Dimanche 20 décembre 2015, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a ouvert la porte sainte du sanctuaire Notre-Dame du Laus. Ce lieu étant depuis ses origines un haut-lieu de miséricorde, cette porte a été dénommée “porte de la miséricorde” par l’équipe pastorale du sanctuaire.

Ci-dessous des photos et deux vidéos, dont l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri :

Homélie

de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Chers frères et sœurs,

Nous voici entrés dans l’année de la miséricorde, l’année du pardon, pardon demandé, pardon donné. Et beaucoup vont, cette année, franchir les portes saintes des cathédrales et des sanctuaires. Mais : et après ? pour quoi faire ?

La plupart des anciens ici présents se souviennent sans doute de cette chanson de Gilbert Bécaud : « Et maintenant que vais-je faire / De tout ce temps que sera ma vie ? »

Dans la lecture de dimanche dernier, ceux qui venaient à la rencontre de Jean-Baptiste l’interrogeaient : « Que devons-nous faire ? » Que devons-nous faire pour vivre mieux, pour bannir nos angoisses, pour être en paix avec nous-mêmes, avec les autres, avec Dieu ?

Et Jean-Baptiste donnait des pistes. Ce qu’il proposait était concret. Tout pouvait se résumer finalement dans : bien accomplir son devoir d’état.

Aujourd’hui, nous voyons Marie se rendre « avec empressement », nous dit l’évangile, chez sa cousine Élisabeth. Le récit de la Visitation fait suite au récit de l’Annonciation. Marie sait qu’elle porte en elle les promesses de l’ange. Et elle part, pour servir.

Elle se lève, dit le texte, et elle part. Elle s’oublie elle-même. Elle part avec empressement. Elle est habitée d’un zèle débordant.

Alors, imaginons un instant que nous soyons emplis de la présence de Dieu. Et conscients de cette présence. Que ferions-nous ? Irions-nous comme Marie nous mettre aussitôt au service des autres ?

Marie agit ainsi parce qu’elle a fait l’expérience de la miséricorde. L’Incarnation est le plus grandiose acte de miséricorde de Dieu à l’égard de l’humanité. Comment peut-on imaginer un Dieu qui vient habiter notre terre ? Un Dieu qui se fait chair. Le cœur aimant de Dieu a été attiré par notre condition comme l’aimant est attiré par le fer. Et Marie est la première à avoir connaissance du grand secret de Dieu. Dieu s’est fait Emmanuel, Dieu avec nous. Marie fait l’expérience que le salut est gratuit, qu’il ne se monnaie pas, qu’il ne s’achète pas. Elle sait que l’on ne calcule pas avec Dieu. Et elle court chez Élisabeth partagé cette joie d’un salut gratuitement offert à toute l’humanité. Elle se sent poussée à vivre cette miséricorde à l’égard de sa parente âgée.

À l’arrivée dans la maison de Zacharie, l’enfant tressaille dans le sein d’Élisabeth. « Tressaille ». Ce n’est pas juste l’enfant qui donne un coup de pied comme tout enfant le fait dans le sein de sa mère. « Tressaillir », c’est le même verbe utilisé dans l’Ancien Testament lorsque David danse devant l’Arche d’Alliance. Ce qui était l’Arche dans l’ancienne Alliance, Marie l’est dans la nouvelle.

Alors montrons la même miséricorde à l’égard de nos proches, de ceux qui nous entourent, de ceux que nous critiquons, de ceux que nous calomnions, et la liste pourrait être très longue… La même miséricorde et la même proximité que Dieu lui-même ! Oui, c’est ce à quoi nous sommes appelés. Encore cette semaine, le pape François a rappelé que la miséricorde et le pardon ne doivent pas rester des « vaines paroles », mais au contraire se réaliser dans la vie quotidienne. Je le cite : « Nous devons aimer et pardonner comme Dieu aime et pardonne. […] Un programme de vie qui ne peut connaître ni interruption, ni exception. » Et un programme qui nous pousse à aller toujours au-delà, sans jamais se fatiguer, soutenus par la présence paternelle de Dieu.

Et le pape donne l’exemple.

Quelques-uns simplement empruntés à la vie quotidienne : il appelle au téléphone un jeune en fauteuil roulant, une mamie de cent deux ans qui lui a tricoté une écharpe, un couple qui fête ses quarante ans de mariage.

Depuis le début de son pontificat le pape François multiplie les discours en faveur des femmes et de leur place dans la société comme dans l’Église.

Il surprend le monde en disant cette phrase évangélique : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? »

Au terme du synode sur la famille, le pape n’exclut pas la possibilité d’ouvrir, au cas par cas, l’accès à l’eucharistie pour les divorcés-remariés.

Au début de ce mois de décembre, il n’a pas déroulé le tapis rouge au Vatican pour l’avant-première du film Appelez-moi François. Le pape a invité des pauvres, des sans-logis, des réfugiés.

Un jour, il reçoit des travailleurs du Mexique, du Mozambique, de Palestine, des mal-logés français, des Kurdes syriens, des ouvriers métallos des États-Unis, des syndicalistes brésiliens, des paysans turcs et coréens, des habitants de bidonvilles indiens, des Indignés espagnols, des travailleurs du recyclage sud-africains. À ce groupe il dit, je le cite : « Vous ne travaillez pas avec les idées, vous travaillez avec des réalités […]. Vous avez les pieds dans la boue et les mains dans la chair. Vous sentez l’odeur des quartiers, du peuple, de la lutte ! Nous voulons que l’on écoute votre voix qui, en général, est peu entendue. […] Sans doute parce que votre cri dérange, sans doute parce que l’on a peur du changement que vous exigez. Mais sans votre présence […] les projets que nous écoutons souvent dans les conférences internationales restent limitées au domaine des idées. » [28 octobre 2014] Fin de citation

Le pape a préparé la liste de ce qu’il est possible d’entreprendre. Quatorze actions bien concrètes que Benoîte Rencurel a elle-même pratiquées ici, au Laus. Voici ces quatorze points concrets :

« [1] Donner à manger aux affamés, [2] donner à boire à ceux qui ont soif, [3] vêtir ceux qui sont nus, [4] accueillir les étrangers, [5] assister les malades, [6] visiter les prisonniers, [7] ensevelir les morts. [8] Conseiller ceux qui sont dans le doute, [9] enseigner les ignorants, [10] avertir les pécheurs, [11] consoler les affligés, [12] pardonner les offenses, [13] supporter patiemment les défauts des autres, [14] prier Dieu pour les vivants et pour les morts. »

Alors cette année, si vous vous demandez quoi faire, il suffit de piocher dans cette liste, que je vais relire d’ailleurs, comme ça chacun au passage pourra faire le choix qui lui convient le mieux :

« Donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers – ça c’est bien d’actualité –, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les défauts des autres, prier Dieu pour les vivants et pour les morts. »

Alors, chers amis, « le changement c’est maintenant ». Vous connaissez cette phrase, je pense ? Elle n’a peut-être pas été très efficace [rires dans l’assemblée], mais en tout cas, le changement c’est maintenant.

Qu’allons-nous faire ? Qu’est-ce que nous allons faire, ensemble ? Il ne s’agit pas de répondre, mais il s’agit d’agir !

+ Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
Évêque de GAP et d’EMBRUN

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