Article de Jean-Dominique DURAND, Professeur d’Histoire contemporaine, Université de Lyon 3, Consulteur du
Conseil pontifical de la Culture

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Professeur
Jean-Dominique Durand

Janvier 2009

L’impossible négationnisme



L’Europe et le monde chrétien ne pourront jamais aborder la Shoah comme un  événement quelconque de son
histoire, parce que, pensée, préparée et mise en œuvre dans un pays, sur un
continent aux racines chrétiennes, qui se pensait comme chrétien, se trouve au cœur de
son histoire. L’Europe et le monde chrétien ne pourront jamais oublier ni banaliser, parce que, comme l’a dit Jean-Paul II en mars 2005 à l’occasion du 60° anniversaire de la libération du camp
d’Auschwitz-Birkenau « personne n’a le droit de passer avec indifférence devant la tragédie de la Shoah. Cette tentative de destruction systématique de tout le peuple juif reste comme une ombre
sur l’Europe et sur le monde entier ; c’est un crime qui marque pour toujours l’histoire de l’humanité ». Reprenant une idée déjà exprimée depuis sa visite à la synagogue de Rome en 1986, il
insiste sur l’impossibilité pour l’Église de ne pas s’interroger simultanément sur la nature de la Shoah et sur le fait qu’elle ait eu lieu en Europe, dans des pays d’antique civilisation
chrétienne : l’Église ne peut échapper à un douloureux et nécessaire examen de conscience sur la relation entre le génocide perpétré par les nazis et l’attitude, au fil des siècles, des chrétiens
envers les juifs.
 

Comme l’a noté Bernard Delpal qui travaille en historien sur le rapport des Églises à la mémoire de la Shoah,
pour recevoir ce message pontifical, l’Église a dû parcourir un chemin long et difficile. Il commence, au lendemain de la guerre, par les appels d’intellectuels catholiques (Maritain, Claudel,
Mauriac) et juifs (Jules Isaac) au Saint-Siège et aux épiscopats nationaux pour qu’ils sortent du silence qui a prévalu  pendant les hostilités, et s’interrogent sur les terribles
responsabilités de l’enseignement du mépris dans le déroulement de la « Catastrophe ».


Le tournant se produit vraiment avec la déclaration Nostra Aetate de Vatican II. Ce texte fit l’objet d’un combat acharné de la part de la minorité conduite par Mgr Lefebvre : les
intégristes ne se trompaient : le rapport avec le judaïsme était bien la question centrale. Ce texte n’aborde pas la Shoah, mais, comme l’a écrit Denis Pelletier dans La Croix (3 février), il
rompt avec « une rhétorique antisémite », et il enclenche un processus radical sous le pontificat de Jean-Paul II. Le pape demande pardon à Dieu et aux juifs à Jérusalem en 2000, et fait de la
repentance un élément central de l’année jubilaire pour permettre à l’Église de franchir le seuil du nouveau millénaire en ayant confessé ses erreurs et péchés. Parmi ceux-ci, l’antisémitisme est
à éradiquer absolument. L’Église met ainsi un terme au silence qui a longtemps retardé la connaissance de la Shoah et de son sens profond pour le monde juif. La repentance assumée à l’aube du
III° millénaire contribue à placer la Shoah au cœur de l’histoire contemporaine, et bouleverse les relations entre catholicisme et judaïsme, rassuré par la volonté catholique affirmée par le pape
et par tant d’évêques, et notamment par l’épiscopat français, de combattre toute forme d’antisémitisme, d’antijudaïsme ou de négationnisme. Après Jean-Paul II, Benoît XVI n’a jamais cessé de
dire sa solidarité avec les juifs. Lui qui, à peine élu pape, a suspendu la béatification du père Léon Dehon à cause de ses écrits antisémites, voit dans la mémoire de la Shoah l’occasion d’une
réflexion sur « la puissance du mal lorsqu’il s’empare du cœur de l’homme ».


Après tant d’initiatives, et avec le souvenir des conséquences d’un antisémitisme trop facilement et complaisamment camouflé en antijudaïsme religieux, l’antisémitisme chrétien, si évidemment
opposé à l’enseignement du Christ, semblait appartenir au passé, il paraissait impossible, tout comme le négationnisme. On pouvait penser que « les assassins de la mémoire », selon la belle
expression de Pierre Vidal-Naquet, se recrutaient dans des milieux marginaux, liés aux extrêmes (de droite et de gauche). Le choc est donc rude. Les déclarations d’un évêque et de quelques
prêtres, fussent-ils intégristes, qui se disent nourris de l’Évangile, montrent la permanence dans le catholicisme, malgré la terrible leçon de l’histoire, malgré les claires prises de position
des papes, d’un antisémitisme militant qui n’hésite pas à s’appuyer sur les mensonges odieux du négationnisme, dans un mépris absolu pour les témoins comme pour les recherches historiques.
L’antisémitisme reprend de la vigueur dans toute la société comme le montrent bien des épisodes récents, il est vivant, il se diffuse comme une mauvaise herbe qui semble résister à tous les
désherbants et revient toujours.


Pour les chrétiens, la responsabilité est grande : Toute faiblesse ici est incompatible avec la nature même de l’Église aussi bien qu’avec la mémoire de la Shoah et l’héritage du Concile et
du pontificat de Jean-Paul II.


                   
            Jean-Dominique Durand

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Suite des réactions au communiqué de Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

Pour lire la version intégrale du communiqué, cliquer ici : L’Amour crucifié

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Cher Père Di Falco,

Les Amis de la Vie des Hautes-Alpes, ont pris connaissance en réunion de votre déclaration : « L’amour crucifié ».
Nous tenons à vous signifier combien nous apprécions vos propos dans ce que nous considérons, au minimum, comme une grave imprudence de la part de Benoit XVI, même s’il souffre personnellement et
profondément de ce schisme.
Comme vous, nous pensons que l’on peut accueillir ceux qui, préférant la messe en latin, ont un comportement évangélique envers leurs frères respectueux des préceptes de Vatican II.
Par contre, faut-il chercher à réintégrer dans notre église des personnes qui ne donnent aucun signe sincère de respect pour les décisions du dernier concile et qui paraissent incapables de
prodiguer des gestes fraternels envers tous ceux, de loin les plus nombreux, qui acceptent d’en vivre ?
Il serait bien préférable de la part de Benoit XVI de se préoccuper enfin des problèmes et souffrances de son peuple qui attend des gestes forts d’amour et de charité pour tous ceux qui,
divorcés-remariés, homosexuels, prêtres en rupture ou autres, vivent des situations humaines douloureuses.
Notre préoccupation et notre inquiétude va aussi à tous nos jeunes, qui tout en s’affirmant croyants, ne fréquentent plus notre église et souhaitent un changement radical des règles qu’ils
n’acceptent plus.
Heureusement, nous avons dans notre diocèse des prêtres qui font de leur mieux pour être proches de leurs paroissiens et rester attentifs à leurs préoccupations. Ils ont notre soutien et notre
reconnaissance.
Soyez assuré, cher Père, de nos sentiments respectueux et fraternels en Jésus-Christ.

Le groupe des Amis de la Vie des Hautes-Alpes


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Père
Di Falco,

Je suis prêtre, ordonné en 1975. Je
tiens à vous dire mon merci pour votre prise de parole au sujet de la levée d’excommunication pour les 4 évêques de la Fraternité St Pie X. Prise de parole bien éloignée des commentaires
feutrés de certains de vos collègues. Je vous sais gré d’avoir élargi le propos à tous ceux et celles qui se sentent sinon excommuniés, tout au moins “exclus” d’une certaine communion
ecclésiale. Je pense particulièrement à nos frères et sœurs qui ont connu l’échec d’un amour, et qui loin de se résigner et laisser tomber leur foi, veulent reconstruire un couple dans la
lumière de l’amour du Christ. Eux aussi ont besoin de  l’amour “maternel” de notre Eglise. Je comprends, pour y avoir longuement réfléchi, que le
chemin peut être long, là aussi, mais j’aimerai que notre Pape Benoît ouvre avec le même désir de communion la porte à ceux et celles qui vivent ces douloureuses situations ! Vous soulignez à
juste titre que “L’Eglise n’est pas une assemblée de parfaits, mais une assemblée de pécheurs appelés à la sainteté”, alors s’il faut sûrement ouvrir un chemin de réconciliation avec la
fraternité St Pie X, et surtout pas sans conditions fortes, il faut tout aussi fortement ouvrir un même chemin de “réconciliation” avec tous ceux et celles qui souffrent d’une attitude qui
semble durablement fermée de notre Eglise vis-à-vis d’eux! Merci encore, notre Eglise a besoin de pasteurs courageux qui ne transigent pas avec les exigences évangéliques. Et même, si par le
passé, j’ai eu un regard un peu agacé sur le “père Di falco, “playboy” du clergé”, à mon goût, j’ai aimé vos paroles et votre courage d’aujourd’hui. Ceci pour dire que mon merci a un goût de
“demande de pardon” pour ce lointain passé. Et même si nous  ne nous connaissons pas de visu, je me sens “frère” de l’évêque de Gap. En communion
dans le Christ.

J. R.

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Il y a tant de fiel dans cette
intervention de Mgr di Falco, la métaphore des serpents lui va comme un gant ! cela montre à quel point il digère très mal la levée des excommunications. Il n’est pas sûr qu’il mérite plus la
charge d’évêque que Mgr Williamson. On devrait les nommer tous les deux ensemble dans la même maison religieuse pour la fin de leurs jours. Certains évêques français s’accrochent à leur Vatican
II comme à une bouée de sauvetage, mais ils sont en train de sombrer avec lui. Dans un ou deux siècles, on ne parlera plus trop de ce concile (non négociable paraît-il, mais avec qui
veulent-ils le négocier ??) qui n’a rien fixé de dogmatique. Ceux qui en parlent le plus sont des personnalités non catholiques non concernées, des progressistes qui ne pratiquent plus et
quelques évêques soixante-huitards à la tête de diocèses déserts. On n’imaginait pas les uns et les autres si intéressés par des questions d’excommunication !

 

[anonyme]

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Ces propos sont une abomination. Mgr
di Falco ferait mieux de garder sa verve pour enseigner le peuple chrétien dans ses homélies qui sont toujours d’une piètre qualité.

Il doit faire aussi attention, ces
propos frôlent la diffamation et tombent sous le coup du droit pénal.

 

[anonyme]

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Mgr di Falco c’est très bien de
prendre fait et cause contre des crimes passés il y a 63 ans (peut être n’étiez vous même pas né ?)

Mais l’avortement en France qu’en
dites-vous ? Que faites-vous ? Ou êtes-vous ?

7 millions d’enfants français
massacrés depuis 1975 … et cela se passe dans votre diocèse tous les jours Monseigneur!

Madame Weil a été encensée, honorée
et récompensée bien au delà de ce pauvre Mgr Williamson …

Où peut-on lire vos protestations?
Vos cris? Vos hurlements?

 

[anonyme]

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« La mère du Cardinal Lustiger
est morte à Auschwitz après avoir été dénoncée par un Français sans doute de la même famille de pensée que Mgr Williamson. »

Désolé de le dire sans fard, mais ces
propos de Mgr di Falco sont d’une ignominie à peine imaginable !

Quelle abominable méchanceté
de la part d’un évêque !

J’ai suffisamment dit ici que je
n’approuvais aucunement les propos de Mgr Williamson. Mais enfin quel rapport y a-t-il entre contester le nombre de juifs tués par les nazis, et aller livrer ces mêmes juifs aux nazis
??? Comment quelqu’un de sensé peut-il mettre les deux choses sur le même plan ?

Aller ainsi jeter son fiel sur
quelqu’un qui est déjà conspué par les médias du monde entier, Mgr di Falco s’imagine sans doute que c’est très évangélique !!! Et miséricordieux, alors ! Et d’un courage !!! (mais ça, il ne le
voit pas ; au contraire, il se voit sans doute comme un héros de la Résistance, tenant courageusement tête – avec seulement soixante ans de retard – aux méchants nazis…)

Désolé, mais avec des évêques aussi
pitoyables, je n’ai aucune envie d’être en communion !

Ils me dégoûtent ! (Ils me
réconcilieraient presque avec Mgr Williamson !)

 

[anonyme]

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Cet article a 3 commentaires

  1. Bonjour,

    Je n’ai pas eu l’occasion de le signifier plus tôt, m’étant moi-même exprimé à ce sujet sur mon blog, mais je voulais saluer le courage de Mgr Di Falco pour sa prise de position. D’autant que je suis plus que surpris de la triste réalité des réactions pleines de venin à son encontre. En revanche, je peux comprendre l’ambiguité ressentie quant à la colère. Il est effectivement prudent de se préserver d’un jugement n’invitant que trop peu à la miséricorde.

    Mais ayant suivi d’aussi prêt que le peut le chrétien éloigné des affaires vaticanes cette histoire, je constate que l’indignation concernant les propos négationnistes de monsieur Williamson ferait plutôt l’unanimité du collège épiscopal, et reflète en tout cas, avec un peu plus de diplomatie il est vrai, la position de notre Saint Père.

    Voilà, pour dire que les mots de Mgr Di Falco synthétisaient au mieux les sentiments qui sont les miens, et que je me suis permis d’en indiquer les références dans l’article que j’ai écrit à ce sujet.

  2. Je madresse aux courageux anonymes qui déversent leur venin sur Monseigneur Di Falco.Comment faire parvenir à Celui qui s’appuie toujours sur l’évangile,pour témoigner avec force et courage ,guidé par sa foi profonde et un don indéniable d’orateur,comment lui dire notre peine et notre indignation en lisant de tels propos!
    Cela signifie qu’il a fait mouche et que la méchanceté des vipères de l’èvangile est toujours d’actualité
    Merci à Jean Michel Di Falco pour son courage
    Nous sommes très nombreux à l’aimer
    Michèle Faure Professur d’Arts Plastiques

  3. Je me garderai de défendre une quelconque des positions desquelles j’ai pris connaissance ces jours derniers sur ce poste car l’intellectualisme qui s’y rattache dépasse mes facultés d’analyse objective, n’étant au fait ni des tenants ni des aboutissants de toute cette histoire… de son origine à nos jours, mais s’il est un fait contre lequel je m’élève en revanche, c’est tout simplement celui de la diffusion de réactions quelles qu’elles soient, sous le couvert de l’anonymat… cela me fait penser au “corbeau” et en tout état de cause, ni ne favorise le crédit que l’on peut accorder à son rédacteur, ni ne constitue une preuve de son courage… il est en effet bien trop facile de donner libre court à ses opinions en se cachant derrière l’anonymat… de là à la délation il n’y a qu’un pas… et ce ne sera que le sujet de mon unique mais opportune intervention non pas sur le fond… mais plus raisonnablement, sur la forme,  de ce chapitre qu’il conviendrait, à mon sens, de clore judicieusement rapidement en l’absence de débat de fond qui, s’il devait d’ailleurs avoir lieu, n’intéresserais probablement que les  initiés.  

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