Que ce soir la paix de Dieu inonde nos âmes lasses – homélie de Noël 24 décembre 2020 Embrun et Baratier

18h00 Cathédrale d’Embrun – 22h00 BARATIER

Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. »

Saint Luc : « il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux. »

Deux récits presque similaires, un passage de la nuit à la lumière. Cela fait des mois que nous marchons dans les ténèbres d’une crise sanitaire, ne sachant que penser, d’un spécialiste à un autre, d’une décision à une décision contraire… Cela fait des mois que nous sommes comme ces bergers qui ne dorment pas pour garder leur troupeau contre le loup. Nous sommes un peu épuisés. Moi comme vous.

Mais Noël est là. 

Pas un Noël comme d’habitude. Pas un Noël normal.

Pour une fois le plus important, c’est cette lumière qui resplendi. Ce sont ces anges qui se présentent pour nous annoncer une bonne nouvelle.

Et en priant cette homélie, je pensais à ce premier Noël de la Première Guerre mondial, décembre 1914, si bien représenté dans ce film « Joyeux Noël ». Et je me demandais ce que Mgr de Llobet, évêque de Gap de 1914 à 1925, et qui fut lui-même mobilisé de 1916 à 1918 a bien pu prêcher cette nuit du 24 décembre 1914 et les Noëls suivants. Nul ne savait combien de temps cette guerre allait durer. Ou encore ce qu’à dit l’évêque de Bagdad quand l’Etat Islamique était aux portes de la ville. Comment augmenter la foi, l’espérance et la charité de ses diocésains dans ces conditions. Je pense qu’ils ont dit chacun comme notre Pape François : « ne vous laissez pas voler votre espérance ». C’est un trésor que vous avez reçu à votre baptême. Ne vous laisser pas voler votre espérance par ce fichu virus. Il va peut-être atteindre votre santé, comme il a atteint la santé de votre cher curé le père André Bernardi, mais il ne doit pas atteindre votre espérance. Car depuis une nuit il y a plus de 2000 ans à Bethléem, l’espérance s’est levée. Oh, elle est fragile, comme ces deux yeux d’un nourrisson qui se sont ouverts sur le monde. Cela me rappelle un évènement lors de la terrible explosion qui a détruit en grande partie la ville de Beyrouth au Liban cet été : juste après l’explosion, à la lumière des téléphones portables, un bébé est né dans un hôpital dévasté. La vidéo de cette naissance a redonné l’espérance au peuple libanais. La vie est plus forte que la mort. A Bethléem, ce tout petit bébé qui vient de naître est fragile, à la merci des sbires d’Hérode, comme à la merci d’une maladie. Fragile mais c’est une promesse de vie, mais c’est le Sauveur incarné. Isaïe l’a prophétisé : « Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! » et les anges l’ont annoncé aux bergers exténués par leur nuit de veille : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

C’était en Palestine il y a environ 2020 ans, dans un temps terriblement difficile, dans un pays occupé par des troupes romaines d’occupation qui ne font pas de cadeaux de Noël, mais veulent recenser la population. Ils ne savent pas que cet acte d’orgueil, compter les peuples sous leur domination, va permettre au plan divin du salut de se réaliser. 

Car frères et soeurs, elle est là notre espérance : ni notre péché personnel, ni les guerres, ni les catastrophes naturelles, ni les crises sanitaires. Rien ne peut arrêter le plan divin de salut. Dieu nous aime et nous sauve. 

Car les hommes et le diable attendaient un messie glorieux, mais ce sera un nouveau né, couché dans une mangeoire. C’est l’humilité de Dieu qui a trompé le diable. Voilà notre espérance, Dieu ne dédaigne pas se mettre à notre portée. Dieu ne dédaigne pas se livrer aux hommes. Ils vont d’ailleurs le tuer. Dieu vient à notre rencontre sous les traits du petit enfant.

Quand vous avez cela dans le coeur frères et soeurs, votre espérance est inébranlable, même si tout s’écroule autour de vous. Car il vous reste le babillement d’un nourrisson dans la crèche. Il vous reste le chant des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » Oui que ce soir la paix de Dieu inonde nos âmes lasses et fatiguée par les longs mois de lutte contre un ennemi invisible. Accueillons dans nos bras ce petit enfant, l’enfant Dieu.

Saint Paul affirmera à son disciple Tite : « Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. » Et il en tirera les conséquences pour leur vie : « Cette grâce de Dieu nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde ». Demain, vous comme moi pouvons être atteins par ce covid. Et pouvons déclencher une forme grave, en réanimation et tout le tintoin. Que l’on soit président ou simple employé, les convoitises de ce monde sont trompeuses. La seule chose qui restera de notre vie c’est la réponse à cette question : as-tu aimé. As-tu suffisamment aimé Dieu et ton prochain ? Comme Jésus, as-tu donné ta vie ? As-tu vécu dans ce temps comme dit Paul, « de manière raisonnable, avec justice et piété » ? Et il ajoute d’une manière magnifique : « attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. » Car cette première venue humble annonce la venue glorieuse à la fin des temps, à la parousie. Et nous voulons l’accueillir maintenant, comme nous voulons l’accueillir à la fin des temps, car développe Paul : « il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. »

Frères et soeurs, voilà la plus belle définition de notre église : un peuple ardent à faire le bien !

Certes demain nous retrouverons nos inquiétudes médicales, les infos en boucle sur la télé, et nos inquiétudes économiques, le risque du chômage. Mais nous serons un peuple ardent à faire le bien. Un peuple ardent à partager. Un peuple à la foi contagieuse. Un peuple à l’espérance contagieuse. Un peuple à la la charité contagieuse. Puisse cette foi, cette espérance, cette charité, que nous avons reçues en cadeau le jour de notre baptêmes, faire comme le virus, muter, et devenir encore plus contagieux. 

La lumière du monde, nous la connaissons, nous le connaissons. Il a les yeux d’un nourrisson. Toute naissance est porteuse d’espérance. La naissance du fils de Dieu est l’espérance incarnée. Dieu fait homme, parce que nous le valons bien. En Jésus né sur notre terre, Dieu t’aime aujourd’hui, comme il t’a aimé depuis ta naissance et t’aimera demain. Voilà ton espérance, que nul ne pourra jamais te voler. Laisse-toi aimer. Laisse-toi regarder par ses petits yeux pleins d’amour. 

Amen !