Obsèques du Père Pierre Fournier

Voici la vidéo de la célébration des funérailles du Père Pierre Fournier, tournée par RCF Alpes-Provence. Un grand merci à l’équipe qui s’est mobilisée pour assurer la retransmission en direct de cette messe, et en particulier à Cédric qui est le producteur de cette vidéo.

Vous trouverez à la suite le texte du témoignage du Père Bardet, les enregistrements des messages du Père Marius Chevallier et de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque émérite de Gap et Embrun, ainsi que les remerciements rédigés par le Père Pierre Fournier lui-même avant son décès et lus par le Père André Bernardi.

20210320 Obsèques du Père Pierre Fournier

Témoignage du Père Jean-Michel Bardet, vicaire général et ancien élève du Père Pierre Fournier

Des bergers appelés de derrière leurs troupeaux pour conduire des frères et des sœurs vers plus de rencontre, plus de vie et plus de vérité, il y en a bien des exemples dans la Bible…

« Je n’étais pas prophète, ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores ; mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau… » Amos 7,14

Né à Fréjus, c’est de Ceillac que Pierre revendiquait fièrement ses origines : on l’appellera volontiers l’ami Pierrot des montagnes !

Très tôt, il avait pris la fâcheuse habitude de dévorer des ouvrages, partant au petit matin, durant les mois d’été en gardant les troupeaux en Dévoluy ; il revenait, le soir, faisant déjà une recension précise de sa lecture du jour : une fâcheuse habitude qu’il gardera jusqu’au terme de sa vie, accueillant les dernières encycliques du moment dès leurs parutions, en en donnant la synthèse aux membres du conseil épiscopal, lors du café du matin…

Une encyclopédie sur patte ! Son évêque d’alors l’avait envoyé concourir à « Question pour un Champion » …  Il a calé je crois sur la question de l’âge de Beyoncé !

Un phénoménal puits de science, et surtout une mémoire dont la vitalité se manifestait en des synthèses étourdissantes : assoiffé de connaissances, aux aguets de toute pensée pour la saisir davantage, la synthèse qu’il en proposait été bien débordante, foisonnante (si bien que les jeunes étudiants que nous étions au séminaire d’Avignon espéraient ardemment… la synthèse de la synthèse).

« Un homme qui plantait des arbres » (au jour de son anniversaire, tous les quatre ans) ! Sans doute un clin d’œil à un poète régional ; peut-être aussi pour se racheter du nombre incalculable de fois où Pierre a fait jouer, rejouer, re-re jouer le « sketch du bûcheron » avec ses jeunes d’aumônerie, du séminaire, et des moins jeunes sans aucun doute.

Cet homme donc, a eu en particulier l’amour de l’histoire : l’histoire universelle tout autant que celle de ce département, de cette terre locale, de ce diocèse, de ces montagnes qu’il aura arpenté de mille façons (et dont il aura aussi dévalé les pentes dans sa combinaison rouge durant la saison d’hiver – la station de Vars s’en souvient)

Il désirait ardemment que chacun puisse parcourir les chemins du diocèse, aussi bien dans l’espace-temps, que dans toutes ses réalités sociales, économiques, géographiques, tout simplement humaines. Je cite un confrère : « un prêtre, un homme qui n’avait de cesse de chercher l’intelligence de la Foi, d’enraciner l’Evangile dans le cœur des gens de nos vallées ».

Nous nous souviendrons de l’énergie qu’il mettait à partir au-devant de « l’homme politique » en amont de chaque échéance électorale, afin d’interpeler et de donner à penser, aussi bien aux candidats qu’aux électeurs. Il aimait labourer ce grand champ politique à l’échelle de la commune, du département, entraînant même certains comme en pèlerinage jusqu’aux institutions européennes : là comme ailleurs, il semait des graines d’Evangile.

Homme de montagne, il aura crapahuté ici et ailleurs, dans les livres comme sur les sentiers : s’élançant avec énergie sur les pentes du Mont-Horeb tout autant que vers les sommets de l’Evangile ; sautant de roches en roches, franchissant le gué de Jacob avec la même appétence que les torrents du Queyras ; dévalant les ravins de Ge-Hinnon, il visitait en même temps la Torah, le Talmud :

« Voici vraiment un fils d’Israël : il n’y a pas de ruse en lui ». Jn 1, 47

Enseignant pendant le temps de sa coopération au Soudan, il y rencontre le Coran, et s’y fait des amis, des frères.

Pierre avait suscité en 2007 le collectif « Gap-Espérance » dans l’élan du dialogue interreligieux, au carrefour des religions et de la société civile ; Monsieur Rachid Negaz, poursuivant cette œuvre avec d’autres aujourd’hui, nous transmet ce message : « Ce fut un prêtre qui a tant œuvré pour la paix entre les peuples, le dialogue inter-religieux et le vivre ensemble. Homme d’une grande culture, il était un des piliers du collectif Gap-Espérance. Nous n’oublierons jamais tout ce qu’il a pu apporter notamment au sein de notre département des Hautes Alpes ; aux côtés de nos frères et sœurs chrétiens, il nous a soutenu depuis le début dans notre projet d’obtenir un lieu de culte musulman ; il a toujours fait en sorte de rapprocher nos différentes communautés »

La communauté catholique et le diocèse de Gap, accueille avec gratitude, cher frère, l’expression de vos témoignages et de vos condoléances, et ceux de tant d’autres personnes qui se sont manifestées jusqu’à ce jour.

Avec la même constance, Pierre ne cessait de souffler sur la braise du foyer de l’œcuménisme :

« C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’ils reconnaitront que vous êtes mes disciples » Jn 13,35

Merci au conseil presbytéral de l’Eglise Protestante Unie de France, de nous partager ces paroles de reconnaissance au père Fournier : « Véritable pierre d’angle du dialogue inter-religieux. Dialogue : ce joli mot, si bien défini ainsi « comme une parole raisonnée et agissante, qui pénètre, tranche et traverse complètement et méticuleusement » : je crois que le professeur de philosophie que Pierre Fournier a été au lycée protestant du Chambon sur Lignon aurait approuvé cette définition ».

Merci à tous, amis de confessions si diverses, chrétiennes et non-chrétiennes, amis soucieux de la Paix entre Frères et Sœurs : notre communauté diocésaine vous exprime sa reconnaissance : elle reçoit avec une joie profonde vos témoignages vis-à-vis de l’œuvre d’un de ses fils.

Pierre ! Avec un pareil prénom, tu aurais finalement pu être Pape… mais plus précisément par la concomitance de ton expression de Foi avec ce que nous transmet aujourd’hui l’Église par la voix de son pasteur François : « Laudato Si », « Fratelli Tutti », et tutti quanti…

Finalement plus romain que tu n’en donnais l’air, tu auras assimilé, digéré l’enseignement social de l’Église, sa doctrine sacramentelle, son Ecclésiologie, ses développements sur la bioéthique, etc… Et tu l’auras dispensé par une vulgarisation que tu voulais la plus accessible possible.

Chemins de rencontres, chemins de Vie, tu as pleinement abondé dans cette recherche de l’Unité par tant de contributions d’articles, d’émissions radiophoniques, alimentant ainsi de vrais « chemins de dialogue » avec bien des interlocuteurs, lecteurs, auditeurs et marcheurs.

Sur tous ces chemins-là, nous avançons à pied, et nous sommes invités à ôter nos sandales : l’Evangile pénètre le cœur par les pieds ! Cette maxime-là aussi, tu l’auras mise en pratique, entraînant bien des pèlerins dans ton sillage : Jordanie, Syrie, Égypte, Turquie, Russie, Liban, Bénin, Sénégal, Éthiopie, Arménie, Soudan, … : « de vraies cessions mobiles dans l’Écriture, l’Histoire et la sociologie de chaque pays, en particulier du Moyen-Orient » témoigne Mgr Samir Nassar.

Mais tu savais aussi faire plus proche : la Marche dite « du 12 » était un peu du même ordre ; et les étapes Haute-Alpines du chemin de Compostelle, dont tu t’es fait l’Apôtre, auront permis à beaucoup d’avancer sur cette route à la rencontre, et du Seigneur, et de frères et sœurs, en vérité.

Je suis sans doute obligé de me taire à présent : je ne saurai bien faire la synthèse de la synthèse de la synthèse… tous, vous avez tant de chose à relater : de ces rencontres riches, profondes, sympathiques, intelligentes et heureuses : la Joie de l’Evangile est toute proche !

Mais je voudrais cependant faire droit à ces dernières années, ces derniers mois, ces dernières heures.

Comme tout être humain, Pierre aura vécu la croix ; et comme disciple du Seigneur, il l’aura porté dans le Christ ; sans doute à bien d’autres moments de sa vie, mais là, dans sa chair douloureuse d’une épreuve autant physique que morale.

Le chêne, le roc, celui qui nous semblait inébranlable, si solide…

Certains sont venus nous dire qu’ils ont été bouleversés par la faille béante de sa vulnérabilité au cœur de la maladie, un de ces bouleversements qui ouvre sur la Vérité.

 Il aurait laissé voir, avec la pudeur et l’humilité qui étaient siennes, que sa force était finalement celle d’un Autre ; il aurait parfois murmuré « Mon Père, que cette coupe passe loin de moi » Lc 22,42

Et dans sa confiance de disciple, soumis au souffle de l’Esprit – ce qu’il s’est sans aucun doute efforcé de vivre chaque jour – le Christ lui-même aurait prononcé avec lui, en lui, par lui :

« Cependant non pas comme moi je veux, mais comme toi, Père, le Miséricordieux, tu veux »

Leçon de vie, leçon de théologie incarné, professeur inné : rendons grâce tous ensemble pour cette Offrande, pour cet homme, appelé comme vous et moi à vivre de la sainteté de Dieu.

Accueillons encore cette parole transmise par un frère musulman :

« Le prophète a dit mourez avant que vous mourriez : c’est là la véritable mort, car l’autre mort n’est qu’un changement de demeure ; le vrai sens de la mort c’est l’extinction du serviteur, c’est-à-dire son effacement total en Dieu. »

Père Jean-Michel Bardet

Père Marius Chevallier

Témoignage du Père Marius Chevallier

Témoignage du Père Marius Chevallier lors des obsèques du Père Pierre Fournier

J’ai entendu tout à l’heure que Pierre nous écoute, donc je prends le risque de dire quelques mots. La vie de Pierre nous aide à bien vivre le temps présent, le temps actuel qui n’est pas drôle du tout. Il était un chercheur de lumière et de vérité infatigable, et comme Jésus, il ne respectait pas toujours le jour du Sabbat. Je pense que Dieu lui pardonnera.

Sa mission principale a été auprès des jeunes, les lycées en particulier. Le virus d’éducateur, animateur, professeur, il l’a pris, je pense, à Khartoum, au Soudan, donc c’est un virus africain. Il a fait deux ans de coopération. Il enseignait le français, et les élèves qu’il avait lui ont appris la langue arabe, en cours de récréation en particulier. Il a ainsi découvert que vivre, c’est écouter, c’est dialoguer, et prier c’est dialoguer avec Dieu.

Chaque année il préparait un camp pèlerinage à l’étranger : l’Afrique, la Russie, l’Inde. Dans ces camps-pèlerinages, la messe était célébrée quotidiennement, sauf vraiment une raison majeure, quelque soit la météo, le froid, le vent, le soleil, la fatigue, on pourrait dire les tempêtes. Tout cela faisait partie de la célébration de la messe. Et la crise du covid ne l’a pas empêché de célébrer des funérailles l’année dernière. Il a écrit une prière pour un temps de covid, qui se termine à peu près par ces mots, ces mots à ne pas oublier : “Nous sommes menacés de résurrection”. Il ajoutait aussi par ailleurs : “Jésus n’est pas ressuscité tout seul, mais avec nous. Quel bonheur d’avancer chaque jour au fil de nos joies et de nos expériences.”

Merci Pierre, maintenant tu peux respecter le jour du Sabbat. N’oublie pas de prier pour nous, on sait qu’en général tu ne disais pas non, n’oublie pas de prier pour nous, puisque tu as 20 jours d’avance sur les fêtes de Pâques.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Message de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque émérite du diocèse de Gap et Embrun

Message de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri lors des funérailles du Père Pierre Fournier

J’ai aimé Pierre, et je continuerai à l’aimer. Dieu nous l’a donné, Dieu nous l’a repris. Et bien, non ! Ce serait trop facile de dire “Dieu nous l’a donné, Dieu nous l’a repris, que Sa volonté soit faite”. Et bien non ! Nous avons le droit d’interpeller le Seigneur et Jésus-Christ pour déposer sur ses épaules tout nos pourquoi.

Pourquoi ce prêtre ? Pourquoi maintenant, alors que nous avions encore besoin de lui ? Bien sûr il continuera à nous accompagner là où il va, là où il est, mais nous aurions bien aimé encore le garder avec nous. J’ai eu le privilège de l’avoir à mes côtés pendant 14 ans. On a le droit de sourire aussi le jour où l’on accompagne quelqu’un que l’on a aimé. Je veux simplement évoquer son comportement lors des conseils épiscopaux.

Il y a ceux qui prennent la parole sans cesse, il y a ceux qui coupent la parole à ceux qui sont en train de parler. Pierre n’était pas de ceux-là. Il écoutait. Et puis il y avait une sorte de complicité entre lui et moi, et il suffisait que je le regarde pour voir dans son regard qu’il avait beaucoup de choses à dire, mais que tant que je ne lui aurais pas dit : “Pierre, que pensez-vous de cette situation ?”, il n’aurait pas pris la parole.

C’était cet homme discret, et toutes les qualités qui ont été évoquées tout à l’heure à son propos. Pierre était un roc, un roc dans la foi, et cependant ce roc, physiquement, a été atteint par la maladie. Chaque fois que je lui rendais visite, au moment de nous séparer, lorsqu’il me disait au revoir, sa voix était pleine de sanglots. Et bien, les sanglots qui sont les nôtres ce matin, offrons-les pour lui au Seigneur Jésus-Christ.

Père André Bernardi

Remerciements du Père Pierre Fournier, lus par le Père André Bernardi, curé du secteur d’Embrun

Chers Père Évêque et confrères prêtres et diacres,
Chers membres de ma famille et parenté,
Chers amis et tous,

Au moment de mon grand Passage vers le face à face avec le Seigneur, je vous dis un grand MERCI de tout cœur pour tout le soutien que vous m’avez apporté aux différentes étapes de ma vie, et particulièrement avec votre prière lors de mes hospitalisations.

Dans les différents ministères qui m’ont été confiés en paroisses, en services diocésains et à Avignon, pendant 11 ans, au Séminaire interdiocésain auprès des séminaristes, j’ai été heureux et j’en rends grâce au Seigneur.

Je demande sincèrement PARDON à ceux que j’ai pu décevoir par mon comportement, mes paroles, et par mes manques d’attention et de disponibilité ; avec votre pardon, je m’en remets à Dieu le Miséricordieux.

Justement, en 2016, nous avons eu la chance du Jubilé de la Miséricorde du Seigneur. J’ai réappris à faire le signe de la Croix en disant discrètement :

« Au nom du Père miséricordieux,
et du Fils miséricordieux,
et du Saint Esprit miséricordieux ».

Ces paroles m’ont aidé.

Notre diocèse, dans ses montagnes, a beaucoup de sentiers de randonnée. Au moment où je m’en vais vers les sentiers du Royaume des Cieux, priez pour que j’entende l’appel du Christ à le suivre sur les sentiers de la purification, de la résurrection et de l’immense Lumière de l’Amour divin.

En vous remerciant encore pour tous vos soutiens et votre prière, je vous dis mes amitiés et mon « Au-revoir » !

                                                                                                                                                                                            Pierre

Cet article a 2 commentaires

  1. faure rose-marie

    merci pierre pour ton soutien et tes encouragements lors de l installation de l ‘orgue à serres ;lors de sa bénédiction tu nous a dit: c’est une personne ;là où tu es il va continuer à dialoguer avec toi ;les amis de l’orgue de serres rose-marie faure

  2. Michel FATON

    Merci pour mettre à disposition les textes dits lors de cette cérémonie, qui me permettront, à leur lecture reposée d’appréhender mieux encore cette personnalité tellement attachante de notre père Pierre FOURNIER, et les messages d’espérance qu’ils transmettent opportunément à si près de la célébration de Pâques. Cette cérémonie hommage restera gravée dans mes souvenirs … elle fut intense, chargée d’émotions, à la hauteur de ce que fut Pierre et la matérialisation d’un remerciement collectif, chaleureux, fraternel, pour ce qu’il a donné sans retenue, avec la conviction de sa foi et dans le respect de ses engagements. Merci donc à toutes celles et ceux qui ont été les artisans de cet hommage. Dieu vous garde… Dieu guide nos pas… Dieu… pierre d’achoppement de nos existences… MERCI…

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