Les obsèques du père Élie Mathieu se sont déroulées le mercredi 20 juillet 2016 à Saint-Véran, son village natal dans le Queyras. Malgré les vacances et la distance, les personnes qui le pouvaient s’y sont rendues : membres de sa famille, anciens du séminaire de Charance, amis et fidèles qui ont bénéficié de son ministère, prêtres du diocèse et du sanctuaire Notre-Dame du Laus dont le père Élie a été le recteur, personnel de la maison Saint-Marcellin à Gap où il a passé les dernières années de sa vie.

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Ci-dessous l’accueil par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri qui présidait la célébration, un résumé de la vie du père Élie par le père André Bernardi, doyen du Guillestrois-Queyras-Embrunais-Savinois, et l’homélie de Mgr Félix Caillet, lui-même ancien vicaire général comme le père Élie.

 

Homélie

« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais. Avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré. »

Le récit de la vocation du prophète Jérémie nous enracine dans l’histoire, dans le temps avant notre temps, dans le temps qui nous précède, le temps de l’ « avant même ! » Telle est l’histoire de toute vocation pour les croyants quand ils prennent le temps de relire leur existence sous le regard de Dieu. Le père Mathieu, Élie, dont c’est la fête aujourd’hui, était connu du Seigneur depuis toujours, avant même sa naissance voici 90 ans. Il en avait conscience. Sa vocation, il ne la tenait pas de lui-même, il l’a reçue de son Seigneur. C’est certainement cette foi, cette confiance, qui lui a donné de vivre un ministère aussi varié et aussi riche.

« Avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré. » Cette Parole, elle est aussi pour nous dans la diversité de nos vocations et de nos missions. « Seigneur, tu me sondes et me connais. Tu m’as tissé dans le sein de ma mère… rien n’est caché pour toi lorsque j’étais formé dans le secret… chacun de mes jours était prévu dès avant que le premier eût commencé de luire. » C’était cette conscience qui habitait le cœur du Père Mathieu. Sa vie, son existence, son ministère, il les a reçus du Seigneur. Combien de fois, avons-nous pensé qu’Élie se trouvait à la porte de l’autre vie ! Il était ce « trompe la mort ». Combien de fois nous l’avons vu reprendre goût à la vie. Notre Dame du Laus, avec Benoîte, Notre Dame de Clausis ne lui ont jamais lâché la main mais l’ont tiré vers la vie. Et pour ma part, j’en ai fait également l’expérience. Son entourage, le personnel de la maison Saint-Marcellin, avec la délicatesse de chacun, lui ont donné un supplément de vie, un surcroît de vie.

À chacun, à chacune d’entre nous, de relire notre histoire pour y reconnaître l’empreinte de la présence du Seigneur et de Marie, Notre Dame de Clausis, de Notre Dame du Laus.

La vocation d’Élie, assumée dans la liberté jusqu’à ce dernier samedi, nous renvoie à la nôtre. Nous ne sommes pas propriétaires de cette vocation. Elle nous est donnée. Pour Élie, une vocation d’homme enracinée dans l’humanité à Saint-Véran, au cœur des paroisses avec qui il a cheminé. Une vocation de prêtre dans la diversité des missions qui lui ont été confiées. Une vocation vécue dans la souffrance physique et morale, une vocation vécue dans une confiance indéfectible de chaque jour, une vocation accomplie et assumée grâce à la présence et au soutien de vous les amis, de vous la famille, de toi Vincent, son filleul, de ses confrères, et de tout le personnel qui l’ont entouré.

Une vie consacrée aux semailles. Il n’a jamais cessé de semer, dans une terre déjà travaillée, comme il le reconnaissait, par ses prédécesseurs, une terre aride parfois, une terre où les ronces cherchent à envahir. À nous de semer dans les sols de toutes natures, dans le cœur de chacun. Des cœurs d’excellente pâte humaine de simplicité, sans détours. Des cœurs qui ne demandent qu’à aimer, à pardonner.

Élie a été ministre du pardon, de la miséricorde, ce pardon et cette miséricorde du Père qui ne juge pas, ne condamne pas, mais qui ouvre à un avenir. Ministre de l’Eucharistie, il invitait à l’action de grâce au nom du Seigneur Jésus-Christ. En cela, son coin de paradis de Saint-Véran l’a ouvert à la beauté, à la Providence du Seigneur, à la grandeur des relations familiales et fraternelles. Par Élie, le Seigneur a semé dans notre cœur des grains d’Amour, de miséricorde, de Paix, de confiance. À nous d’en faire la récolte.

Élie, c’est toi qui m’as accueilli dans ce diocèse de Gap et d’Embrun voici 28 ans.

Élie, voisins à la maison diocésaine, j’avais beaucoup de bonheur à passer quelque temps à tes côtés. Ton sourire m’accueillait toujours. Élie, merci. Que, grâce à toi, la vocation que le Seigneur nous a confiée germe et grandisse !

Mgr Félix Caillet
Curé de Guillestre