Ordination diaconale d’Édouard Le Conte à Gap

Édouard Le Conte a été ordonné diacre ce dimanche 29 juin 2014 en la cathédrale de Gap par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. La nomination du nouveau diacre a été annoncée à l’issue de la célébration : il exercera son ministère diaconal à Briançon au 1er septembre sous la responsabilité du père Jean-Michel Bardet.

Ci-dessous un extrait de la célébration, un diaporama de photos, le texte de l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, et le livret de la célébration.

  • Procession d’entrée et début de la célébration de 00:00 à 00:40
  • Extrait de la présentation d’Édouard de 00:40 à 01:45
  • Engagement d’Édouard au célibat de 01:45 à 02:24
  • Extrait de la liturgie de la Parole (psaume chanté par les Sœurs de La Salette) de 02:24 à 03:27
  • Homélie par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri de 03:27 à 23:14
  • Chant du Veni Creator de 23:14 à 24:50
  • Engagements et promesse d’obéissance de 24:50 à 26:23
  • Extrait de la litanie des saints de 26:26 à 26:56
  • Imposition des mains et extrait de la prière d’ordination de 26:56 à 29:53
  • Vêture et remise de l’Évangéliaire de 29:54 à 31:14
  • Baiser de paix de 31:14 à 32:08
  • Offertoire, prière eucharistique, communion de 32:11 à 34:00
  • Bénédiction finale de 34:00 à 35:00
  • Magnificat et sortie de 35:00 à 39:00

[flagallery gid=77] Si vous désirez des photos, veuillez vous adresser à scribe@diocesedegap.com

Homélie

par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Mon cher Édouard,

Tu vas être ordonné diacre à l’aube d’un centenaire, celui de la Première Guerre mondiale. Peut-être dans ta famille certains y sont morts, ou y ont été blessés. Ce fut un massacre entre chrétiens. Beaucoup y ont perdu la foi. Certains l’ont trouvée là. D’autres ont été soutenus par elle.

Au sortir de la Première Guerre mondiale, ébranlé par cette guerre totale, l’écrivain français Paul Valéry s’était interrogé sur le destin des civilisations. Il en concluait que « nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. […] Il n’a pas suffi à notre génération d’apprendre par sa propre expérience comment les plus belles choses et les plus antiques, […] et les mieux ordonnées sont périssables […] ; elle a vu dans l’ordre […] du sens commun […] des déceptions brutales de l’évidence. »

Pourquoi te dire cela ce soir ? Mais parce que le sentiment de déconstruction dont parlait Paul Valéry semble se poursuivre de nos jours. Ce sentiment repose sur des faits que toute personne bien informée peut vérifier tous les jours.

C’est vrai : les civilisations sont fragiles, éphémères, mortelles, et c’est ainsi qu’elles disparaissent. Qu’il suffise pour cela de penser aux civilisations romaine, grecque, égyptienne, arabe même… et regardez ce qu’elles sont devenues. Toi-même, tu es issu d’un monde qui bouge, change pour le pire et le meilleur. C’est une civilisation qui disparaît. Cette disparition de notre civilisation empêche-t-elle d’être chrétien ? Je ne le pense pas. Saint Augustin en a fait l’expérience : témoin du sac de Rome, il n’a pas désespéré pour autant. De sa prière, de sa foi et de sa réflexion, il en est sorti La Cité de Dieu. Être confronté à bien des choses qui passent permet de mieux chercher et de trouver le définitif derrière le provisoire et le périssable, et permet de mieux s’attacher à ce qui demeure : le Seigneur est ma lumière et mon salut, il est mon rocher, de qui, de quoi, aurais-je crainte ? Les lois changent, les modes de vie aussi, les formes liturgiques passent, les modes vestimentaires avec elles, les manières d’annoncer l’évangile aussi, mais ce qui demeure, c’est Dieu, le Christ, son Église, l’Évangile, et toujours des hommes, des femmes, des adolescents, des enfants, avides de trouver du sens à leur vie.

Tu t’es engagé dans cette voie. Au nom de l’Église, je t’en félicite et je t’en remercie. C’est dans cette direction que tu trouveras la paix et la joie.

Je n’ai pas oublié notre rencontre à Rome, à l’aéroport. Par ce biais tu es venu à poursuivre ta formation vers le sacerdoce dans le diocèse de Gap et d’Embrun. Tu t’es attaché à ce diocèse. Un autre évêque me succèdera. Il te faudra composer, travailler avec lui. Et je te dis ce soir que j’ai dit lors d’une ordination précédente : avant d’ordonner un prêtre pour le diocèse, j’ordonne un prêtre pour l’Église. Dès ce diaconat, tu vas être incardiné dans ce diocèse, désormais tu es membre du presbyterium du diocèse de Gap et d’Embrun. Mais si l’incardination reste essentielle, si le prêtre doit s’enraciner quelque part, je suis convaincu à la suite du Concile que (je cite) « le don spirituel que les prêtres ont reçu à l’ordination les prépare, non pas à une mission limitée et restreinte, mais à une mission de salut d’ampleur universelle, « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac1, 8) ; n’importe quelle forme de ministère sacerdotal participe, en effet, aux dimensions universelles de la mission confiée par le Christ aux Apôtres. » (Vatican II, Presbyterorum ordinis, 10)

C’est bien dans cet esprit-là que j’ai accepté que le diocèse se prive pour un temps du père Bertrand Gournay afin qu’il puisse aller servir l’Église qui est au Sahara en devenant curé de Tamanrasset. Nous sommes pauvres en prêtres, mais il y a plus pauvre que nous !

Notre société est en profonde mutation. On ne peut pas faire fi de la mobilité sociale, des phénomènes de réseaux, d’amitié, de la capacité d’attraction des grandes métropoles, du fait que les vocations viennent désormais plus des villes que des campagnes. Qu’un prêtre vienne un jour où l’autre à exercer son ministère ailleurs que dans son diocèse d’incardination, cela n’a rien de choquant. Moi-même, ne me suis-je pas trouvé à exercer la majeure partie de mon ministère à Paris alors que j’avais été ordonné pour le diocèse de Marseille ? Mais je n’ai jamais exercé aucune mission sans l’aval de l’évêque de Marseille. Car ce que l’incardination permet, c’est le lien à un diocèse, à l’évêque de ce diocèse, c’est ce lien de respect et d’obéissance, c’est aussi le lien avec les membres du presbyterium. Un prêtre n’est pas un prêtre tout seul, qui se choisit sa mission, sa petite communauté, ses ouailles pour ne pas dire ses fans. Le prêtre est un homme envoyé. « Le pire des séminaires est mieux que pas de séminaire ! » disait le pape François à des séminaristes. Et moi dans le même sens j’ajouterais que « le pire des diocèses est mieux que pas de diocèse », et puis encore que «  le pire des évêques est mieux que pas d’évêque du tout ! » On ne se donne pas sa mission. On la reçoit. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Ne te leurre pas, Édouard, ce n’est pas seulement vers des brebis bien gentilles et dociles que tu vas être envoyé, mais aussi vers des loups !

L’obéissance n’est cependant pas une obéissance aveugle, tant du côté de celui qui ordonne que de celui qui obéit. L’obéissance est une écoute mutuelle. Écoute des besoins du diocèse, écoute des charismes de chacun. L’évêque pour décider prend en considération les personnalités des prêtres. Il regarde aussi les besoins du diocèse. Il bénéficie pour cela de différents conseils pour l’éclairer sur les décisions à prendre. Si cependant, après avoir essayé, ce qui est demandé ne convient pas, si c’est trop éprouvant spirituellement, ou psychologiquement, ou physiquement, il est toujours possible de trouver des solutions. Dieu ne demande jamais l’impossible ou alors il est à nos côtés pour affronter l’impossible. Comme le dit saint Augustin : « Dieu qui fait les croix fait aussi les épaules, et nul ne l’égale dans l’art des proportions. »

Tu le sais. C’est dans les paroisses que la plupart des prêtres diocésains exercent leur ministère. Un seul moyen pour s’épanouir dans cette situation : aimer profondément le Christ et les gens ! On ne peut s’épanouir dans ce ministère que si on aime les gens, à cœur ouvert. Viscéralement. Et tous ! Depuis la brebis du sérail jusqu’aux 99 brebis qui n’en ont rien à faire de Dieu, de Jésus et de l’Église. Jésus s’est adressé à tous, aux publicains, aux pharisiens, à la haute société, à la femme adultère, aux petites gens, aux lépreux, aux plus pauvres. Il n’est passé à côté de personne, sauf de ceux qui ne voulaient rien entendre et qui étaient sûrs de leurs faits.

Comme diacre puis comme prêtre, tu seras mis à l’épreuve. On te testera. On demandera beaucoup de toi. Trop parfois. On te jugera sur tes actes, parfois même sur ceux que tu n’auras pas commis, on ne te jugera pas sur tes paroles, aussi belles soient-elles. Le pape François le rappelait à Assise aux membres du clergé, aux consacrés, aux acteurs pastoraux : l’Église ne croît pas par prosélytisme, l’Église croît par attraction, l’attraction du témoignage que chacun donne au Peuple de Dieu.

L’appartenance extérieure à l’Église n’est en rien le signe qu’on est dans le vrai. « Il en est beaucoup dehors qui semblent être dedans et beaucoup dedans qui semblent être dehors ». Cette phrase de saint Augustin, le pape Benoît XVI l’a reprise dans Lumière du monde pour dire que beaucoup des catholiques ne font pas intimement partie de l’Église. L’appel à se convertir se fait pressant. L’appel à se tourner vers ceux qui sont dehors. L’appel à se dire que ceux qui sont dehors sont peut-être plus proches de l’Évangile que nous-mêmes. Il t’arrivera même de constater, comme j’en fais moi-même souvent l’expérience, que tu seras plus aimé par ceux qui sont dehors que par ceux qui sont dedans.

Pendant que je préparais cette homélie, j’ai reçu une carte d’un confrère avec qui j’ai été ordonné prêtre le 29 juin 1968 à Marseille. Il m’écrit ceci : « Jean-Michel, ce dimanche, il y a déjà 46 ans nous étions à côté l’un de l’autre pour recevoir le sacrement de la vie donnée et je n’éprouve aucun regret, la joie persiste. »

Moi non plus je n’éprouve aucun regret, malgré les épreuves, malgré les calomnies, malgré les injustices, je n’éprouve aucun regret. Être témoin de la joie d’un cœur qui s’ouvre à la grâce de Dieu, se savoir aimé de Dieu quoi qu’il arrive et l’aimer de tout son être permet de surmonter les pires des épreuves. J’aimerais ce soir que nous associions à notre prière tous les prêtres qui ont été ordonnés un 29 juin en cette fête de Saint-Pierre-Saint-Paul, et tout particulièrement les prêtres âgés qui continuent à servir jusqu’au bout de leurs forces.

Le passage par le diaconat en vue du sacerdoce doit te rappeler que même comme prêtre tu seras en priorité au service de l’humanité souffrante et en quête. Comme Jésus. Ne cherche pas tant à être obéi qu’à être aimé. L’amour est toujours un bien meilleur moteur que la crainte. En mai 2012 j’avais été invité à présider le pèlerinage de Provence à la Sainte-Baume. C’était peu avant la béatification du père dominicain Jean-Joseph Lataste. Aussi les dominicains avaient-ils proposé une conférence sur ce religieux qui avait œuvré à la réhabilitation d’anciennes détenues. Voici ce que le bienheureux Jean-Joseph Lataste disait de Dieu : « Être adoré, oui ! Être cru, oui, être obéi, oui encore, mais par-dessus tout, être aimé… »

Par le diaconat tu t’engages au célibat. Cet engagement n’est pas un engagement à être stérile ! Au contraire, c’est un engagement à tout faire pour porter du fruit ! Et un fruit qui demeure ! « Dans le Christ, vous pourriez avoir dix mille guides, vous n’avez pas plusieurs pères : par l’annonce de l’Évangile, c’est moi qui vous ai donné la vie dans le Christ Jésus ! » clame saint Paul aux Corinthiens (1 Cor. 4, 15).

On appelle souvent un prêtre « Père », ou « Monsieur l’abbé ». On pourrait même l’appeler « Monsieur papa », puisque abba, qui a donné abbé, veut dire papa ! (Je dis ça avec le sourire : ceux qui disent je ne peux pas vous appeler « mon Père », je préfère « Monsieur l’abbé », eh bien il faut qu’ils sachent que dans ce cas-là ils appellent « Monsieur papa »… Oui, peu importe la manière dont il est nommé, que ce soit « père », ou « abbé », ou « Monsieur », ou Pierre, ou Paul, ou Édouard, le prêtre est appelé à une paternité spirituelle.

Alors Édouard, tu es désormais mon fils, et je te souhaite de nombreux enfants ! Il ne s’agira pas pour toi, bien sûr, de reporter un besoin inné d’être « père » sur les personnes qui seront confiées à ta sollicitude pastorale, mais de devenir un « père » vraiment pour elles, pour leur bien. Ce n’est qu’ainsi que tu témoigneras de la beauté et de la grandeur du célibat. Le père est celui qui mène plus loin, qui lâche la main, qui laisse libre, autonome, mais aussi qui relève celui qui est tombé, à l’image de notre Père des cieux.

Tu annonces déjà, et tu vas continuer à annoncer l’Évangile dans un monde où les chrétiens sont minoritaires et où ils ont du mal quelquefois à se reconnaître dans ce que l’on dit d’eux, dans ce que l’on dit de l’Église, de l’Église fondée par Jésus et animée par l’Esprit Saint. De la même manière que dans l’Évangile que nous avons entendu le Christ interroge ses disciples sur ce que l’on dit de lui avant de les interroger eux-mêmes sur ce qu’ils disent de lui, il peut être utile de se poser deux questions successives : la première, « Église, que disent de toi ceux qui sont dehors et dont les médias se font l’écho ? », et la seconde question, « Église, que dis-tu de toi-même ? »

S’interroger sur ce que disent de l’Église ceux qui sont dehors est nécessaire même lorsque cela dérange et bouscule, et blesse même. Le miroir est parfois déformant, mais il peut y avoir une part de vérité. Il y a souvent même une part de vérité. Si toi-même tu n’es pas compris autour de toi, demande-toi toujours d’abord pourquoi tu n’as pas été compris. Ne rejette pas trop vite la faute sur les autres. Pose-toi la question : Ai-je bien parlé la langue de Dieu, le langage de l’amour, pour avoir été si mal compris ?

Mais la seconde question est tout aussi importante : « Et toi, Église, que dis-tu de toi-même ? » Cette question était celle qui avait guidé les pères conciliaires au concile Vatican II. Le concile voulait approfondir la conscience qu’avait l’Église d’elle-même, la conscience du message dont elle est porteuse pour le monde, et ceci sans arrogance, sans domination, et sans rien imposer à quiconque.

Église, que dis-tu de toi-même, même si tu n’es pas comprise ? Église, qu’as-tu à porter au monde, même si c’est à contre-courant de la pensée dominante ? Les chrétiens ont le devoir de parler. La Parole est au cœur même de leur foi. Ils ne peuvent garder pour eux la bonne nouvelle de l’Évangile, mais ils doivent le faire « avec douceur et respect » comme le dit saint Pierre.

Je me souviens d’un livre sur la montagne, illustré par Samivel. Adolescent, j’avais été touché par l’une des illustrations. On y voyait un homme, parvenu au terme d’une ascension contemplant le paysage, et disant : « Ce serait encore plus beau si je pouvais le dire à quelqu’un. » C’est bien cet esprit-là qui anime les chrétiens à propos de leur foi. Ce que nous découvrons du Christ, ce que nous recevons de lui nous ne pouvons le garder pour nous.

Comme diacre, tu auras à accompagner les chrétiens sur cette voie-là : l’appel pour eux à témoigner à temps et à contretemps, avant tout par la sainteté de leur vie.

Nous sommes convaincus de notre foi ! Mais convaincus d’une foi qui invite à respecter celle des autres. Tous nous sommes en chemin. Il n’y a jamais ceux qui ont parfaitement raison d’un côté, et ceux qui ont complètement tort de l’autre. Saint Maximilien Kolbe aurait dit un jour : « Sois attentif à la part de vérité qui se cache, comme un trésor qui t’appartient, au cœur de l’erreur de l’autre. » Ce que qu’on pourrait compléter par : Sois attentif aussi à la part d’erreur qui se cache au cœur de ta vérité ! Oui, nous n’aurons jamais fini d’apprendre jusqu’où va l’amour, et pour nous, chrétiens, l’amour tel que Jésus l’a manifesté tout au long de sa vie… Comme le disait un théologien, le père Bernard Sesboüé : « N’oublions jamais que nous pouvons avoir tort dans notre manière même de prétendre avoir raison. » Malheur donc à moi si je n’annonçais pas l’évangile (cf. 1 Cor. 9, 16), moi qui en découvre chaque jour la beauté, la profondeur, la vérité et la force ! Mais attention aussi à moi dans ma manière de l’annoncer !

Mon cher Édouard, l’homélie était longue. Je pense que c’est l’avis de certains. Particulièrement ceux qui déjà n’écoutent plus. Mais ce n’est pas toujours une homélie d’ordination. je te remercie encore pour ton « oui » à l’appel de Dieu et de l’Église. Tu es généreux. Dieu t’a doté de belles qualités intellectuelles, merci de les mettre au service du Christ et de son Église. J’ai pu vérifier aussi ta capacité à créer, inventer de nouvelles manières d’annoncer Jésus-Christ aux jeunes. Continue dans cette voie. Elle fait la joie de ceux qui te croisent. Et surtout avance avec confiance, tu n’es pas seul.

Que le Seigneur te bénisse et te garde.

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

                                                                 

Livret de l’ordination

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