Pâques à Gap et dans le diocèse

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé les célébrations pascales en la cathédrale de Gap.

Ci-dessous des vidéos et des photos de la Veillée pascale et de la messe du dimanche de Pâques, ainsi que l’homélie de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri : “C’est par amour que nous répondons chaque dimanche au rendez-vous de Dieu.” Plusieurs catéchumènes ont été baptisés dans la nuit de Pâques, dont quatre à Gap.

Ci-dessous également des photos de la vigile pascale à Embrun.

Dimanche de PâquES

Veillée pascale à Gap

Homélie

de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Vidéo et texte de l’homélie ci-dessous :

Dans une émission de télévision, un animateur demande à une jeune fille : « Qu’évoque pour toi le mot : amour ? » Elle aurait répondu : « Rien », et ajouté : « C’est, je crois, un mot du dictionnaire ! »

J’ai à vrai dire un peu de difficulté à croire cette anecdote, mais si elle est exacte, faut-il qu’une jeunesse soit à ce point blasée pour qu’on enre­gistre une telle dévaluation du plus beau mot du monde : amour ? Comment pourra-t-elle un jour comprendre celui qui lui dira que Dieu est amour ! Or, dans tout l’Évangile, dans sa passion, sa mort et sa résurrection le Christ nous dit son désir d’être aimé, de nous aimer et surtout, ce qu’est vraiment l’amour.

Mais amour est un mot piégé.

Allez compter, de par le monde, les trous d’obus faits par les canons de ceux qui affirment combattre pour la défense et pour l’amour des peuples libres.

Allez compter le nombre de femmes, d’enfants et d’hommes assassinés pour les contraindre d’aimer un autre Dieu que le leur.

On peut aimer comme le chat aime la souris : pour la consommer. La souris préfèrerait ne pas être aimée par le chat. Mais il y a un autre amour, celui de Christ, un amour pour promouvoir l’autre, l’aider à grandir, à devenir plus humain, à donner sa vie pour son pays, pour sa foi comme le fonds tous les jours les chrétiens d’orient.

Mais alors, qu’est-ce qu’aimer?

« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements », dit le Seigneur.

Aimer le Christ, ce n’est pas lui dire de belles paroles gentilles et sans conséquences : « Mes enfants, nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité », dit Saint Jean (l Jn 3, 18). C’est très facile de dire « je t’aime », mais cette expression c’est banalisée. Elle sert parfois de formule de politesse avec pas plus d’implication personnelle que lorsqu’on dit « salut ».

« Il ne suffit pas de me dire : « Seigneur, Seigneur ! » pour entrer dans le Royaume des cieux. » (Mt 7, 21) » Aimer le Christ, ce n’est pas sentir son cœur qui palpite lorsque nous recevons le corps du Christ. Une fiancée disait : « Ce qui m’en­nuie, c’est que je ne vibre pas quand je reçois le corps du Christ comme lorsque je rencontre mon fiancé, donc cela veut dire que je ne l’aime pas. » L’a­mour n’est pas d’abord du sentiment. Aimer le Christ, c’est faire ce qu’il attend de nous. Ce qu’il attend de cette fian­cée, c’est qu’elle aime son fiancé : quand elle l’aime, elle aime le Christ qui n’est pas jaloux !

« Il en est qui pleurent de ce qu’ils n’aiment pas Dieu, eh bien, ceux-là l’aiment. » disait le curé d’Ars.

Aimer le Christ, c’est aimer les autres. Le Christ ne demande pas une soumission servile et contrainte. Nous avons tous, un jour ou l’autre, cherché à deviner ce qui pouvait faire plaisir à la personne qu’on aime. Aimer le Christ, c’est en quelque sorte chercher à savoir ce qui lui plaît.

De même aimer ses frères, ce n’est pas exprimer de bons sentiments sur les pauvres sans ouvrir sa bourse, ni dire de belles paroles aux funérailles de ceux qui cessent d’être des rivaux. C’est encore moins les aimer en fonction de l’utilité qu’ils présentent pour nous et donc les utiliser. C’est ce que je disais ici même, le dimanche des Rameaux, à propos de ceux qu’il nous arrive de traiter comme des kleenex. Tu ne me sers à plus rien, tu ne fais plus partie de ma vie !

Aimer ses frères, c’est agir, concrètement.

«Ne laisse passer à portée de ton amour ni un seul visage ni un seul regard sans lui donner ce dont toi seul, peut-être, pouvais lui faire présent. Un mot, un sourire, une porte ouverte, cela suffit parfois. » (Gilbert Cesbron)

Aimer ses frères, c’est prendre le risque d’aimer. L’amour de Dieu et des autres est toujours un pas dans le vide pour aller accueillir et rencontrer l’inconnu.

Oui rencontrer l’inconnu, car c’est bien la peur de l’inconnu qui est aujourd’hui à l’origine de bien des malheurs. L’amour peut nous emmener tellement loin de nos rassurantes sécurités.

Alors en cette nuit pascale, devenons des « pratiquants de l’amour ». Nous avons tous eu, un jour ou l’autre, à souffrir d’être traités de « pratiquants » avec mépris, ou moqueries. Sachons nous défendre ! En nous disant des « prati­quants de l’amour ». C’est par amour que nous répondons chaque dimanche au rendez-vous de Dieu. Peut-on dire qu’on aime si on n’a aucun geste d’amour ? « Je suis un amoureux, pas pratiquant ! » Soyons des pratiquants de l’amour, de l’amour de Dieu bien sûr, mais également de l’amour de nos frères car nous sommes les relais de l’amour de Dieu.

C’est à cela que s’engagent ce soir Valentine, Christiane, Sylvie et Paul, eux qui vont recevoir le baptême et faire désormais partie de la famille de celles et ceux qui veulent témoigner de l’amour du christ.

« Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15), dit saint Pierre.

Aimer, c’est s’identifier au Christ.

C’est partager son dessein d’amour pour le monde. « J’ai soif», criait Jésus en Croix (19, 28). Quel chrétien peut rester insensible, les bras croisés devant un cri si déchi­rant ? C’est rendre compte de sa foi. Loin du silence prétendument respectueux de tant de chrétiens qui n’osent pas affirmer leurs convictions.

Dans le conflit qui m’oppose à la RATP c’est bien ce que j’ai voulu dénoncer, rester les bras croisés devant le cri déchirant des victimes de la barbarie des terroristes.

« Rendez compte de votre foi, mais ajoute saint Pierre, faites-le avec douceur et respect » (1 P 3, 16), c’est-à-dire sans fanatisme ni prosélytisme intolérant, sans arrogance, avec un profond respect des valeurs de ceux qui pensent différemment de vous. Notre monde vomit les intégrismes. Notre foi doit nous rendre plus humains et « c’est en étant plus hommes que les chrétiens porteront témoi­gnage» (Michel Quoist). Notre foi doit nous rendre plus joyeux et notre joie posera fatalement une question.

On m’a reproché parfois d’avoir dit que les assemblées dominicales transpiraient la tristesse. Si je l’ai fait, sans avoir la volonté de blesser quiconque, c’est parce que je pense souvent à une personne qui ne serait pas une familière de nos assemblées et qui entrebâillant discrètement la porte d’une église aurait le sentiment de pénétrer à l’intérieur du musée Grévin où dans la galerie des momies au musée du Caire.

Oui notre foi doit nous rendre joyeux, une joie communicative porteuse d’espérance dans un monde qui en a tant besoin.

Aimer, c’est aussi défendre la vérité.

Dans un monde où tout se relativise, dans un pluralisme qui a le mérite de la tolérance mais l’inconvénient de laisser croire que toutes les opinions se valent, il importe de défendre Celui qui a osé dire, non seulement qu’il avait la vérité, mais qu’il était la vérité – à condition, là encore, de le faire dans le respect profond d’autrui : « Nous n’avons pas mission de faire triompher la Vérité, mais de témoigner pour elle » (Cardinal Henri de Lubac).

Des journalistes ont été tués, d’autres font de la prison. Pourquoi ? Pour informer, être les témoins authentiques et courageux d’exactions inadmis­sibles. Des chrétiens sont capables de défendre le Christ et leur foi jusqu’à la mort ? Hier encore, plus de cent jeunes kényans ont été massacrés au nom de leur foi. Les terroristes ont assassinés les chrétiens après avoir fait le tri pour épargner les musulmans.

Aimer, c’est aller jusque-là : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime » (Jn 15,13).

Aimer, c’est en fait accueillir cette mystérieuse présence de l’Esprit d’amour. Aimer, c’est donner, mais c’est aussi accueillir le don des autres et surtout le don du tout-autre. C’est se savoir assez pauvre pour faire appel à une richesse extérieure. Croire pour un chrétien, c’est s’ouvrir à cette nouvelle présence de l’Esprit du ressuscité.

Voilà la grande récompense de ceux qui aiment le Christ et qui font sa volonté : il leur sera donné de le voir vivant. Le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. C’est bien ce que nous célébrons aujourd’hui.

Le croyant devient un voyant qui perçoit la mystérieuse présence du Ressuscité dans l’éclosion du lilas comme dans le regard d’un pauvre, dans le recueillement d’une cérémonie comme dans la joie d’un confirmé, dans le cœur des êtres généreux comme dans son propre cœur.

Être chrétien, c’est d’abord être étonné. Être étonné à jamais. Étonné de vivre, étonné de croire, étonné d’aimer et d’être aimé.

+ Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Diaporamas

Vigile pascale en la cathédrale de Pâques avec le baptême de deux adultes et de deux jeunes

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Messe du dimanche de Pâques à Gap, avec chasse aux oeufs après la messe à la Maison épiscopale

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Vigile pascale à Embrun

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Cet article a 6 commentaires

  1. Histoire vraie à Fleury les Aubrais.Diocèse d’Orleans.

    Agé de bientôt 87 ans et mon épouse de 81 ans nous avons le privilège d’employer une dame d’origine camerounaise et que mon épouse est allée chercher à Yaoundé il y a environ 10 ans munie d’un certificat de travail à durée indéterminée et rémunérée selon les salaires fixés par la convection collective Nationale.C’est une excellente Chrétienne et une bonne citoyenne car elle lit et écrit sans fautes d’orthographe et a un niveau de Français que beaucoup de Français n’ont pas.Elle est mère et Grand’mére d’une ravissante petite Léandra agée de 2 ans et demi
    Nous n’avons pas la force physique de réagir et depuis 10 ans que nous résidons ici aucun prêtre ne nous a rendu visite-crise des vocations oblige- mais ce n’est pas grave car dans ma longue vie de “juif errant”-notre maison actuelle sera la dernière si Dieu le veut. Et cette maison comme les autres entend nos prières rassérénées par le fait que mon dernier Curé m’a proposé l’Extrême Onction il y a une dizaine d’années ce que j’ai acceptée avec joie suite à un cancer d’une amygdale.
    J’attends la Sainte Volonté de Dieu mais je ne pensais pas que le mal pénétrerait dans le mur de nos sanctuaires.
    Hélène va à la messe régulièrement .Elle a 49 ans et reçoit le pain du Christ chaque dimanche mais nous sommes trop âgés pour l’accompagner.

    Elle a fait l”objet il y a quelques semaines d’une injure à caractère racial de la part de sa voisine imbue de sa blancheur supérieure qui refusa ostensiblement de lui serrer la main comme on le fait maintenant lors de la Messe.

    La paix du Christ !……..

    C’est plus qu’une injure c’est un blasphème mais ne connaissant personne ici j’ai pensé vous raconter cette triste anecdote simplement pour information. Car c’est lourd à porter.

    Merci de votre attention Monseigneur et Merci de votre activité débordante Paternellement je vous conseille de ne pes abuser de vos forces.

    Jacques Ferdinand Sciarmella

  2. Actuellement au Japon, j’ai pris le temps de lire cette très belle Homélie. Et oui, si toutes les personnes du monde pouvaient s’aimer comme Dieu nous aime, il n’y aurait plus de guerre et le monde serait meilleur.
    Très jolies photos de ces célébrations de Pâques.
    Merci Monseigneur.

  3. En regardant et écoutant facebook ce matin, j’ai passé un merveilleux moment, j’ai bu jusqu’à la lie, les paroles de Mgr Di Falco tout en me disant : Si seulement ces paroles pouvaient rendre le monde plus humain, si tout le monde demain pourrait s’aimer, tout simplement en se donnant la main. Amen

  4. MONSEIGNEUR,j’ai visionné la veillée Pascale du 8 avril,regardé les vidéos et votre homélie qui laisse à réfléchir sur l’Amour.Le vrai,c’est chercher a faire plaisir à l’autre.Aimer le CHRIST c’est aimer les autres.Belle procession sur le parvis avec un feu pétillant,des cierges lumineux et des chants religieux “Joyeuses Lumières voici le Corps et le Sang du Seigneur”.Le bapteme des catéchumènes Paul,Valentine,Sylvie,Christiane des Chrétiens heureux,baptisés par vous MONSEIGNEUR,le plus fervent pour rempl

  5. très belle veillée pascale touchant ses baptême nous ici vers ORLÉANS NOUS AVONS FAIT DE MEME BEAU RASSEMBLEMENT

  6. Une de vos plus belle homélie Monseigneur! Merci

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