Ordination diaconale de Mickaël Fontaine : « Il n’y a pas d’étrangers dans l’Église »

Samedi 4 mai 2013, dans une église Saint-Roch pleine de ses 650 places, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a ordonné diacre Mickaël Fontaine, présent depuis trois ans sur le diocèse dont deux sur la paroisse Saint-Arnoux du Gapençais. Ci-dessous une vidéo, un diaporama photos, ainsi que le son et le texte de l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.

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D’autres photos seront mises en ligne ultérieurement.

 

Homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

 

 

Cher Mickaël, Chers amis,

Tu m’as adressé il y a quelques semaines une longue lettre de demande d’ordination. Je la reprendrai ici en m’arrêtant sur tel ou tel point que tu abordes, te partageant ce que ce point suscite en moi comme réflexion, comme commentaire, en fonction de ce que tu es, de ce que je pense que le Christ veut comme pasteur aujourd’hui pour son Église.

Tu as fait ta demande dans la liberté. Des fiancés qui s’engagent dans le mariage doivent le faire en pleine liberté. Toute demande d’ordination doit être faite en totale liberté. Le Christ qui a donné sa vie pour nous l’a fait en pleine liberté. Dieu n’agit pas de façon magique. Il n’agit qu’avec notre liberté. Dieu interpelle notre liberté. Il nous invite à coopérer librement à son action, avec le feu de l’Esprit Saint. Par le baptême, Dieu a apposé un sceau sur toi. Et c’est par ta disponibilité à dire « oui » que tu rends l’action divine efficace dans ta vie. Comme la Vierge Marie dans son « fiat », tu ne sais pas là où cela te mènera, mais tu sais qu’en disant « oui » tu te rends disponible à l’action de Dieu, tu te fais entre ses mains l’instrument dont il a besoin pour manifester son amour. La vie a un sens grâce à Dieu, et nous en sommes responsable par notre libre réponse.

Cela nous semble normal et logique. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Beaucoup croient que toute action humaine est strictement déterminée par le concours des gènes et du milieu, jusque dans leurs pensées, leurs sentiments, leur vouloir, leur agir. À l’inverse, d’autres considèrent que la liberté doit consister à s’affranchir de tout conditionnement, pour faire ce qui nous plaît, quand ça nous plaît, comme ça nous plaît.

Pour toi, comme pour nous dans l’Église, si nous sommes conscients que notre milieu, notre éducation, nous conditionnent jusqu’à un certain point, nous savons aussi que cela ne va pas à l’encontre de notre liberté et que Dieu nous soutient, nous éclaire, nous guide et prend soin de nous pour nous faire accéder à plus de liberté.

Il t’appartient de devenir de plus en plus libre par rapport aux chaînes intérieures que sont les passions, et par rapport aux chaînes extérieures que sont les pressions de personnes qui ne voudront pas forcément ton bien. « Être dans le vent, c’est avoir le destin des feuilles mortes » disait Jean Guitton. À toi d’être vivant, de n’être pas balancé par le vent de tes désirs, par les pressions collectives, par les on-dit, les critiques et même les calomnies, les courants de pensée. Tu agis librement en demandant le diaconat, mais pour accéder à la pleine liberté des enfants de Dieu, il te revient de continuer avec courage et ténacité à vivre les exigences de l’Évangile, de réaliser les efforts, les sacrifices et les renoncements nécessaires pour faire le bien. Il te revient de ne pas te contenter de la vie telle qu’elle se présente à toi. Ne serais-tu pas vigilant sur ce point, tu risquerais d’être conditionné par les habitudes, la routine, tu risquerais à la longue de n’être plus que dans le paraître. Ne l’oublie pas : « l’habit ne fait le moine. » La soutane, la barrette, le camail, que sais-je encore, ne font pas le prêtre, pas plus que les dentelles jaunies sorties des placards poussiéreux d’une sacristie.

Tu devras continuer à apprendre à collaborer. Tu es conscient que « l’ordination n’est pas une mise à l’écart hiérarchique mais au contraire l’entrée dans un ordre. » De fait. Et il n’est pas anodin que le chemin vers le presbytérat passe par le diaconat. Tu le sais, le Christ n’est pas venu pour être servi mais pour servir. Jésus, lui le Seigneur et Maître de tous, s’est comporté en tout comme un serviteur. Il est au service de son Père et de tout homme. Plus encore, c’est dans sa solidarité avec tout homme, jusqu’à souffrir et mourir comme eux, qu’il réalise son Sacerdoce, qu’il devient prêtre de la Nouvelle Alliance. L’appel au presbytérat ne peut donc pas être déconnecté d’un appel intérieur très fort à servir.

Là où les évangiles synoptiques placent l’institution de l’eucharistie, saint Jean place ce service d’esclave qu’est le lavement des pieds. Le sacerdoce a désormais un visage, celui de Jésus, et des gestes, ceux du Serviteur lavant nos souillures. Le sacerdoce n’est donc pas seulement un service dans sa fonction, il doit être vécu comme tel. Avant d’être configuré au Christ Tête, il convient donc pour tout chrétien appelé à devenir prêtre d’être configuré en premier lieu au Christ Serviteur.

Le pape François le Jeudi Saint 2013, lavant les pieds de détenus en étole diaconale

Tu remarqueras que des photos circulent sur internet de notre nouveau pape François lavant les pieds, soit de malades du sida soit de mères de famille, en étole diaconale ! Déjà adepte de ces petits gestes signifiants que nous découvrons depuis qu’il est devenu pape ! Comme lui, par ce geste de l’étole diaconale portée alors qu’il est cardinal [et aussi comme pape, NDR], je t’invite à ne pas voir le diaconat comme une étape, comme un marchepied, comme un degré d’accès au sacerdoce, mais à le regarder en lui-même, à le voir comme toujours présent même une fois que tu seras devenu prêtre.

Tu t’es déjà mis au service de tes frères et sœurs, auprès des personnes démunies, des handicapés, des jeunes. Tu as vu leurs dépendances et leurs attentes. Tu es venu vers eux avec ce que tu peux leur donner, et avec aussi ce que tu ne peux pas donner. Ce que tu peux donner peut se résumer à ce que Pierre a dit à l’infirme de la Belle Porte : « Je n’ai pas d’or ni d’argent ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. » Ce que tu ne peux pas donner, c’est satisfaire toutes leurs attentes, répondre à la velléité de leurs désirs. De ta part, un « non, je ne peux pas répondre à ton besoin » ou un « non, le Christ ne désire pas cela pour toi, mais autre chose, et de bien plus grand », peut être bénéfique à ton interlocuteur pour grandir dans l’amour, dans le don de soi, dans l’acceptation de sa condition, même si cela suscite chez lui tout d’abord de la frustration, de la révolte, de la colère.

Ta fonction de diacre va t’amener à prononcer des homélies. Ne te trompe pas : une homélie n’est ni une conférence, ni un cours de théologie ou d’exégèse, encore moins l’occasion de briller ou d’étaler son savoir. Parle donc de choses simples, dans un style simple et avec des mots simples. Mieux vaut pour toi être simple et compris, qu’apparaître savant et incompréhensible. Et n’oublie pas de répondre à cette question : « Qu’est-ce que le parole de Dieu me dit aujourd’hui dans ma vie ? » Ce n’est pas le commentaire d’une parole d’hier mais bien une parole pour aujourd’hui.

Tu veux suivre le Christ. Eh bien un des aspects les plus frappants de la vie de Jésus a été la priorité donnée à la prière. Cela est fortement marqué dans l’évangile de Luc. Dans cet évangile qui est l’évangile de la compassion, celui où l’on penserait voir Jésus courir ici et là, guérir tous ceux qui se présentent à lui, répondre à tout appel, eh bien que fait Jésus lorsque des foules nombreuses accourent vers lui pour l’entendre et se faire guérir par lui ? Il se retire dans la solitude et prie (Lc 5, 15-16)… Oui, malgré les besoins et les appels pressants, Jésus recherche, régulièrement et fréquemment, « un endroit à l’écart pour prier » son Père, parfois même à y passer la nuit entière. Pourquoi cette priorité ? Pour maintenir le lien vital avec son Père. Par la prière nous approfondissons notre amour pour Jésus ; par la prière nous percevons la volonté de Dieu sur nous, l’ordre des priorités, l’action à mener et comment la mener. Ce n’est donc pas du temps volé aux fidèles. C’est au contraire un immense service que tu leur rends. De là vient tout vrai dynamisme et toute joie à servir et à donner sans compter. On ne peut donner que ce que l’on a. Si tu ne te rassasies pas aux sources vives de la prière, tu ne nourriras personne et tu tomberas toi-même d’inanition sur le chemin.

Cela m’amène à parler du célibat auquel tu vas t’engager. Pour le garder, là aussi la prière est primordiale. Je sais que dès maintenant tu entrevois « la paternité du pasteur ». Car de fait, si ne pas avoir une compagne à ses côtés est un vrai renoncement, c’est surtout le fait de ne pas être père qui le devient par la suite, surtout qu’il est possible désormais de servir l’Église, et même d’y travailler, avec femme et enfants. Cela nous amène à vraiment choisir le célibat. Quand tu verras les jeunes pères de ton âge chérir leur nouveau-né, venir demander le baptême, quand tu te retrouveras seul dans ton presbytère un soir de Noël, ce sera douloureux peut-être. Tu saisis déjà dans tes tripes le prix du sacrifice. Mais il est vrai aussi que la paternité spirituelle est extraordinaire. La fécondité du célibat est au-delà de toute mesure. Tu seras un peu « un père » pour tous, voire même particulièrement pour tel ou tel. Divorces, recompositions familiales, familles monoparentales, créent des situations où il est difficile d’être pères. Lorsque les pères sont trop autoritaires, ou indifférents, ou toujours absents, cela crée chez les jeunes une quête de vraies figures paternelles. Ils peuvent trouver cette figure chez le prêtre. Mais lui doit être bien au clair avec cela. Tu dois être bien au clair avec cela. Car il ne s’agira pas alors de reporter sur eux un besoin d’être « père », mais d’être « père » vraiment pour eux, pour leur bien. Ce n’est qu’ainsi que tu témoigneras de la beauté et de la grandeur du célibat. Le père est celui qui mène plus loin, qui lâche la main, qui laisse libre, autonome, mais aussi qui accueille l’égaré pour le remettre en route, et n’hésite pas à rappeler la loi, à l’image de notre Père des cieux.

Chers frères et sœurs, Je voudrais vous rappeler à quel degré du ministère Mickaël va accéder mais avant cela une précision.

Pour certains d’entre vous Mickaël est un proche, pour d’autres c’est un inconnu. Je ne serais pas étonné que plusieurs même le considèrent comme un étranger puisqu’il n’est pas originaire des Hautes-Alpes et du diocèse. Qu’ils sachent, ceux-là, qu’il n’y a pas d’étrangers dans l’Église mais des frères et des sœurs, fils et filles de Dieu, quelles que soient leur origine et la couleur de leur peau.

La charge du diaconat donc. Ayant reçu le don de l’Esprit Saint qui le fortifie, le diacre apportera de l’aide à l’évêque et à son presbyterium, dans le ministère de la Parole de Dieu, de l’autel et de la charité, en se montrant le serviteur de tous. Il proclamera l’Évangile ; il préparera le Sacrifice eucharistique. Il lui reviendra, selon la mission reçue de l’évêque, d’instruire les croyants dans la foi, de présider aux prières, d’administrer le baptême, d’assister au mariage et de le bénir, d’apporter la communion aux malades et aux mourants, et de présider les funérailles. Consacré par l’imposition des mains transmise depuis les Apôtres, il s’acquittera, au nom de son évêque ou de son curé, du ministère de la charité.

Vocation vient du mot latin « vocare » c’est-à-dire appeler. Je crois profondément que Dieu continue à appeler. Dans ce cas il ne s’agit pas d’une crise des « vocations » mais d’une crise des « réponses » à l’appel. Alors une question : l’appel parvient-il jusqu’à ceux qui sont susceptibles d’y répondre ? C’est au cœur de nos communautés chrétiennes que doit retentir l’appel de Dieu. Et nous, prêtres, de quelle manière sommes-nous les relais de cet appel : pas seulement par ce que nous disons mais surtout par ce que nous sommes.

Mickaël, dans la cadre de ton inculturation dans les Hautes-Alpes, peut-être as-tu lu Le Hussard sur le toit de Jean Giono. Angelo, le héros du livre, est exilé en France où il erre au milieu d’une épidémie de choléra. Au cours d’une des étapes de son périple, il reçoit une lettre de sa mère restée en Italie. Elle disait ceci : « Mon bel enfant, […] Le marin que tu m’as envoyé m’a dit que tu étais imprudent. Cela m’a rassurée. Sois toujours très imprudent, mon petit, c’est la seule façon d’avoir un peu de plaisir à vivre dans notre époque de manufactures. » Ne sois donc pas trop raisonnable, Mickaël ! Entre dans la folie d’aimer ! En demandant le diaconat tu fais un choix vertigineux, qui n’a rien de raisonnable. Nous sommes entraînés par notre amour. Nous allons là où l’amour nous porte. Et ce « poids » est lourd, infiniment lourd, puisque la mesure d’aimer c’est d’aimer sans mesure ! Il est certain que même en aimant tu feras des bêtises, que tu te tromperas, que malgré ta bonne volonté tu feras des impairs, que tu seras parfois incompris, voire contré. Mais continue d’aimer, de laisser parler ton cœur, de suivre ton cœur. Comme le disait le docteur Albert Schweitzer aux médecins de son hôpital : « Si vous écoutez votre cœur, vous faites dix pour cent de bêtises… Maintenant, si vous ne l’écoutez pas, vous en faites soixante-quinze pour cent » !

Pour le cœur de père d’un évêque, c’est une joie d’accueillir des jeunes qui s’engagent sur le chemin du sacerdoce, tout en sachant que certains pourront peut-être emprunter un autre chemin. L’essentiel étant de trouver la place où le Seigneur les veut. Si Dieu le veut, j’ordonnerai le 30 juin prochain à Notre-Dame du Laus cinq prêtres. Je vous invite à prier pour eux.

Vous les jeunes, qui êtes ici présents, écoutez, écoutez la voix du Seigneur qui peut-être s’adresse à vous pour vous inviter à le suivre à l’exemple de Mickaël. Ne répondez pas trop vite négativement et laissez grandir en vous cet appel.

Et toi, Mickaël, mon fils très cher, qui va être admis à l’ordre du diaconat, le Seigneur a donné l’exemple pour que tu agisses comme il a lui-même agi.

Quand tu seras diacre, c’est-à-dire serviteur de Jésus-Christ qui s’est montré serviteur au milieu de ses disciples, accomplis de tout cœur et dans l’amour la volonté de Dieu, servant avec joie en même temps le Seigneur et les hommes. Alors, lorsque tu te présenteras devant le Seigneur au dernier Jour, tu pourras l’entendre te dire : « Très bien, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître ! »

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI

Évêque de Gap et d’Embrun

 

 

 

Cet article a 5 commentaires

  1. monseigneur et chers amis l’ordination de Mickael que de joie de la vivre en direct tres emouvant beaux moments d’émotions et de convivialités ce bel aprés midi a st roch encore toute mes félicitations a MICKAÈL et beaucoup de bonheur dans son nouveau ministère a bientot mes amis Dieu vous gardent fd

  2. merci, Monseigneur, pour cette très belle homélie que vous nous avez offert samedi 4 mai.
    Elle fut appréciée à l’unanimité par notre entourage.
    Merci aussi pour tout ce que nous a dit Michaël concernant votre affection pour lui et tout ce que vous avez fait pour lui dès que vous vous êtes rencontrés.
    Nous aimons et apprécions Michaël et ce fut pour nous une joie d’apprendre ce qu’il nous a dit publiquement et avec une telle simplicité.
    Merci aussi d’avoir donné à notre diocèse ces prêtres et futurs prêtres selon le Coeur de Dieu, dont le diocèse avait tant besoin !
    Nous vous souhaitons une belle et sainte fête de Pentecôte. Que le St Esprit vous comble de ses dons et de ses bienfaits!
    Nous serons lundi à ND du Laus.
    chantal moreau

  3. Ordination diaconale : très heureuse de constater que des hommes osent encore s’investir pour l’Eglise ! Merci à Monseigneur DI FALCO d’aider Mickaël à parcourir son chemin sur les pas de Jésus.

  4. L’Esprit te guide Mickaël…. Bonne route .

  5. Merci Monseigneur pour cette magnifique homélie chargée d’Amour et d’Espérance lors de l’ordination diaconale de Mickael.

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