Mardi 27 mars 2018, Mgr Xavier Malle a présidé sa première messe chrismale en la cathédrale de Gap. Soulignant qu’il aurait pendant plusieurs années à commenter les mêmes textes liturgiques, et qu’il lui faudrait à chaque fois trouver un angle différent, il a choisi de s’attarder cette fois-ci sur l’huile servant pour le sacrement des malades.

Il a largement cité le texte signé par tous les évêques français sur la fin de vie, et cité le témoignage du père Jean-Baptiste, chanoine régulier de l’abbaye de Lagrasse, venu dans la nuit du vendredi 23 mars au chevet du Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame : “J’ai pu le rejoindre à l’hôpital de Carcassonne vers 21h hier soir. Les gendarmes et les médecins ou infirmières m’ont ouvert le chemin avec une délicatesse remarquable. Il était vivant mais inconscient. J’ai pu lui donner le sacrement des malades et la bénédiction apostolique à l’article de la mort. Marielle alternait ces belles formules liturgiques.”  [Le témoignage dans son intégralité]

Ci-dessous un lien vers les photos de la célébration et l’homélie de Mgr Xavier Malle :

Accès à l’album de la messe chrismale à Gap

Homélie de Mgr Xavier Malle

Je voudrais vous dire mon émotion de présider pour la première fois comme évêque la messe chrismale. Je mesure la grâce et la responsabilité que Dieu me donne, chers frères prêtres, de recevoir le renouvellement de vos promesses sacerdotales et de consacrer et bénir les saintes huiles. Notre célébration s’appelle la messe chrismale, car je vais consacrer le saint chrême ; oui, le consacrer, c’est-à-dire le mettre à part, en quelque sorte l’élever dans le domaine du sacré. On utilise le saint chrême pour les baptêmes, les confirmations et pour les ordinations sacerdotales et épiscopales. Pour les deux autres huiles, le terme est celui de bénir. Il s’agira de l’huile des catéchumènes, que l’on utilise pour une étape avant le baptême des adultes, et de l’huile des malades. Chaque année, j’aurai à commenter la parole de Dieu de cette célébration et à choisir un axe. Suite à l’assemblée plénière des évêques de France à Lourdes, où nous avons beaucoup travaillé sur la révision des lois bioéthiques, je vais vous commenter la bénédiction de l’huile des malades.

Nous nous en servons pour administrer l’onction des malades. Pour tout sacrement, il y a une parole et une matière. Car nous ne sommes pas qu’esprit et âme, mais nous avons aussi un corps. L’onction avec l’huile des malades se fait sur les mains, siège de l’action, et sur le front, siège du moral. Le premier effet du sacrement est souvent de redonner l’espérance et la paix, et ensuite, si Dieu le veut, la guérison. L’on sait que si un malade retrouve la paix, alors cela a une influence sur sa santé physique, tellement nous sommes unifiés. Mais nous savons aussi que même Jésus de son vivant n’a pas guéri tout le monde. Ces guérisons miraculeuses, comme par exemple celle de la dernière miraculée de Lourdes, sont le signe que Jésus est vraiment le sauveur. La Bonne Nouvelle du salut a un nom et un visage, Jésus-Christ, Fils de Dieu Sauveur, que nous accompagnons toute cette semaine sainte. Une guérison miraculeuse est signe du salut ; nous pouvons légitimement la demander. Cette année nous vivons un nouveau jubilé au Laus, pour les 300 ans de la mort de Benoîte. Elle a fait tant de guérisons de son vivant, alors demandons-lui des guérisons actuelles.

Frères prêtres, Isaïe vous le dit ce soir : L’esprit du Seigneur Dieu est sur vous, parce que le Seigneur vous a consacrés par l’onction du saint chrême le jour de votre ordination. Il vous a envoyés annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé. Oui, vous êtes appelés « Prêtres du Seigneur » ; on vous dira « Servants de notre Dieu. » À de nombreuses reprises, vous êtes appelés auprès de malades. Nous venons de connaître le témoignage du prêtre appelé au chevet du Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame. Depuis son retour à la foi, il se préparait au mariage avec Marielle, avec qui il était déjà marié civilement. Voici un extrait d’une lettre du père Jean-Baptiste, chanoine de Lagrasse, qui les préparait au mariage : « J’ai pu le rejoindre à l’hôpital de Carcassonne vers 21h hier soir. Les gendarmes et les médecins ou infirmières m’ont ouvert le chemin avec une délicatesse remarquable. Il était vivant mais inconscient. J’ai pu lui donner le sacrement des malades et la bénédiction apostolique à l’article de la mort. Marielle alternait ces belles formules liturgiques. Nous étions le vendredi de la Passion, juste avant l’ouverture de la Semaine Sainte. » Frères prêtres, prenons toujours plus conscience que ce que Dieu nous donne de vivre est exceptionnel ; soyons dans l’action de grâce car Dieu nous associe à sa miséricorde. Vraiment quelle joie pour nous, prêtres, de célébrer dans les maisons de retraite, de porter la communion, de donner le pardon, de bénir. Et frères et sœurs, beaucoup d’entre vous participent à cette joie par vos visites de malades et en portant la communion.

Chers jeunes, je vous ai écrit à l’occasion de la fête des Rameaux une lettre, détaillant le processus du suivi chez nous du synode des évêques à Rome sur les jeunes, la foi et la vocation. Retrouvez-la sur internet. Dans le diamant de la vocation du prêtre, il y a cette facette magnifique de l’accompagnement des malades et des mourants. C’est Jésus que nous rencontrons ; c’est Jésus que nous portons ; c’est Jésus qui agit quand nous donnons les sacrements. Le Seigneur en appelle certains d’entre vous à lui donner leur vie, dans le sacerdoce, et d’autres dans la vie religieuse. C’est une grâce inouïe de servir les malades comme prêtre ou consacrée.

Parmi les malades, il y a ceux en fin de vie. À Lourdes, événement exceptionnel, chacun des 118 évêques a signé une même déclaration sur la fin de vie. C’est un geste fort à l’attention des décideurs politiques. Il est intitulé « Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité ! » Je vous invite à le lire en entier sur le site internet du diocèse. J’ai conscience que ces sujets nous touchent au plus profond, et je sais le risque de blesser l’un ou l’autre d’entre vous. Mais comme évêque, il nous faut le courage de parler. Alors si ce que je vais lire vous heurte, venez me parler, ou à vos prêtres.

Je cite donc : « Quelles que soient nos convictions, la fin de vie est un temps que nous vivrons tous et une inquiétude que nous partageons. […] Nous voulons avant tout exprimer notre pleine compassion envers nos frères et sœurs en « fin de vie » […] Leur existence est un appel : de quelle humanité, de quelle attention, de quelle sollicitude ferons-nous preuve envers eux qui vivent au milieu de nous ? Nous saluons les professionnels de santé qui leur procurent une qualité de vie dans une fin de vie la plus apaisée possible, grâce à leur compétence technique et à leur humanité […]. Certains d’entre eux sont engagés […] en soins palliatifs. Grâce à eux et à l’effort de déploiement de ces soins, nombre de nos concitoyens vivent de manière apaisée leur fin de vie. Cependant, ces soins ne sont pas suffisamment développés et les possibilités de soulagement de la souffrance sous toutes ses formes ne sont pas assez connues. […] C’est pourquoi l’urgence consiste à poursuivre le développement des soins palliatifs pour que toute personne en ayant besoin puisse […] y avoir accès […].

En raison de ces carences […] plusieurs réclament un changement de la loi par la légalisation d’une assistance médicale au suicide et de l’euthanasie. Face à cette réclamation, nous affirmons notre opposition éthique pour au moins six raisons. » Je vais maintenant vous résumer ces 6 raisons :

  1. […] Changer la loi (qui ne date que de 2016) manifesterait un manque de respect […] pour le travail législatif déjà accompli, […] (et) pour la patiente et progressive implication des soignants. […]
  2. Fort de la fraternité qu’il proclame, comment l’État pourrait-il, sans se contredire, faire la promotion […] de l’aide au suicide ou de l’euthanasie tout en développant des plans de lutte contre le suicide ? Ce serait inscrire au cœur de nos sociétés la transgression de l’impératif civilisateur : « Tu ne tueras pas. » Le signal envoyé serait dramatique pour tous, et en particulier pour les personnes en grande fragilité, souvent tiraillées par cette question : « Ne suis-je pas un poids pour mes proches et pour la société ? » […]
  3. Si l’État confiait à la médecine la charge d’exécuter ces demandes de suicide ou d’euthanasie, des personnels soignants seraient entraînés, malgré eux, à penser qu’une vie ne serait plus digne d’être vécue […]. (Or) La relation de soin est par nature un « pacte de confiance » qui unit soignés et soignants […]
  4. Même si une clause de conscience venait protéger les soignants, qu’en serait-il des personnes vulnérables ? […] La détresse de celles qui demandent parfois que l’on mette fin à leur vie, […] oblige à un accompagnement plus attentif, non à un abandon prématuré au silence de la mort. Il en va d’une authentique fraternité qu’il est urgent de renforcer : elle est le lien vital de notre société.
  5. Les tenants de l’aide au suicide et de l’euthanasie invoquent « le choix souverain du malade » […] Mais qu’est-ce qu’une liberté qui […] enfermerait la personne vulnérable dans la solitude de sa décision ? […] Si certains font le choix désespéré du suicide, la société a avant tout le devoir de prévenir ce geste traumatisant. […]
  6. Réclamer sous quelque forme que ce soit une « aide médicale à mourir », c’est imaginer, comme c’est le cas dans des pays voisins, des institutions spécialisées dans la mort. […] C’est conduire notre système de santé à imposer à nos soignants et à nos concitoyens une culpabilité angoissante, chacun pouvant être amené à s’interroger : « Ne devrais-je pas envisager un jour de mettre fin à ma vie ? » […]

En voici la conclusion : « Ne nous trompons donc pas d’urgence ! […] Nous appelons nos concitoyens et nos parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie toujours plus en France une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres. […] La fraternité relève d’une décision et d’une urgence politiques que nous appelons de nos vœux. » Fin de citation.

Frères et sœurs, je vais bénir cette huile des malades. Soyez attentifs à la prière de bénédiction : « Que cette huile devienne l’instrument dont tu te sers pour nous donner ta grâce. » Amen.

Mgr Xavier Malle
Évêque de Gap (+ Embrun)

1 COMMENT

  1. “J’ai conscience que ces sujets nous touchent au plus profond, et je sais le risque de blesser l’un ou l’autre d’entre vous.”
    “Que Jésus vous bénisse et que la Sainte Vierge vous guide.”
    Voilà qui est fait.. D’une voix à l’autre.
    Le cœur est l’âme du public.
    A la prochaine.
    Eleonor.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here