L’année jubilaire du sanctuaire de Notre-Dame du Laus (Hautes-Alpes) s’est ouverte jeudi 1er mai par une célébration eucharistique en présence de trois évêques : Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique en France, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, évêque de Gap et d’Embrun, Mgr André Fort, évêque émérite d’Orléans et chapelain au Laus. La messe était retransmise à la télévision et à la radio, sur KTO et RCF national. Une bénédiction au nom du pape François a été donnée par le nonce apostolique.

En vidéo, la célébration eucharistique et l’ouverture de la porte jubilaire.

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Homélie de Mgr Luigi Ventura
Nonce apostolique en France

Chers frères et sœurs, chers pèlerins, je suis heureux de m’adresser à vous en ce jour mémorable de l’ouverture de la porte jubilaire à l’occasion du 350e anniversaire des premières apparitions de la Vierge Marie à Benoîte Rencurel et, au nom du Pape François, de vous transmettre ses salutations et de vous assurer de sa communion dans la prière.

Je salue tout particulièrement et très cordialement votre évêque, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri, ainsi que les autorités civiles qui nous font l’honneur d’être parmi nous, et vous tous, nombreux pèlerins en ce premier jour de l’année jubilaire !

Oui, le ciel a visité la terre ! Au XVIIesiècle, le culte marial connaît un regain d’actualité et de ferveur, et le roi Louis XIII place le royaume de France sous la protection de Marie ; les fêtes mariales se développent et la récitation du Rosaire devient fréquente.

Benoîte Rencurel partage cette dévotion filiale à Marie. Elle est née en septembre 1647 à Saint-Étienne d’Avançon et baptisée aussitôt. Orpheline de père à sept ans, elle ne peut fréquenter les petites écoles, mais à partir de douze ans, elle est placée comme bergère chez sa marraine, puis chez Jean Rolland. Ce travail en plein air ne l’empêche pas de consacrer de nombreuses heures à la prière, en particulier par la récitation du Rosaire.

C’est en 1664 que commencent les premières apparitions, mais Benoîte ne comprend pas immédiatement que la « Belle Dame » n’est autre que la Sainte Vierge. Les apparitions vont cesser tout un mois, puis elles reprennent avec l’invitation de la Dame à venir en ce lieu du Laus où nous nous trouvons aujourd’hui. Les premiers pèlerinages ne tardent pas, une organisation se met en place, avec la vigilance des autorités ecclésiales de Gap et d’Embrun, des guérisons inexpliquées se produisent…

La vie de Benoîte ne cesse de s’enrichir spirituellement, dialogues avec Marie, prière pour les pécheurs, accueil des pèlerins et participation aux souffrances du Christ, et aux douleurs de sa passion. Elle doit subir aussi l’assaut des forces diaboliques, et ces combats la laissent épuisée.

Le lieu du pèlerinage lui-même va connaître une certaine désaffection à la fin du XVIIe siècle. Les pèlerinages reprennent cependant à partir de 1710, et Benoîte voit avec satisfaction arriver au sanctuaire les missionnaires « gardistes », à l’occasion des missions organisées par Mgr de Genlis, archevêque d’Embrun.

Benoîte s’éteint le 28 décembre 1718, après avoir reçu les sacrements de la pénitence, de l’eucharistie et l’onction des malades. Elle est enterrée au cimetière du Laus, puis sa dépouille est transférée dans le caveau actuel.

Au XIXe siècle, tandis que commence l’extraordinaire aventure de Lourdes, Benoîte est proclamée « vénérable servante de Dieu » par le bienheureux pape Pie IX, et Léon XIII élève le sanctuaire du Laus au titre de basilique mineure.

Mais la cause de béatification de Benoîte est remise en question ; cependant cet abandon provisoire de la cause ne remet pas les pèlerinages en question. Le procès en béatification est repris à l’époque du saint pape Jean-Paul II, et c’est vous, Mgr di Falco, qui, le 4 mai 2008, avez reconnu officiellement l’origine surnaturelle des faits vécus et relatés par Benoîte Rencurel.

Nous pouvons trouver le sens de cette reconnaissance dans ces propos du défunt Cardinal Coffy, du temps qu’il était évêque de Gap : « Le Laus est un haut-lieu spirituel, un lieu de prière et de conversion. Il y a une ‘grâce du Laus’, et c’est une grâce de réconciliation. Combien ont retrouvé ici dans le sacrement la paix intérieure ! Cette grâce remonte à Benoîte, (…) sa prière accompagne la prière des pèlerins, son appel à la conversion ne cesse de se faire entendre dans le cœur des chrétiens qui se rassemblent en ce sanctuaire. »

À notre tour, prenons le chemin de cet amour infini qui nous attend. C’est la raison d’être du sanctuaire de Notre-Dame du Laus et de toutes les célébrations qui vont se succéder durant l’année jubilaire. Aussi je vous félicite, Monseigneur, pour le programme très riche de manifestations spirituelles qui vont permettre à chacun et à chacune de se laisser habiter par la grâce du Laus, jusqu’à la conclusion de cette année particulière, qui sera présidée par Son Éminence le Cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints. Cette présence témoignera de la sollicitude du Saint-Siège pour ce sanctuaire et peut être un signe encourageant pour l’avancement la cause de la bergère du Laus !

Le Ciel a visité la terre !

Nous retrouvons l’écho de la grâce du Laus, ou plutôt sa source, dans les lectures bibliques qui sont proposées pour cette liturgie eucharistique. L’évangile selon saint Luc, dans les récits de l’enfance de Jésus, centrés sur l’annonce à Marie, nous présente dans le récit de la visitation, la figure de la Vierge pèlerine. C’est Marie qui se met en marche, qui franchit les montagnes, comme si elle était habitée par les paroles du Cantique des cantiques « sautant par-dessus les monts, franchissant les collines », avec Celui qu’elle porte en elle, pour recevoir la bénédiction de sa cousine Élisabeth, « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni », cette bénédiction que nous aimons répéter et dont nous ne nous lassons jamais. Marchons sur les traces de Marie, et surtout faisons nôtre son cantique d’action de grâces : soyons émerveillés par cet amour divin qui se propose aux tout-petits, aux plus humbles : Benoîte n’a–t-elle pas été de ceux-là ? Et nous le faisons particulièrement avec la prière du rosaire, si chère à Benoîte.

En méditant le Magnificat, comme nous l’avons fait tout-à-l’heure, c’est toute l’histoire du salut, l’histoire de la grâce de Dieu que nous accueillons dans notre mémoire de croyants, et puisque la promesse de Dieu est faite pour la « descendance d’Abraham à jamais », apprenons ici à lire notre propre histoire comme un appel à la conversion et à la sainteté, à reconnaître l’amour de Dieu pour nous. Et si jamais notre passé pèse sur notre conscience, nous pouvons toujours faire recours à la miséricorde de Dieu, sans limite, que Jésus nous a offerte par le sacrifice de sa vie sur la croix.

C’est la lettre de saint Paul aux Éphésiens qui peut nous accompagner dans cette confession des merveilles de Dieu : par deux fois Paul nous redit (et nous pouvons imaginer avec quel émerveillement et quelle reconnaissance !) : « C’est par grâce que vous êtes sauvés ! ». Quelle invitation à nous décentrer de nous-mêmes et à ne compter que sur notre Dieu : c’est l’attitude de tout vrai croyant.

Marie, reine et mère de miséricorde, nous invite donc à nous remettre totalement entre les mains du Seigneur qui est son Fils, celui qu’elle a porté, celui qu’elle a accompagné, celui qu’elle a donné, selon la volonté du Père. Marie nous conduit à suivre les pas de Jésus.

Oh oui, Marie, toi qui as aimé Dieu comme une maman, toi qui as écouté ton Fils et médité sa parole, toi qui as laissé chanter en toi la Bonne Nouvelle, aide-nous à le connaître davantage et à goûter son amour !

C’est la Sagesse divine que nous discernons à l’œuvre dans nos vies : « Celui qui m’obéit ne sera pas déçu, ceux qui travaillent avec moi ne seront pas pécheurs, ceux qui cherchent ma lumière auront la vie éternelle », avons-nous entendu dans la bouche du vieux sage du IIe siècle avant la venue du Sauveur : il avait bien saisi qu’en dehors de la Sagesse divine, l’homme n’est que vent et néant et risque de perdre sa route.

Au contraire, explique le père Fournier que vous citez, Monseigneur, dans votre livre consacré à Benoîte, « l’itinéraire spirituel de Benoîte respire la vérité d’une réelle rencontre avec le Seigneur et d’une transformation intérieure régulière avec le soutien de la médiation de la Vierge Marie. Elle a répondu à Dieu avec persévérance, avec une profonde intuition théologique de l’œuvre de Dieu, avec un grand sens de l’Église et du ministère ordonné, avec une attention constante au soutien de la démarche des pèlerins venus si nombreux. Cette attitude d’humilité et de disponibilité chez Benoîte est un beau signe du travail de l’Esprit Saint en elle, bel exemple pour nous et pour nos contemporains. » Déjà, au XVIIe siècle, la cohérence de son être et de sa vie avaient frappé ses contemporains.

Cette année jubilaire qui s’ouvre aujourd’hui nous offre l’occasion de revisiter une histoire merveilleuse de grâce et de miséricorde que le ciel a fait briller dans ce coin caché des montagnes des Alpes et que, depuis trois siècles et demi, ne cesse d’attirer à Dieu, par l’intercession de Notre-Dame de Bon-Rencontre, les foules innombrables de pèlerins et de fidèles. Que cette célébration soit pour nous tous une bonne rencontre avec Marie et, par elle, avec son Fils, Jésus Christ.

 Mot de Mgr Luigi Ventura sur le livre d’or

“Au nom du Saint Père, Pape François, la bénédiction du Seigneur
soit sur tous ceux qui arrivent au Sanctuaire.”