Obsèques du père Joseph Catelan : « Je suis un prêtre heureux ! »

Jeudi 10 décembre 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé la messe pour les obsèques du père Joseph Catelan, décédé lundi 7 décembre, à un mois de ses 96 ans.

Ainsi que le père Joseph Catelan l’avait demandé, la célébration a eu lieu en la cathédrale de Gap, où il avait été ordonné prêtre le 29 juin 1946. L’inhumation a eu lieu ensuite à la Chapelle-en-Valgaudemar, son village natal.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a lu des extraits de lettres du père Joseph Catelan, adressées au cours de son long ministère à différents évêques de Gap. Des lettres poignantes d’humilité, de sincérité, de vérité. Des lettres qui sont aussi un appel à la responsabilité de chacun sur la manière dont il considère les prêtres et parle d’eux… Confronté à des médisances, à des actes de méchanceté gratuite, à des vilénies, le père Joseph Catelan écrivait : « Après trente ans de sacerdoce dans des conditions difficiles, voilà, ce qu’il faut supporter. Je pense au Christ, il en a vu d’autres. Mais il avait autour de lui sa mère, les saintes femmes, les apôtres, et l’oasis de Béthanie. Et ici, j’en ai marre. Marre ! Et pourtant j’aime mon sacerdoce plus que ma vie !… » À la fin de sa vie, il pouvait confier cependant : « Je suis un prêtre heureux ! »

Ci-dessous les vidéos de la présentation du père Joseph Catelan par le père Sébastien Dubois, curé, du mot où Mgr Jean-Michel di Falco Léandri présente ces extraits de lettres évoquées ci-dessus, de l’homélie du père Pierre Fournier, et de l’absoute à la fin de la célébration.

Et diaporama de la célébration en fin d’article.

Mot de présentation du père Sébastien Dubois

Mot de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Homélie du père Pierre Fournier

Le père Joseph Catelan nous quitte à l’âge de 95 ans. Depuis le décès du père Louis Guillaumier, puis du père Joseph Peyre, le père Catelan était devenu le doyen des prêtres de notre diocèse. Malgré plusieurs passages difficiles sur le plan de la santé, il est resté vigoureux jusqu’au bout, physiquement et intellectuellement, puisque le 21 novembre dernier il participait encore à une conférence au Centre diocésain pape François. Aujourd’hui, nous l’entourons de la prière reconnaissante de notre diocèse, avec vous sa famille et ses proches, mais aussi avec le souvenir et la prière de ceux qui l’ont connu dans son ministère de prêtre au village de Sainte-Marie de Rosans et de la vallée de l’Oule, puis à Gap, à la paroisse de la Cathédrale, puis à Saint-Etienne-en-Dévoluy, puis en Embrunais à Châteauroux et aux paroisses voisines, et, enfin, pendant vingt ans, à Aspres-sur-Buëch, avant qu’il revienne à Gap, à Clairfont et à la Maison Saint-Marcellin, tout en assurant un service actif à Pelleautier et Sigoyer.

Natif du Valgaudemar, le père Catelan est toujours resté attaché à son village natal, à son environnement fait de milieu rural et de hautes montagnes. Il était habité par le goût de la nature, de la contemplation de la Création, le goût des marches et des ascensions en haute montagne. Il a composé un chant vantant les beautés du Valgaudemar.

La Parole de Dieu qui a été choisie éclaire bien la personnalité, la foi profonde, et le service pastoral du père Catelan. Quand Jésus pleure son ami Lazare près du tombeau, nous pensons au père Catelan qui, sur son chemin, avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, s’est fait proche de tant de personnes en souffrance. Selon le psaume qui chante le Seigneur bon Berger, c’est le père Catelan qui a consacré sa vie à guider ceux qui lui ont été confiés. Selon saint Paul qui affirme la foi en la résurrection (« Un jour, nous serons tous transformés. » 1 Cor. 15), c’est la destinée du père Catelan qui peut s’ouvrir maintenant à l’appel de Dieu vers la Vie transformée, transfigurée, ressuscitée.

À la lumière de la Parole de Dieu, nous pouvons retenir de lui trois aspects principaux.

Sur la vocation des prêtres

Le père Catelan a été ordonné prêtre à 26 ans, peu après la fin de la guerre 1939-45 : en 1946. Il s’était soustrait au Service de Travail obligatoire (le STO). Quittant alors le séminaire, il a rejoint le maquis et la Résistance. Nous pouvons ainsi nous rappeler certaines de ses réflexions sur la vocation de prêtre. Devient-on prêtre sous l’influence de tel ou tel environnement déterminant ? sous l’influence du milieu familial, du milieu ambiant… ? À ce sujet, il répondait de façon très nette : « Notre liberté de choix de vie a été totale. Entre notre formation au séminaire et notre ordination, il y a eu tellement d’occasions de se poser des questions, notamment à la période de la Guerre 39-45 quand la société était si bousculée, quand nous participions à la Résistance… En ces circonstances, notre choix de devenir prêtre a été tout à fait conscient, clair, motivé, et libre. Nous avons choisi de donner notre vie pour le Christ, pour l’annonce de l’Évangile, et nous avons vécu cette démarche comme l’expérience d’un appel intérieur du Christ pour l’Église et le monde d’aujourd’hui ». Ce sens de la vocation des prêtres, le père Catelan l’a longtemps approfondi en tant qu’aumônier diocésain du Mouvement des « Aides au Prêtre » : aumônier de membres de la famille de prêtres en paroisse, aumônier de personnes bénévoles au service paroissial en collaboration, au presbytère, avec des prêtres. Au sein de ce Mouvement, au sujet des « Aides au Prêtre », le père Catelan faisait remarquer que dans l’expression « Les Aides au Prêtre », le mot « Prêtre » s’écrit avec une grande majuscule, car il désigne non pas tel ou tel prêtre à soutenir, mais le Prêtre par excellence, le Christ lui-même. De ce fait, le père Catelan manifestait qu’il vivait son ministère presbytéral comme le Service du Christ Prêtre, pasteur de son Peuple. Il était heureux de voir naître et grandir des vocations de prêtres, de religieuses et de religieux.

Le dynamisme de son ministère de prêtre

Le père Joseph Catelan (1920-2015)

Son ministère de prêtre serviteur du Christ Prêtre, le père Catelan l’a vécu avec beaucoup d’attention, de goût pour les réalités bien conduites et bien suivies. Il était quelqu’un de très soigneux. Soigneux de la vie intérieure et de la qualité chrétienne de la vie. Son conseil : « Il faut vivre une vie qui plaise à Dieu ». Soigneux dans l’approfondissement permanent de la foi. Il remarquait : « Le prêtre qui ne lit pas est un prêtre qui se vide ». Soigneux de la liturgie, de la célébration de l’eucharistie et des autres sacrements. Soigneux de ses prédications : dans ses homélies sa parole se faisait à la fois chaleureuse et sensible, ample, et même lyrique, et persuasive. Soigneux des lieux de rassemblements et de prière : il est à l’origine de travaux de rénovation de plusieurs églises : au Dévoluy, à Châteauroux, et en d’autres lieux encore. Dans sa foi, la Vierge Marie, la Mère du Sauveur, tenait une place particulière : elle était la Vierge apparue à Notre-Dame du Laus et à Notre-Dame de La Salette, à Notre-Dame de Lourdes ; elle était « Notre-Dame du Dévoluy » avec la statue de la Vierge au Col du Festre. Par ailleurs, le père Catelan était fier d’avoir eu un père guide de haute montagne en Valgaudemar : sur l’image de son Jubilé d’ordination en 1996, il a fait imprimer la silhouette d’un alpiniste en ascension vers les sommets. Il signifiait par là combien la vie spirituelle est une ascension permanente vers le Seigneur pour vivre en union intime avec Lui.

Son bilan pastoral de prêtre en paroisse

Pour saisir ce qui a animé la passion pastorale du père Catelan au cœur du peuple chrétien et d’une population en son ensemble, nous pouvons (re)lire la quinzaine de pages qu’il a écrites dans le Registre de la paroisse d’Aspres-sur-Buëch quand il quittait ce secteur du Buëch. Il décrit là la façon dont il a reçu les orientations du concile Vatican II et les a mises en pratique : il s’est efforcé de vivre à la suite du Christ pasteur et Prêtre, veillant à l’épanouissement des diverses vocations, veillant à la formation et à une vraie responsabilisation des laïcs dans le service de tous, particulièrement dans la vie liturgique, dans la catéchèse, dans le service des autres. Il a veillé à sa propre disponibilité missionnaire envers les familles, les personnes malades ou en difficulté, envers tous. Tel ou tel catéchumène se souviendra encore longtemps de sa qualité d’écoute et d’accompagnement. Il s’intéressait beaucoup à ce qui est dynamisant dans la vie de l’Église, à l’expérience de l’Esprit Saint avec le renouveau charismatique, à l’expérience des solidarités proches ou plus lointaines avec des Mouvements ou des organismes caritatifs.

Le père Catelan nous a quittés à la veille de la fête de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie et de l’entrée de l’Église universelle dans le grand Jubilé de la miséricorde du Seigneur. Dans son ministère, il n’a pas cessé d’être un signe de la miséricorde du Christ pour chacun. Nous prions pour qu’il  soit maintenant accueilli dans la miséricorde du Père du Ciel.

Père Pierre Fournier

Absoute

[flagallery gid=121]

Cet article a 2 commentaires

  1. croassant

    Le Père Joseph Catelan,je cite” Je suis un Prêtre heureux” et non ,un homme heureux.Enfin! il pouvait être les deux.Je l’admire pour son courage et sa patience.Lui aussi à porter sa croix,mais son adoration pour la Vierge Marie à été un grand réconfort pour l’aider à vivre à la suite du Christ. MONSEIGNEUR,la lecture de ses lettres me font mal!Je prie pour qu’il repose en paix!

  2. croassant

    MONSEIGNEUR,la lecture des lettres,les mots,du Père Joseph Catelan,pour son inhumation,est insoutenable! “J’en ai marre!”.Vivre et subir toutes ces méchancetés de ces paroissiens;impensable! Lui,un Prêtre,missionnaire,très disponible et demander pardon dans son testament.Décédé le 8 décembre,jour de l’Immaculée Conception,la Vierge Marie veille sur lui et la Miséricorde lui accorde le chemin du pardon. MONEIGNEUR,vous recevez les mêmes courriers des Prêtres en souffrance.De tout cœur avec vous,de tels propos,faits et gestes,me touchent profondément! Que le Père Joseph,repose en paix,”Je suis un homme heureux”.MONSEIGNEUR,prions pour son âme.

Les commentaires sont fermés.