donne comme modèles et témoins exemplaires de la foi.
Tous ces hommes, ces femmes, ces enfants qui ont vécu dans la discrétion et l’anonymat, au service de Dieu et de leurs contemporains et qui partagent désormais la vie et la joie de Dieu.

Je me souviens avoir reçu un jour une équipe de télévision qui venait m’interviewer pour une émission en préparation pour les jeunes et dont le thème était : « Lorsqu’on a été infidèle, faut-il l’avouer ? »
Répondant à leurs questions, j’ai situé la fidélité dans une relation d’amour et de confiance dont le meilleur exemple que nous puissions trouver est notre relation personnelle au Christ.
Peut-on parler d’amour sans désir de fidélité ? Peut-on parler d’amour sans pardon ? Et peut-on parler de fidélité sans pardon ? Chacune de nos demandes de pardon ne sont-elles pas d’abord un aveu de manque d’amour et donc d’infidélité. N’est-ce pas la reconnaissance de nos infidélités que nous avouons dans la prière pénitentielle au début de la messe ?

Lorsqu’on parle des membres d’une assemblée comme la nôtre, on la désigne communément en disant « les fidèles » ! Quelle erreur !… Au risque de vous choquer, je dirais que si nous pouvions placer derrière moi un grand miroir qui nous renverrait notre propre image nous aurions en fait celle d’une belle assemblée d’infidèles…

Oui ! C’est ainsi. Nous ne sommes pas une assemblée de parfaits, de saints, et de fidèles. Mais une assemblée de pécheurs appelés à la sainteté ; car telle est notre vocation. Une assemblée de pauvres types, de pauvres femmes, qui essayent tant bien de mal de répondre à l’amour du Christ en puisant dans son Esprit la force d’aimer comme lui aime, et toujours confiant en sa miséricorde, n’oubliant pas son amour privilégié pour les plus infidèles. Son amour privilégié pour les plus infidèles… De quoi rendre jaloux ceux qui se croient fidèles !

Alors poursuivant la conversation avec ce journaliste, celui-ci a semblé étonné lorsque me demandant s’il m’était arrivé d’être infidèle, je lui ai répondu : «que je l’avais été, que je l’étais et que je le serais sans doute encore.» C’est cela le péché ! Mais je me sais aimé par-dessus tout.
Et il fut étonné encore lorsque je lui ai fait remarquer que le Christ choisit pour confier son Église l’un des deux de ceux qui ont été ouvertement, explicitement infidèles, Pierre et Judas. Pierre, celui qui a connu la souffrance du pécheur et la grâce et la joie du pardon. Pierre croira en l’amour du Christ il recevra le pardon, Judas lui en doutera et il ira se pendre.

Pour aider les infidèles que nous sommes à marcher vers la sainteté, l’Église nous donne des modèles : les saints.

Certains disent qu’ils sont démodés, poussiéreux, d’une autre époque. Un peu comme de vieilles statues couvertes de toiles d’araignées dans une église désertée.

Pourtant, des générations de croyants ont trouvé dans leur vie une inspiration décisive : François d’Assise, Dominique, Thérèse de Lisieux, Bernadette Soubirous, et même notre petite Benoîte, qui bien que pas encore canonisée par l’Église, l’est en revanche dans le cœur de beaucoup de celles et ceux qui fréquentent le sanctuaire de Notre-Dame du Laus.

Nos contemporains croient pouvoir se passer de modèles et de héros. Mais en même temps, nous constatons une hypertrophie des idoles, du sport, des stars du cinéma et de la télévision, les miss ceci ou les miss cela… Ils font l’objet d’un véritable culte, avec des rites, et des fans. Les importants chiffres de vente des journaux people – dont certains d’entre vous d’ailleurs sont peut-être les lecteurs.

L’originalité de notre foi, c’est qu’à travers les saints, des hommes et des femmes comme nous notre prière s’adresse à Dieu. Notre foi nous dit que l’humanité vient de Dieu et retourne à Dieu. La création est le fruit d’un amour et elle est appelée à retourner vers l’amour.

La Toussaint, la tous-saints nous révèle, notamment, dans le passage de l’apocalypse de saint Jean, que nous avons entendu en première lecture, que Dieu parvient à accomplir son œuvre.

La création tout entière, l’humanité n’est pas destinée à gémir. Blessée, souffrante, déchirée, écartelée, révoltée, amnésique, elle monte cependant vers une harmonie universelle, un bonheur total, celui de Dieu, celui que seul Dieu peut nous donner : « une foule immense d’hommes et de femmes de toutes races, langues, peuples et nations », la foule immense des saints, innombrable, impossible à compter.

Alors quand nous nous retournons sur notre vie, quand nous regardons le monde dans les médias, particulièrement en ce moment où nous voyons des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants errer à la recherche d’une terre pour les accueillir, nous sommes parfois tentés par le pessimisme : l’humanité est-elle devenue folle ? Où cela va-t-il ? Dieu nous a-t-il oubliés ? Dieu peut-il échouer dans l’accomplissement de son œuvre ? La Toussaint nous dit : « Non, Dieu ne peut que réussir mais il veut réussir par nous et avec nous. »

Le texte de l’évangile que nous avons entendu se termine ainsi : « Heureux êtes-vous si on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »

Nombreux sont aujourd’hui dans le monde celles et ceux qui vivent dans la foi ces situations. Prions pour eux !

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

Cet article a 4 commentaires

  1. Très belle homélie MONSEIGNEUR,avec un franc parler sans blesser notre amour propre.Il faut l’Amour de DIEU et une grande foi pour aimer comme il nous aime et pardonner nos péchés.Seul l’Amour sauve.Merci MONSEIGNEUR de ces paroles sincères qui donnent à méditer!

  2. prions pour eux ou agissons pour eux deux démarches qui ne se ressemblent pas et pourtant n’est il pas nécessaire de liberer l’humain de ce qui le gêne qui l’empêche d’avancer . Je crois que l’église devrait faire davantage cette démarche d’agir pour les humains . Moi je parle de la nature qui nous entoure et qui est plus éfficace que l’homme . Je pense à Bill Gate qui à l’air de comprendre mon discours et pourtant cet homme est capable de mener des opérations d’agrochimie qui introduit la richesse pour une minorité et la pauvreté pour le plus grand nombre Alors agissont devant ces comportements qui trompent

  3. un grand merci
    tres belle homélie
    c est vrai , il faut savoir Aimer et pardonner, meme si notre prochain nous fait des misères
    merci Mgr Di Falco de nous remettre les idées en place .

  4. chose pas facile d’aimer comme Il nous aime ! mais au moins essayons ! Belle homélie Monseigneur .

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