Pâques à la cathédrale de Gap : “Oui, Dieu est Amour !  Peut-on en dire autant de l’Église ?”

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a présidé les célébrations pascales à la cathédrale de Gap. Ci-dessous quelques photos du Vendredi saint, de la Veillée pascale et de la messe du dimanche de Pâques, ainsi que son homélie pour Pâques : “Oui, Dieu est Amour !  Peut-on en dire autant de l’Église ?”

Vendredi Saint

Célébration de la Passion
Dévoilement de la Croix : "Voici le bois de la Croix, qui a porté le salut du monde."
Bénédiction à la fin de la célébration : "Que ta bénédiction, Seigneur, descende en abondance sur ton peuple qui a célébré la mort de ton Fils dans l’espérance de sa propre résurrection."

 

Dimanche de PâquES

Veillée pascale du samedi soir
Le feu nouveau.
On allume le Cierge pascal : "Que la lumière du Christ, ressuscitant dans la gloire, dissipe les ténèbres de notre cœur et de notre esprit."
Mgr Jean-Michel di Falco Léandri se prépare à encenser le Cierge pascal, signe du Christ ressuscité présent au milieu de son peuple.
La lumière se répand de proche en proche à partir du Cierge pascal.
Dans la cathédrale, série de lectures de l'Ancien Testament mettant en évidence l'histoire du salut, à l'image de ce que fit Jésus ressuscité avec les pèlerins d'Emmaüs : "Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait. » (voir Luc 24)
Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au cours de son homélie, d'abord dans le chœur...
...puis au milieu de l'assemblée (pour le texte de l'homélie, voir ci-dessous).
Bénédiction de l'eau. À l'image du Christ, mort et ressuscité, le Cierge pascal est plongé dans l'eau.
Encensement des oblats au début de la liturgie eucharistique...
...puis du Cierge pascal.
Présentation du Corps du Seigneur à l'assemblée après la consécration.
La communion.
Le père Jean-Michel Bardet envoie en mission les délégués pastoraux des différentes communautés constituant la paroisse Saint-Arnoux.
Bénédiction solennelle : "Par la résurrection de son Fils, Dieu vous a fait renaître : qu’il vous rappelle toujours à cette joie que rien, pas même la mort, ne pourra vous ravir."

 

Dimanche de Pâques

Messe de la Résurrection et baptême
En ce jour de fête et de joie, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri invite chacun à faire connaissance avec son voisin.
Ici Mgr Félix Caillet s'approche des trois frères Missionnaires du Christ Maître qui ont succédé à Digne aux Frères de saint-Jean-de Dieu. Mgr François-Xavier Loizeau les a chargés d'animer le foyer St-Benoît-Joseph-Labre et d'y assurer l’accueil des personnes en errance.
Le Père Éric Blanchard s'adresse aux parents d'Orens qu'ils présentent au baptême.
Les parents d'Orens, son grand frère, son parrain et sa marraine.
La signation : "Orens, la communauté chrétienne t'accueille avec joie. En son nom, je te marque de la croix, le signe du Christ notre Sauveur."
Mgr Jean-Michel di Falco Léandri au cours de son homélie
Baptême d'Orens. Nous sommes invités à naître à une vie nouvelle en passant par l’eau, comme le Christ est passé de la mort à la vie.
L'assemblée manifeste sa joie !
Les enfants autour de l'autel au moment du "Notre Père"
L'assemblée s'échange un geste de paix et d'amitié.
Le père d'Orens allume un cierge au Cierge pascal à la fin de la célébration...
... et les enfants sont invités à répandre la lumière du Christ ressuscité autour d'eux !

 

Homélie

de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

« Dieu est Amour. » Qui pourrait en douter ? Quelle plus belle preuve d’amour peut-on donner qu’en livrant son propre Fils entre nos mains pour le salut du monde ?

« Dieu est Amour. » Eh bien oui, certains en doute et il n’est pas question de les blâmer, de les juger. Qui sommes-nous pour cela ?

Comment croire en un Dieu d’amour lorsque retentit l’immense clameur des millions de femmes, d’enfants et d’hommes qui en Afrique se nourrissent de galettes de terre pour apaiser leur faim ?

Comment croire en un Dieu d’amour quand tant de femmes, d’enfants et d’hommes sont cloués sur leur lit de souffrance souvent pendant des années quand ce n’est pas jusqu’au terme de leur vie ?

Comment croire en un Dieu d’amour lorsque des milliers d’humains perdent la vie dans un tremblement de terre ou un cyclone ?

Dieu aurait-il oublié sa création ? L’humanité ne serait-elle qu’un jouet entre ses mains ?

Je ne serais pas étonné que vous vous demandiez en ce moment en m’entendant : « Comment va-t-il se sortir de ce chemin à hauts risques sur lequel il s’est engagé, et ce une nuit de Pâques ? »

Quelle plus belle réponse donner à ces questions que celles que donne le Pape Benoît XVI dans son encyclique « Dieu est amour ».

Voici ce le Pape écrit : « Quand Jésus, dans ses paraboles, parle du pasteur qui va à la recherche de la brebis perdue, de la femme qui cherche la drachme, du père qui va au-devant du fils prodigue et qui l’embrasse, il ne s’agit pas là seulement de paroles, mais de l’explication de son être même et de son agir. Dans sa mort sur la croix s’accomplit le retournement de Dieu contre lui-même, dans lequel il se donne pour relever l’homme et le sauver – tel est l’amour dans sa forme la plus radicale. Le regard tourné vers le côté ouvert du Christ, dont parle Jean (cf. 19, 37), comprend ce qui a été le point de départ de cette encyclique : «Dieu est amour» (1 Jn 4, 8). […]
À cet acte d’offrande, Jésus a donné une présence durable par l’institution de l’Eucharistie au cours de la dernière Cène. Il anticipe sa mort et sa résurrection en se donnant déjà lui-même, en cette heure-là, à ses disciples, dans le pain et dans le vin, son corps et son sang comme nouvelle manne (cf. Jn 6, 31-33). […]
C’est là que cette vérité peut être contemplée. Et, partant de là, on doit maintenant définir ce qu’est l’amour. À partir de ce regard, le chrétien trouve la route pour vivre et pour aimer. »

Oui, Dieu est Amour !

Peut-on en dire autant de l’Église ? Peut-on dire, peut-on proclamer « l’Église est amour » ?

Comprenez-moi bien, quand je prononce le mot « Église » je désigne l’ensemble de ceux qui se reconnaissent de Jésus-Christ, quelles que soient leurs responsabilités, depuis le pape jusqu’au plus humble des chrétiens.

Comment croire que l’Église est amour, autrement dit comment croire que ceux qui en font partie s’aiment lorsqu’on constate chaque jour les blessures que provoquent les divisions ?

Comment croire que l’Église est amour quand la médisance, la calomnie,  les pires rumeurs trouvent en son sein un creuset ?

Comment croire que l’Église est amour quand on voit le pécheur jugé, condamné, rejeté, lapidé  par celles et ceux qui feraient mieux de se regarder eux-mêmes pour éviter de lui jeter la première pierre ? 

Frères et sœurs, au risque de vous choquer, je ne crains pas de le dire ce soir, nous nous prétendons témoins de l’amour de Dieu mais nous ne nous aimons pas.

Non, nous ne nous aimons pas ! Et cependant c’est entre nos mains qu’est confié l’Amour de Dieu.

Nous ne nous aimons pas, peut-être parce que nous ne savons pas puiser à la source de l’Amour. Peut-être parce que nous ne prenons pas conscience de ce qu’il nous est donné de vivre à chaque Eucharistie.

Voici ce que dit Julien Green dans Pamphlet contre les catholiques de France publié en 1924 :

« Les personnes qui reviennent de la messe parlent et rient ; elles croient qu’elles n’ont rien vu d’extraordinaire. Elles ne se sont doutées de rien parce qu’elles n’ont pas pris la peine de voir. On dirait qu’elles viennent d’assister à quelque chose de simple et de naturel, et cette chose, si elle ne s’était produite qu’une fois, suffirait à ravir en extase un monde passionné. Elles reviennent du Golgotha et elles parlent de la température. Si on leur disait que Jean et Marie descendirent du Calvaire en parlant de choses frivoles, elles diraient que c’est impossible. Cependant elles-mêmes n’agissent pas autrement. »

C’est dans le don de la vie du Christ et dans le sang qui a coulé de son côté percé que nous pouvons trouver la force d’aimer.

Voici ce que le Pape dit encore : « L’amour du prochain, enraciné dans l’amour de Dieu, est avant tout une tâche pour chaque fidèle, mais il est aussi une tâche pour la communauté ecclésiale entière, et cela à tous les niveaux : de la communauté locale à l’Église particulière jusqu’à l’Église universelle dans son ensemble. L’Église aussi, en tant que communauté, doit pratiquer l’amour. »

L’expérience de la souffrance marque l’humanité, marque aussi la famille ; combien de fois le chemin se fait éprouvant et difficile ! Incompréhensions, divisions, préoccupation pour l’avenir des enfants, maladies, difficultés de toutes sortes. En notre temps, ensuite, la situation de nombreuses familles est aggravée par la précarité du travail et par les autres conséquences négatives provoquées par la crise économique.

La Croix de Jésus est le signe suprême de l’amour de Dieu pour chacun de nous, c’est la réponse au besoin qu’a chaque personne d’être aimée. Quand nous sommes dans l’épreuve, quand nos familles doivent affronter la souffrance, la détresse, regardons vers la Croix du Christ : là nous pouvons trouver le courage pour continuer à marcher.

Dans les malheurs et dans les difficultés nous ne sommes pas seuls : Jésus est présent avec son amour. C’est à cet amour du Christ que nous devons nous adresser quand les déviations humaines et les difficultés risquent de blesser l’unité de notre vie. Le mystère de la passion, mort et résurrection du Christ encourage à aller de l’avant avec espérance : le temps de la souffrance et de l’épreuve, s’il est vécu avec le Christ, avec foi en lui, renferme déjà la lumière de la résurrection, la vie nouvelle du monde ressuscité, la pâque de chaque homme qui croit à sa Parole.

Confions-nous à la Mère du Christ. Elle qui a accompagné son Fils sur le chemin douloureux, elle qui était au pied de la Croix à l’heure de sa mort, elle qui a encouragé l’Église à sa naissance pour qu’elle vive en présence du Seigneur, qu’elle conduise nos cœurs, à travers les mystères de la passion vers le mystère pascal, vers cette lumière qui déborde de la Résurrection du Christ et montre la victoire définitive de l’amour, de la joie, de la vie.

                                                                 + Jean-Michel di FALCO LÉANDRI
                                                                                 Évêque de GAP et d’EMBRUN

Cet article a 5 commentaires

  1. Merci, Monseigneur, pour cette belle homélie.
    Oui, Dieu est Amour !
    Et nous ne nous aimons pas les uns les autres !
    Et pourtant, Jésus nous a donné ce grand et premier commandement : “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ta vie et de tout ton esprit”, et ce deuxième commandement qui est inséparable du premier :”Tu aimeras ton proche comme toi-même” (Mat 22:37-29)…
    Oui, Dieu est Amour !
    Et nous ne nous aimons pas les uns les autres !
    Et pourtant, tout au long du carême puis de la Semaine Sainte, nous avons accompagné Jésus, nous avons contemplé, ressenti, été témoins de l’amour infini du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, de l’amour infini du Père et du Fils pour tous les hommes et pour toute la création, exprimé dans la croix de Jésus…
    Oui, Dieu est Amour !
    Et pourtant, la souffrance est partout présente dans le monde qui nous entoure, souffrance qui nous révolte, qui conforte les incroyants dans leur incroyance et qui fait douter les croyants.
    Mais nous savons bien, au plus profond de notre être, que toute la souffrance du monde ne provient pas de Dieu mais de nous-mêmes : “Tout bien qui t’atteint vient de Dieu, et tout mal qui t’atteint vient de toi-même” dit le Coran (4:79), que toute la souffrance du monde provient de ce que nous ne nous aimons pas les uns les autres …
    Aussi, comme Jésus nous y invite, essayons de nous aimer car l’amour efface la souffrance.
    Aimons-nous les uns les autres, alors le monde parfait que Dieu a créé et crée pour nous avec tant d’amour, et qu’il nous confie, se révèlera à nous tel qu’il est en Vérité, un monde de liberté de paix, de justice, de fraternité, d’abondance, de bonté, de beauté, d’harmonie, de joie, de bonheur et d’amour pour tous…
    Seigneur, apprend-nous à t’aimer et à aimer les autres comme nous-mêmes…

  2. du soir au matin, du matin au soir, du soir au soir ….”Doux Jésus” comme soupirait ma grand-mère( quand elle était confrontée à une certaine sorte d’étroitesse, ou de critique mal venue) L’important n’est-il pas, ce que le Christ a démontré de façon éclatante en ressuscitant : l’Amour peut tout vaincre même la mort .
    Votre homélie, Monseigneur est très belle.

  3. Merci pour cette superbe homélie, qui a l’avantage de savoir faire parler le coeur.

  4. Sur les titres.
    Présentez la vigile pascale comme une cérémonie du “samedi Saint” au soir est une erreur. L’Eglise compte les jours à la façon sémitique, du soir au soir et non du matin au soir. La Vigile pascale est du Saint Jour de Pâques; elle n’est pas du Samedi Saint.
    Ce n’est pas une petite erreur, c’est une incompréhension majeure du déroulement de la Semaine Sainte dans le rite heureusement restauré par le pape Pie XII. Evidemment, c’est très peu comparé aux prodiges de prétention, d’ignorance et de niaiserie auxquels donnent lieu des cérémonies pascales saccagées qu’on a soin de photographier pour assurer la communication de tel ou tel.

    1. Bien sûr que la “Veillée pascale” (et non pas “vigile” si l’on suit les traductions liturgiques) est déjà le dimanche de Pâques. Comme vous le dites, cela vient du fait que la journée commence chez les sémites le soir. Nous avons un reliquat de cela avec les premières Vêpres pour les solennités et les dimanches. C’est pourquoi on peut dire de Jean-Paul II qu’il est mort le dimanche “in albis”, ou de Quasimodo, ou de la divine miséricorde, puisqu’il est mort le samedi après les premières vêpres du dimanche en question.
      Le problème, c’est que les gens supposent qu’on parle du dimanche soir lorsqu’on veut parler du samedi soir ! Pour le cas habituel du dimanche, “messe anticipée du dimanche” est une manière de s’en sortir (alors qu’on parle bien non pas d’une messe “anticipée” stricto sensu mais d’une messe du dimanche célébrée le samedi soir, au début du dimanche, après les premières vêpres du dimanche).
      Dans le cas de la “Veillée pascale” j’ai beaucoup hésité quant à la meilleure formulation à mettre. Celle que j’ai mise : “samedi saint au soir” ne vous satisfait pas. Moi non plus elle ne me satisfaisait pas.
      Bien sûr, si vous avez une proposition qui puisse à la fois être claire, précise, juste et compréhensible par tous, nous sommes preneurs. Parmi les possibles : “Dimanche de Pâques – Veillée pascale dans la nuit de Pâques”, “Dimanche de Pâques – Veillée pascale du samedi soir”, “Dimanche de la Résurrection – Veillée pascale du samedi au dimanche”…. Allez, j’opte pour “Dimanche de Pâques – Veillée pascale du samedi soir”. Cela convient-il mieux ?

Les commentaires sont fermés.

Fermer le menu