Orgue et santons à l’honneur à Serres

La réaction de l’entraîneur Jésus le jour où ses amis lui ont fait une demande de dopage. Tel était le thème de l’homélie que Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a adressée aux paroissiens du Serrois et aux santonniers réunis en chapitre à Serres en ce week-end des 1er et 2 octobre.

De fait, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri s’est rendu à Serres en ce dimanche 2 octobre 2016 pour bénir l’orgue donné à la paroisse par l’abbaye de Rosans (Hautes-Alpes).

Cet orgue provenait originellement de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône), comme l’a expliqué le curé le père Pierre Fournier dans son mot d’accueil. Il est désormais installé dans la tribune de l’église paroissiale Saint-Arey. L’Association des Amis de l’Orgue de Serres (AOS) s’est constituée et a lancé une souscription pour participer aux frais d’installation réalisés par le facteur d’orgue Dominique Promonet.

La Provence était aussi à l’honneur en ce dimanche. Car étaient présents des membres de la Confrérie nationale des métiers de l’art santonnier. La confrérie, créée en 2007, tenait son 10e chapitre à Serres ce week-end-là. Et puis se trouvaient aussi dans le chœur l’ensemble folklorique provençal L’Oulivarello de Marsiho composé de danseurs, chanteurs, acteurs et musiciens qui tous ont la passion de perpétuer les traditions populaires provençales.

À la fin de la messe, un grand santon de saint François d’Assise a été béni en leur honneur.

Ci-dessous différents moments de la célébration et l’homélie (vidéo et texte) de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri.


Homélie

C’est une banalité de dire que selon avec qui on se trouve, on n’a pas le même comportement. On est plus ou moins à l’aise. On ne traite pas des mêmes sujets. Tel est le cas ici dans l’évangile, où Jésus se trouve avec ses apôtres, ses amis, ceux qu’il a choisis pour être avec lui. Donc pas de scribes, pas de pharisiens à l’horizon. Pas de foules qui le pressent. Et la conversation entre les apôtres et Jésus va prendre un tour plus intimiste.

Les apôtres exposent à Jésus ce qu’ils ont sur le cœur. Ils font cette demande qui les travaillent peut-être depuis quelque temps et qu’ils n’ont pas osé exprimer jusqu’à ce jour : « Augmente en nous la foi ! »

« Augmente en nous la foi ! » Alors on peut penser cette demande naturelle, normale, légitime, pleine de bonnes intentions. « Augmente en nous la foi ! » Mais… mais on peut se demander aussi si elle ne serait pas une manière déguisée de demander à Jésus de régler tous les problèmes. Si j’ai plus de foi, si Jésus augmente ma foi, alors tout sera plus facile pour moi dans la vie : je n’ai plus de doute, j’annonce l’évangile sans crainte, je supporte sans peine les autres, et je surfe sur les difficultés de l’existence.

Vous savez, en en parle souvent à la télévision, que certains athlètes se dopent avec des produits chimiques. Eh bien je me demande si les apôtres dans cette histoire ne sont pas en train de réclamer à leur entraîneur Jésus une sorte de dopage, avec juste quelques petites doses supplémentaires de foi. « Juste un peu plus de foi, et tout sera mieux pour nous, et nous gagnerons ! »

Ce qui me fait penser cela, c’est l’ironie, ou l’irritation, que l’on sent dans la réponse de Jésus. Avez-vous jamais vu un arbre qui se déracine, et qui vole tout seul, et qui va se planter dans la mer, vous ? Cela ne relève-t-il pas plus de la magie que de la foi ?

Rappelons-nous que les apôtres sont friands de prodiges et de signes. Faire tomber le feu sur la terre, voilà qui plairaient bien aux fils de Zébédée. Et Jésus les reprend sévèrement. Ne serait-ce pas le même cas ici ?

Alors je pense vraiment que la demande des apôtres n’est pas une demande si innocente que ça. C’est en quelque sorte une demande de dopage.

Et c’est une demande d’un extrême sans-gêne, et Jésus le leur montre :

Est-ce que vous-mêmes vous inviteriez un de vos serviteurs à votre table ? Est-ce que vous féliciteriez de manière spéciale un serviteur qui n’a fait que son devoir ? Autrement dit, ne serait-ce pas vraiment cavalier pour un serviteur de demander à dîner avec le maître ? Ne serait-ce pas sans-gêne pour ce serviteur d’attendre des marques spéciales de reconnaissance quand il n’a fait que son devoir ?

Eh bien les apôtres sont bien cavaliers à demander à Jésus d’être comme des maîtres, alors qu’ils ne sont que des serviteurs. « Mais pour qui vous prenez-vous ? » semble donc dire Jésus aux apôtres.

Nous connaissons Jésus. Il ne peut pas laisser ses apôtres sur un refus ou un reproche. Il doit bien leur faire passer un message aussi, leur enseigner la juste attitude à avoir. Car les apôtres, comme nous-mêmes, nous pensons alors : « Ne pas me doper à la foi, d’accord, mais je fais quoi alors à la place, je me débrouille comment dans la vie ? »

À mon avis, dans ce fort contraste entre d’un côté l’arbre qu’on déracine et qui se plante dans la mer, et de l’autre l’homme tout à la fois laboureur travaillant la terre, berger gardant les moutons, cuisinier préparant le dîner, serveur présentant les plats, je me dis que Jésus dit tout simplement à ses amis – et il nous le dit aussi – que si nous avons assez de foi pour être fidèles, cela suffit.

Les apôtres sont dans l’erreur en croyant qu’ils n’ont pas assez de foi. Ils sont dans l’erreur quand ils demandent à être dopés. De la foi, ils en ont suffisamment. Ils ne le croient peut-être pas. Mais ils en ont suffisamment.

Tous, nous souhaiterions tous avoir plus de foi, plus de certitude, plus d’assurance. Plus de foi comme paratonnerre dans la vie. Mais l’évangile nous invite à laisser ce souhait de côté pour nous atteler plutôt à la fidélité. C’est ce à quoi nous invitaient d’ailleurs les deux premières lectures. « Le juste vivra par sa fidélité » pouvait-on entendre du livre d’Habacuc. « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté » disait saint Paul à Timothée.

Cette fidélité, nous la voyons illustrée par la présence aujourd’hui de santonniers et d’une statue de saint François. L’évangile nous évoquait un homme labourant, gardant les bêtes, préparant le repas, servant à table. Et voilà qu’avec des santons tous ces métiers, et bien d’autres encore, se retrouvent devant la crèche. Le travail du santonnier est lui-même un travail humble et fidèle. Quant aux crèches elles-mêmes, on se les transmet précieusement et fidèlement dans les familles. Par l’intermédiaire des crèches, le Christ est présent jusque dans les familles qui ne pratiquent plus. La crèche est cette petite graine de moutarde présente au cœur des familles.

Alors combien de fois, comme les disciples, nous pensons que si nous avions plus de foi nous pourrions refaire chrétiens nos frères et sœurs. Mais non, travaillons avec ce que nous avons comme foi. Nous en avons suffisamment. Nous n’avons pas besoin de plus de foi, nous avons simplement besoin d’être plus dans la fidélité à Dieu au quotidien. Soyons de bons instruments dans la main de Dieu tout au long de nos tâches quotidiennes, comme l’orgue est un bon instrument entre les mains de l’organiste au cours de nos célébrations, comme le santon se laisse façonner entre les mains du santonnier. Alors nous ferons des merveilles ensemble.

Écoutez l’orgue que nous inaugurons aujourd’hui. Ce qui fait sa richesse, c’est la diversité de ses jeux, qui de manière harmonieuse chantent la gloire de Dieu. Un peu comme dans nos communautés qui, dans la diversité de ses membres, peuvent ensemble louer Dieu.

Et puis si nous voulons tenter de mesurer notre foi, autant que cela soit possible, les unités de mesure dans la balance de la foi sont l’amour du prochain, le pardon, la capacité à se mettre au service des autres, et bien d’autres choses encore qui sont dans le secret de votre cœur.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

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