Pour son dernier dimanche dans le diocèse, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri a répondu positivement à l’invitation des Dévoluards de venir présider la messe dominicale chez eux, à Saint-Étienne-en-Dévoluy. Très émus, ils lui ont offert divers objets pour son départ, fruits de leur savoir-faire et de leur considération.

Mot d’accueil

Mot d’accueil d’André Borel, tour à tour moniteur de ski, directeur du ski club, conseiller municipal en parallèle de son métier d’agriculteur :

Vous avez dit que le Dévoluy était pour vous le pays où l’on est bien accueilli et où l’on mange bien.

Laissez-moi vous emmener dans le passé. Embarquez avec moi dans une capsule de temps miraculeusement retrouvée dans les archives de la revue du touring club de France. Nous sommes un jour de printemps de 1901. Un certain d’Espinassous traverse le Dévoluy à pied. La journée se termine, l’orage menace et l’oblige à chercher un abri. Il est à 7 km de Saint-Étienne sur la route de Veynes.

Je reprends ses propres mots :

« À trois ou quatre cents mètres, je distingue quelques maisons. Je cours sous la pluie à la première porte, j’entre sans frapper. Près du feu se tenaient un homme et une femme âgés. Ils m’offrent un abri mais comprennent difficilement ce que je leur dis.

Je me suis assis près de la cheminée et sèche mes vêtements. Il est 6h15. T’attendais la fin de l’orage. 8 heures. Le jour baisse rapidement.

Il pleut toujours, je suis bloqué. Ces pauvres gens n’ont que du laitage. Je dîne près du feu, à la clarté de la lampe fumeuse !

Je leur demande ensuite s’ils peuvent me faire coucher. Ils se regardent sans mot dire, s’interrogent des yeux. Ils parlent enfin a mi-voix, mais je ne comprends pas leur patois.

La femme se lève, elle va préparer une « chambre », que dis-je, la chambre du grain sous le toit.

Mon repas d’anachorète est terminé. La lugubre soirée ! Le vent fait rage, la pluie fouette les vitres, toute la maison est secouée. Assis devant l’âtre, près du feu qui se meurt, j’essaie de parler à mes hôtes, mais ceux-ci sont taciturnes, et pour leur intelligence la conversation est une fatigue. »

Ce petit texte vous montre ce qu’était le Dévoluy il y a 100 ans. L’accueil de l’étranger n’était pas dans les mœurs, tout était autre. Notre rapport aux instances religieuses par exemple était lui aussi différent.

Je me souviens de mon enfance. Les curés qui officiaient dans le Dévoluy étaient d’une autorité absolue. Les divers services dont nous devions nous acquitter envers eux, étaient les réminiscences de la dîme moyenâgeuse. Mais je dois rendre justice aux pères qui m’ont accompagné durant mon enfance et mon adolescence, qui m’ont formé, m’ont guidé. Ils m’ont donné une culture dont je continue à profiter aujourd’hui encore.

Notre véritable évolution est arrivée au début des années 60, ce qui n’est pas si loin, avec l’apparition des tracteurs et des salles de bains. Puis en 1966 avec la station et le tourisme de masse. L’évolution qui s’ensuivit fut sans précédent par son ampleur et sa rapidité. Les femmes sortirent de leurs foyers, travaillèrent pour la première fois pour un salaire et eurent accès aux mêmes droits que les hommes. Les jeunes trouvèrent du travail dans le pays, découvrant à la fois de nouveaux métiers et des loisirs modernes. Les retombés d’argent transformèrent notre agriculture si précaire, en améliorant les bergeries et les conditions d’alpage. Mais plus que tout, il y a eu une arrivée massive « d’étrangers » qui avaient une culture, des attentes et des besoins différents.

20 000 personnes transitent désormais dans notre pays, qui ne comptait (et qui ne compte toujours) que 1000 habitante permanents. Nos curés se sont investi corps et âme pour que tous arrivent à se comprendre et se parler. Je pense entre autre à Étienne Gauthier, puis à Théo et Bertrand Gournay que vous avez bien connu. Pour la première fois dans l’histoire du Dévoluy, à l’initiative de l’école de ski et sous la vigilance de Théo, nous sommes sortis pour suivre la messe et écouter l’évangile sur la montagne.

Actuellement, je perçois un changement dans le Dévoluy : nous nous perfectionnons, nous nous améliorons, nous essayons d’aller vers plus d’excellences dans l’accueil des touristes qui nous font vivre. Il faut que l’accueil spirituel suive cette évolution car ils sont demandeurs. Vous aussi avez été porteur d’une dynamique, vous avez insufflé cet esprit nouveau au département, vous avez fait rayonner les Hautes-Alpes par la chanson, par Notre-Dame-du-Laus.

Nous avons besoin de guides comme vous pour donner un sens moderne à notre quête spirituelle et faire évoluer l’Église dans notre secteur qui reste toujours un peu à l’écart de par sa géographie. Mais pour avoir une connaissance plus approfondie de ces 50 dernières années, voici cher Père, l’ouvrage que j’ai réalisé pour le cinquantenaire de notre station de Superdévoluy.

Nous avons un point commun, la conduite d’un troupeau : « je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. » Vous quittez votre crosse d’évêque, alors voici un authentique bâton de berger dévoluard. Bonne route sur les chemins escarpés qu’ils vous restent à parcourir.

2 COMMENTS

  1. Monseigneur désormais officiellement émérite, mais vous l’êtes en réalité depuis bien longtemps,
    Merci infiniment de nous avoir, “à nous autres” aussi, hors diocèse, par exemple abonnés à la weblettre, donné votre vision si roborative, cultivée mais simple, incisive mais humoristique et toujours chaleureuse de l’Eglise, de l’Ecriture et de leur rapport aux mondes d’ici-bas et du Ciel !
    Excellente retraite ! vœu d’une personne qui prendra sienne dans un semestre…
    MAIS, comme un ecclésiastique ne décroche que lorsque l’Eternel le rappelle à Lui, une question égoïste: “ne tiendrez-vous pas quelque chronique ou blog quelque part ? ”
    Votre successeur apportera sa propre empreinte et ses propres richesses spirituelles au diocèse, ceux qui n’en font pas partie auraient besoin d’avoir encore le réconfort de la pensée d’un serviteur du Très-Haut qui se voulait ami et non scribe …
    Pardon pour ma question, qui manque de vraie fraternité envers vous,, il serait préférable que vous n’en teniez aucun compte : j’ai cédé à la tentation !!!
    Merci encore et doux chemin vers notre Père…

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